Lausanne
Les tailleurs d’arbres en milieu urbain, ces mal-aimés
Par Karim di Matteo. Mis à jour le 17.10.2012 1 Commentaire
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Mardi après-midi, 16 h 30. Dans les bois de Sauvabelin, Frédéric Bourgeois, gilet jaune fluo, sert de guide à trois curieux d’un âge respectable. En une petite heure de visite, le garde-forestier de la Ville de Lausanne explique son métier selon ses propres termes: «tueur d’arbres, mais pour le bien de l’ensemble de nos forêts».
S’il doit faire couper à la souche une vingtaine de chênes, c’est parce qu’ils sont atteints d’un mal étrange et constituent une menace pour leurs congénères, ainsi que pour les familles qui fréquentent les sentiers du parc. «Il arrive régulièrement que des arbres tombent d’eux-mêmes.»
Quelques centaines d’autres, des frênes, des hêtres, des érables, ne passeront pas l’hiver sur les 85 hectares du bois. «Il est nécessaire d’éliminer les vieux pour faire de la place aux jeunes, explique le professionnel. Nous sélectionnons les meilleurs arbres et coupons la «concurrence», ceux qui pourraient les freiner dans leur croissance. Nous opérons également pour des questions de sécurité, surtout en ville.» L’auditoire du jour acquiesce avec bienveillance.
La tranquillité de la visite de Sauvabelin traduit toutefois fort mal combien le sujet s’avère épineux dans la capitale. «Mais, comme souvent, les râleurs ne viennent pas à ces séances, ils préfèrent critiquer après», ironise Josette Bressenel, l’une des trois personnes présentes. L’esprit bon enfant de ce début de soirée tranche même profondément avec les discussions venimeuses qui ont parfois cours sur les lieux de coupe. «
Je ne vous dirai pas de quels noms on nous traite… lance Frédéric Bourgeois, petit sourire en coin. Concrètement, la loi nous autoriserait à opérer ces coupes sans justification aucune. Mais nous voulons tenter malgré tout d’instaurer un dialogue.» Raison pour laquelle la présentation de Sauvabelin se répétera encore huit fois d’ici au 8 novembre dans d’autres quartiers de Lausanne où des abattages sont programmés. «Il arrive qu’il n’y ait pas un chat, d’autres fois je me suis retrouvé face à 35 personnes. Mais, en général, ils ne sont que trois ou quatre», regrette le garde-forestier.
Le fossé se creuse
Au total, le programme des tailles 2012-2013 prévoit une quinzaine de coupes d’ici le printemps sur l’ensemble du territoire de la capitale. Sur les 1850 hectares de forêt que compte la commune, quelque 15 000 m3 de feuillus et de conifères tomberont sous les assauts des scies et des tronçonneuses. L’essentiel concerne les forêts périurbaines du nord de la ville, soit les bois du Jorat et de Vernand. Seuls 850 m3 seront arrachés en pleine ville.
Cette dernière part, dite «forêt urbaine», n’en constitue pas moins la plus délicate à aborder. D’abord au plan technique (organisation, circulation, sécurité), mais surtout émotionnel. «Pourquoi coupez-vous ces arbres? Pourquoi ne les laissez-vous pas évoluer à leur rythme? Ce sont les questions les plus courantes, reprend Frédéric Bourgeois. Le citadin est très sensible aux changements du paysage urbain. Le problème, c’est qu’il ne voit très souvent la nature qu’à travers l’écran de télévision ou d’ordinateur. Il n’a plus de vrai contact avec elle. L’arbre est devenu quelque chose de mythique.»
Le garde-forestier n’en repart pas moins en campagne chaque automne avec l’espoir de convaincre de la nécessité des nouvelles coupes. Mais pour quel résultat? Après huit ans de séances d’information, une page d’information sur le site internet de la commune (www.lausanne.ch) et un DVD de présentation pour les écoles depuis l’année dernière, son constat est cinglant: «J’ai l’impression que le fossé de l’incompréhension s’est encore creusé. Mais il ne faut pas lâcher.» (24 heures)
Créé: 17.10.2012, 07h14
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La rédaction
1 Commentaire
La vérité, c'est que dans quelques décennies nous allons découvrir une forêt urbaine avec des arbres nains, faciles d'entretiens et qui ne seront d'une quelconque dangerosités pour leurs visiteurs.Si je comprend très bien les arguments de Monsieur Frédéric Bourgeois, je souhaiterai plus de transparence dans la planification à long terme. Répondre
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