Malgré la loi, de plus en plus de pêcheurs ne tuent pas leur prise

EnvironnementLa saison s’ouvre dimanche en rivière. Les explications du conservateur de la pêche, Frédéric Hofmann, à propos du «no kill».

Frédéric Hofmann, chef du Service de conservation de la faune, au bord de la Venoge à Saint-Sulpice.

Frédéric Hofmann, chef du Service de conservation de la faune, au bord de la Venoge à Saint-Sulpice. Image: Philippe Maeder

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Les pêcheurs vaudois retrouveront les rivières le 1er mars, jusqu’à fin septembre, avec l’espoir de sortir de jolies truites. Parmi eux, de plus en plus d’adeptes – souvent jeunes – du no kill, une pratique qui consiste à pêcher le poisson délicatement, à le sortir et le décrocher sans l’abîmer, à le prendre en photo et à le remettre à l’eau. Cette quête du trophée qu’on ne tue pas constitue une infraction à la loi fédérale sur la protection des animaux, qui interdit de faire souffrir une bête inutilement. Les pêcheurs peuvent pêcher, mais pour leur consommation, pas pour faire joujou. Mais une certaine tolérance apparaît. Le point avec Frédéric Hofmann, conservateur de la pêche du canton de Vaud.

– Alors, les pêcheurs peuvent-ils ou non pratiquer le no kill?
– Non. La Suisse est d’ailleurs, à ma connaissance, le seul pays du monde à l’interdire, pour des raisons de protection des animaux. Dans notre pays, il y a une sensibilité très forte, on a donc légiféré pour que le pêcheur ne s’amuse pas avec l’animal. Mais si, une fois attrapé, le poisson est intact, s’il est viable, s’il a été bien manié, s’il n’est pas resté longtemps hors de l’eau, on peut le relâcher si des considérations écologiques le justifient. La palette d’interprétation est large, les Cantons sont invités à préciser leurs vœux dans les mois à venir.

– Celui qui renonce à manger une truite à la mesure légale, au moins 24 cm, peut-il la relâcher sans être amendé?
– S’il estime qu’il a capturé une truite génitrice, indigène, jugée viable, et que dans un but écologique il serait juste et constructif de la relâcher, alors, oui, il peut le faire. Nous avons cherché à responsabiliser le pêcheur pour qu’il adopte un comportement respectueux des animaux. En revanche, s’il pêche une truite de trop petite taille – moins de 24 cm – pour être conservée et qu’elle est abîmée par la capture, il doit la tuer selon des modalités établies et la jeter à l’eau ou sur la rive. Il ne peut en aucun cas garder sur lui un poisson trop petit car il serait alors soupçonné de braconnage.

– Cette obligation s’applique-t-elle à tous les poissons?
– Non. Les poissons qui ne sont pas soumis à une taille minimum de capture peuvent être conservés, mais le pêcheur a l’obligation, pour toutes les captures qu’il veut garder, de les mettre à mort immédiatement et efficacement.

– Que risque celui qui ne tue pas ses prises tout de suite ou garde des poissons prohibés?
– Le pêcheur est sous surveillance, mais ni plus ni moins que les années précédentes. Neuf gardes-pêche permanents sillonnent le canton et soixante gardes auxiliaires nous aident à accomplir cette mission. Il faut rappeler que nous avons quatre grands lacs – un tiers de la surface lacustre de Suisse – et 6000 km de rivières, dont environ 2000 pêchables: on ne peut pas être partout à la fois. La sensibilisation des pêcheurs constitue également une tâche prioritaire.

–On protège les poissons, mais on peut pêcher 300 truites par an. N’est-ce pas trop?
– Les pêcheurs en rivière ont voté lors de leur assemblée générale en automne dernier pour maintenir un contingent de dix truites par jour et 300 par année. Cela s’est décidé à une faible majorité. Les opposants avaient émis l’idée de passer à six truites par jour et 200 par année. En termes de gestion durable, il serait effectivement approprié de revoir un jour ces chiffres à la baisse, sachant qu’en principe le pêcheur devrait capturer l’équivalent d’une consommation familiale, pas davantage. Un peu comme pour les champignons. C’est avant tout pour l’image des pêcheurs qu’il serait intéressant de diminuer, car cela valoriserait encore davantage leur rôle actuel et précieux en matière de préservation des cours d’eau et de la faune piscicole.

– L’Etat repeuple beaucoup moins les rivières que dans le passé, est-ce exact?
– Depuis le 1er janvier 2014, nous avons réduit de 70% le contingent de repeuplement en truites dans les rivières. Notre objectif est de favoriser la reproduction naturelle partout où elle a déjà lieu. On surestime souvent la capacité d’accueil d’un cours d’eau. Il ne sert à rien de faire un repeuplement surdensitaire de poissons dans un cours d’eau, car le surplus est susceptible de dériver vers les lacs ou de mourir dans la concurrence territoriale avec les alevins en place. Par souci de préservation de nos cours d’eau et du frai naturel, on évite de mettre en concurrence les poissons nés en liberté avec des poissons de pisciculture souvent plus gros, plus forts, qui peuvent aussi parfois amener des maladies, simplement parce que la concentration favorise les épidémies.

– Le canton fait-il des efforts pour favoriser l’accès des jeunes à la pêche?
– Oui. Nous avons par exemple remonté l’âge du demi-tarif à 18 ans. Le prix du permis 150 fr. annuellement pour la rivière, ou 15 fr. par jour, ou 50 fr. par semaine – est un des plus bas de Suisse. Pour attirer les jeunes, nous déversons aussi quelques truites adultes, avant l’ouverture, dans certains tronçons de rivières dégradés, endigués ou canalisés, où il n’y a pas de reproduction naturelle.

– Le pêcheur amateur a-t-il le droit de vendre ses poissons?
– Oui, en raison de la liberté de commerce. Cela est regrettable de notre point de vue car l’activité de pêche devrait rester avant tout un loisir et ne pas faire concurrence aux pêcheurs professionnels qui vivent de cette ressource. En Suisse, la vente du poisson par des amateurs n’a pas réellement de raison d’être, à moins qu’ils le vendent à des professionnels. En outre, le consommateur n’est pas à l’abri de soucis de qualité ou d’hygiène, bien qu’il existe des contrôles ponctuels. (24 heures)

Créé: 26.02.2015, 17h04

Entre divertissement cruel et pêche respectueuse

«Je comprends que l’on pêche pour se nourrir, mais pour s’amuser, non. Le fait qu’un animal soit stressé ou blessé suffit à interdire de telles pratiques», estime Alain Zwygart, de la Société vaudoise de protection des animaux, qui approuve l’interdiction du no kill. Une réglementation qui laisse pourtant parfois dubitatif.

«C’est une spécificité suisse, un des seuls pays du monde à l’appliquer. A l’étranger, le no kill est la plupart du temps encouragé, voire obligatoire sur certains tronçons de rivières», explique Philippe Savary, responsable pour la Suisse romande de l’Association suisse des gardes-pêche. L’obligation de tuer un poisson à partir d’une certaine taille au lieu de le rejeter n’est pas partout perçue comme un rapport respectueux à l’animal.

Ainsi, Raymond Chaudet, de la Société vaudoise de pêche en rivière, est parti pratiquer sa passion chez les amis de la faune, dans la réserve naturelle de Yellowstone, aux Etats-Unis: «La pêche à la mouche, c’est avant tout beaucoup d’observation. L’hameçon utilisé est tout petit et il prend l’animal au bord de la lèvre. On le ramène au bord et on le place dans une filoche, toujours sans le sortir de l’eau. Enfin, on le détache délicatement», explique-t-il.

Une approche de puriste très bien tolérée à l’étranger, mais que ne partage pas Alain Zwygart: «La protection des animaux est aussi affaire de sensibilité. La Suisse étant très avancée sur la prise en compte de la condition animale, notre législation est une des plus stricte du monde.»

Reste que cette législation n’est pas évidente à appliquer, comme l’explique Philippe Tavel, garde-pêche entre Lausanne et Aubonne: «Cette mesure vient de l’ordonnance pour la protection des animaux. Nous, on la subit, et elle reste très difficilement contrôlable», plus encore depuis son assouplissement. Ainsi, depuis l’introduction de la mesure, aucune amende n’a été infligée dans le canton de Vaud à des contrevenants.

Philippe Savary s’inquiète même d’une mauvaise interprétation de la règle: «Le risque, c’est celui d’une incompréhension générale. Certains pêcheurs pensent que maintenant il faut tuer tous les poissons, même les plus petits. Auquel cas, l’interdiction du no kill devient contre-productive.»

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