LAUSANNE
Le Musée des beaux-arts est sur les rails
Par Mehdi-Stéphane Prin. Mis à jour le 27.12.2011
Dossiers
Le choix idéal pour les Lausannois
«Je suis très heureuse que la commission ait retenu deux projets lausannois en tête de liste, et tout aussi heureuse que le choix du Conseil d’Etat se soit ensuite porté sur celui des halles CFF.» Présente lors de la conférence de presse, Silvia Zamora a commenté avec d’autant plus enthousiasme ce choix que les derniers doutes de la Municipalité ont été levés lors de contacts au plus haut niveau des CFF. Ces derniers confirmant un engagement fort dans le projet des halles. Une satisfaction partagée par son collègue Olivier Français: «Le site est parfaitement en adéquation avec deux points essentiels: il s’agit d’un espace en voie de réaffectation et proche des transports publics. Les CFF ont mené une vraie réflexion sur le moyen et le long terme: un musée à cet endroit n’aura pas d’effet sur le projet d’agrandissement des quais et de la gare. Pour les trente prochaines années en tout cas.»
Même si elle a également soutenu le projet de la Riponne, Silvia Zamora n’a pas de regret quant à son abandon: «Dans la mesure où il aurait fallu lancer un plan partiel d’affectation avec tout ce que cela suppose comme procédures et de possibles oppositions. Et le Conseil d’Etat n’a probablement pas voulu voir ce projet s’enliser à nouveau.»
D.?AB.
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Trouver un lieu pour abriter l’ensemble des collections de tableaux, tout en donnant un petit coup de pouce aux grands dossiers ferroviaires: le Conseil d’Etat fait ce pari. Hier après-midi, le gouvernement a choisi le site de la gare de Lausanne pour abriter le futur Musée cantonal des beaux-arts. Une annonce faite dans la précipitation, certainement pour éviter la naissance de polémiques, qui ont largement contribué à l’échec de l’emplacement de Bellerive lors du référendum populaire de novembre dernier.
Riponne trop risquée
Après tout, la commission chargée d’examiner les 11 candidatures a retenu au final deux sites lausannois: la Riponne et les halles CFF, arrivées seulement en deuxième position. Le dépôt des locomotives vient pourtant de remporter les voix unanimes des conseillers d’Etat. Un choix politique assumé par le président du gouvernement, Pascal Broulis. «Même si le premier choix était plutôt la Riponne, cet emplacement semblait trop risqué avec le nombre de problèmes et d’oppositions qu’a suscités la construction d’une simple fontaine sur cette place.» En mettant le musée au cœur du futur RER vaudois, «le lieu retenu est celui de tout le canton», ajoute d’Anne-Catherine Lyon, ministre de la Culture.
Un autre avantage semble avoir pesé lourd dans la balance. «La création de ce musée à cet endroit va avoir un effet accélérateur sur les importants chantiers nécessaires pour augmenter la capacité du nœud ferroviaire de Lausanne», affirme le chef du Département des infrastructures, François Marthaler. Les CFF, partie prenante de l’opération, vont devoir notamment prévoir rapidement des accès supplémentaires à des quais surchargés. «Une nouvelle dynamique autour de la gare de Lausanne va se mettre en place, lance Pascal Broulis. En quelque sorte, il s’agit aussi d’une opération de lobbying.»
Entre 70 et 80 millions
En attendant, le Conseil d’Etat ne risque-t-il pas de provoquer une guérilla de la part des autres communes qui ne sont même pas arrivées en finale? «Ce serait faire injure au travail remarquable de la commission de sélection», réagit Anne-Catherine Lyon. Les propositions de Morges et d’Yverdon sont d’ailleurs arrivées en demi-finale. «Nous avons cependant estimé qu’un Musée cantonal des beaux-arts devait se trouver dans le bassin de population le plus peuplé», explique Bernard Decrauzat, président du groupe d’évaluation.
Désormais, le Conseil d’Etat peut lancer les études pour transformer le dépôt des locomotives en musée. Le coût du projet est devisé entre 70 et 80 millions, dont une partie est financée par des privés. L’ouverture au public n’aura pas lieu avant 2014, selon le scénario le plus optimiste.
Hors de la capitale, pas de salut…
Lausanne l’a emporté. Sans surprise. L’invitation faite à tous les Vaudois de se lancer dans la course au Musée des beaux-arts a abouti à la conclusion qu’un tel projet devait s’implanter dans la capitale. La qualité des projets d’Yverdon et Morges – arrivés en demi-finale – au regard des critères d’évaluation adoptés n’a pas pesé lourd face au poids de la localisation.
Alors, était-ce la peine d’ouvrir largement la consultation? La syndique de Morges en doute. «Nous avons joué le jeu, mis des forces et de l’argent dans le processus pour participer à la seconde phase de sélection. Par rapport aux gens qui se sont engagés, je suis mal à l’aise de penser qu’on a décidé que Lausanne était un axiome de base», regrette Nuria Gorrite.
Membre de la commission, le municipal yverdonnois Paul-Arthur Treyvaud est aussi critique. «Si on avait posé d’emblée la question de Lausanne, cela aurait été plus simple…»
Désireuse de voir naître un musée, où qu’il soit, et consciente que le mot de la fin appartenait au Conseil d’Etat, Nuria Gorrite ne veut toutefois pas «jouer les mauvaises perdantes» si le projet désigné peut se réaliser dans de bonnes conditions. Ce qui ne l’empêche pas de s’interroger sur le choix «d’un site qui présente des atouts, mais aussi beaucoup d’inconnues».
La manière, l’empressement,sèment le trouble, chez elle comme à Yverdon. «Je ne suis pas tendre avec la façon de procéder du Conseil d’Etat, qui n’a pas tenu compte du préavis de la commission et a pris une décision précipitée, déplore son syndic, Daniel von Siebenthal. C’est à se demander pourquoi il a lancé ce processus.» En revanche, le syndic d’Yverdon se réjouit de voir son projet sortir du lot, ce qui a permis au site de se mettre en valeur. Un bénéfice que d’autres participants estiment retirer. Que ce soit à Palézieux, à Saint-Légier, à Yverdon et à Morges, on était conscient que Lausanne partait favorite. Pas ou peu de déception à l’idée d’avoir perdu.
Laure Pingoud (24 heures)
Créé: 27.12.2011, 11h55
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