Les clients à sec affluent chez le prêteur sur gages

LausanneLes vacances d’été ont accru les besoins en dépannage financier. Les difficultés liées au franc fort aussi.

Les objets que peut montrer Juan Caido sont en principe destinés à l'achat-vente. Ceux qui servent de gages pour des prêts sont placés dans un coffre et ils restent la propriété des emprunteurs, sauf s'ils n'arrivent pas à rembourser. Les objets sont alors vendus aux enchères.

Les objets que peut montrer Juan Caido sont en principe destinés à l'achat-vente. Ceux qui servent de gages pour des prêts sont placés dans un coffre et ils restent la propriété des emprunteurs, sauf s'ils n'arrivent pas à rembourser. Les objets sont alors vendus aux enchères. Image: MARIUS AFFOLTER

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Ils cherchent avant tout la discrétion. Le choix de déposer un objet dans le but d’obtenir un dépannage financier intervient en général dans un contexte tendu et douloureux. Recréé en octobre dernier après quarante ans d’absence, le mont-de-piété lausannois, à la rue de Bourg 11, a attiré plus de 600 personnes, dont la moitié entre mai et début août.

Paulo*, 31 ans, a ainsi amené deux montres d’une valeur de 800 fr. et de 250 fr. dans l’officine du prêteur sur gages Juan Caido. Il en est ressorti avec 300 fr. en poche. «Les difficultés se sont présentées au mois de mai. Je n’avais pas encore reçu le salaire du mois. Je devais partir au Brésil, où mon père, gravement atteint dans sa santé, devait subir une opération. Une somme de 300 fr. représente plus de 1000 réis au Brésil, c’est davantage que le salaire minimum. Je voulais vendre mes montres mais les gens n’en voulaient pas. Au bout de deux mois, j’ai remboursé 340 fr. et retrouvé mes montres. J’étais dans le besoin à ce moment-là. Soit mon père était opéré, soit il perdait la vie.»

Tous les milieux

Il s’agit d’une des demandes de petits prêts, garantis par la mise en gage d’objets de faible valeur, qui affluent chez le prêteur. A l’autre bout de l’échelle, des emprunteurs bénéficient d’une formation supérieure. Aisés, ils rencontrent subitement des difficultés, à l’exemple de Thomas*: «Je suis propriétaire et formé dans l’économie. Mon contrat de travail a été résilié et je suis en litige au tribunal avec mon employeur. Je n’ai plus de salaire mais les factures arrivent. Afin d’éviter tout risque de rappels ou de poursuites, j’ai mis en gage une statuette en bronze, des bijoux et un tableau. J’ai obtenu trois prêts pour un montant global de 8000 fr. J’aurais pu emprunter à ma famille mais je ne voulais pas parler de mes difficultés à mes proches. C’est gênant.» La précarité des immigrés ou les difficultés économiques poussent à la recherche d’un dépannage difficile à obtenir auprès des banques classiques. Ou à haut risque de surendettement auprès des instituts de petit crédit. L’afflux estival s’explique en partie par les vacances: les dépenses non contrôlées explosent et le retour à la réalité s’avère brutal.

Actif dans un système tout différent du prêt sur gage – puisque les personnes dans le besoin vendent leurs objets et ne peuvent plus les récupérer –, Yves Schaller, directeur des Cash’n Go, dont le siège se trouve à Yverdon, confirme la tendance: «Il y a des variations saisonnières. Les vacances d’été, les impôts, les fêtes de fin d’année, nous le voyons régulièrement.»

Symptôme économique?

Depuis le début de l’année, il a observé une augmentation de 3,5% du nombre d’objets mis en vente. Est-ce le symptôme des difficultés économiques provoquées par le franc fort? Yves Schaller reste prudent. Mais le gérant de la succursale lausannoise de l’enseigne concurrente Cash Converters se montre nettement plus affirmatif: «Depuis le début de l’année, nous achetons davantage d’objets et nous en vendons moins», affirme Hicham Adrani. Les témoignages qu’il entend accréditent la thèse de la cause conjoncturelle: «Les gens nous disent qu’ils vendent par nécessité et non plus pour se débarrasser d’un objet. Ils ont besoin d’argent. Nous voyons des petits commerçants en difficulté à cause du franc fort», explique le gérant. Le mont-de-piété genevois, la Caisse publique de prêts sur gages, note également une légère progression de la demande.

Le comportement des consommateurs en quête d’argent réserve des surprises. Chez Cash’n Go, Yves Schaller note une pénurie de téléphones: on ne lui amène plus assez de smartphones usagés. Or on vend souvent son vieil iPhone pour financer l’achat du dernier modèle. Selon le directeur de Cash’n Go, quand les clients ne se débarrassent plus de leurs vieux appareils, c’est qu’ils n’en achètent pas de nouveaux. Ce pourrait être le signe d’un recul de la consommation.

* Prénoms d’emprunt (24 heures)

Créé: 28.08.2015, 16h19

Des embûches pour le mont-de-piété vaudois

Alors qu’il pourrait se réjouir de l’afflux d’emprunteurs sur gages, Juan Caido est loin d’être enchanté. D’un côté, il a trop de demandeurs qui lui amènent des objets de faible valeur. Les intérêts et les frais de dossier de ces petites opérations ne couvrent pas ses charges. «Rentabilité nulle, administration conséquente, frais de suivi très importants», assène-t-il. De l’autre, il doit refuser des requêtes de prêts plus importants par manque de liquidités. Il a déjà introduit une première mesure: il a augmenté ses taux d’intérêt en adoptant un taux unique à 12%, le maximum autorisé par la loi pour le prêt sur gage, alors que les instituts de petit crédit peuvent monter jusqu’à 15%.

La police cantonale du commerce surveille de près cette évolution. Le mont-de-piété vaudois se heurte par ailleurs à l’obligation de passer par l’Office des poursuites au moment de vendre un gage aux enchères. Ce qui arrive au maximum dans un cas sur dix. «Or le but du prêt sur gage est justement d’éviter les poursuites», souligne Juan Caido. Le chef de la police cantonale du commerce, Albert von Braun, confirme: le Code civil suisse indique que la vente doit avoir lieu sous les auspices de l’«autorité compétente». Dans le canton de Vaud, c’est l’Office des poursuites. A Genève, en revanche, le mont-de-piété public, garanti par l’Etat et qui octroie environ 3000 prêts par an, organise lui-même ses ventes aux enchères. Juan Caido, actif par ailleurs dans l’expertise et l’achat-vente avec sa société Valorum, songe à abandonner son mont-de-piété. L’activité privée de prêteur sur gages est-elle viable? Yves Schaller, le directeur de Cash’n Go qui avait songé un temps à se lancer, est formel: «Il faut que ça soit public.»

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