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Nuits lausannoises

«On fait toujours passer les videurs pour les méchants»

Par Cécile Collet . Mis à jour le 19.06.2012 17 Commentaires

Teddy Rapsode est agent de sécurité à Lausanne depuis une décennie. Plongée nocturne dans un métier controversé.

Les armes de l’agent se résument à un spray au poivre, un téléphone pour appeler la police et de la psychologie.

Les armes de l’agent se résument à un spray au poivre, un téléphone pour appeler la police et de la psychologie.
Image: Sébastien Féval

Le coût de la sécurité

Au Zinc et au Mica, qui affichent une capacité maximale de 550?personnes, neuf agents de sécurité – formés à l’interne et un jour avec la police – sont de piquet le samedi de 22h à 6?h. Coût de la soirée: 1620?francs (9?fois 180), soit environ 40% de la masse salariale, lâche Jérôme Lorin. Un rapide calcul porte le prix annuel de la sécurité des deux lieux (dont un ouvert 7?jours sur 7) à quelque 270?000?francs. S’ajoutent à cela les sprays au poivre et la caméra de surveillance installée depuis six mois à l’entrée, et qui permettra de prouver le déroulement des faits en cas de plainte. Depuis quatre ans, la sécurité est aussi équipée de gilets pare-balles (700?francs pièce), à sa demande. Au Loft (500?personnes max.), Olivier Freymond annonce un coût annuel de 200?000?francs pour la sécurité. Ce poste, qui a toujours été le plus important, a augmenté depuis l’interdiction de fumer, qui oblige les clients à faire des allers-retours. Même phénomène au D! Club, où Thierry Wegmüller consacre 250?000?francs à la sécurité, contre 150?000 il y a cinq ans.

Collaboration

Une réunion regroupant les patrons des établissements de nuit lausannois et les autorités aura lieu le 26 juin. Objectif: réactiver la collaboration réglée par une charte en 2004. «Nous devons réfléchir à ce qu’il faut faire pour que les nuits lausannoises restent un atout pour la ville», explique Marc Vuilleumier. En automne, le municipal rencontrera dans le même but les autres partenaires de la vie nocturne (politiques, économiques, prévention). «Les discos ne sont pas les seules responsables de la nuit. Il faut que chacun fasse un petit bout.»

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Teddy Rapsode porte bien son nom. Le géant se révèle doux comme un ourson. Il accueille les clients à coups de «Bonjour mon grand» et de «Salut ma belle» à l’entrée du Zinc et du Mica Club, sur la place Saint-François, un des lieux névralgiques des nuits lausannoises. Depuis sept ans, ce père de quatre enfants y est responsable de la sécurité. Auparavant, il a œuvré comme videur dans d’autres clubs de la ville. Entre minuit et 5?h du matin, il a accepté de décortiquer son métier mal aimé, entre deux contrôles d’identité et un début de bagarre.

Témoin numéro un de l’évolution des nuits lausannoises, le colosse avoue qu’il lui arrive d’avoir peur, et qu’il doit parfois faire usage de son spray au poivre. «Depuis trois ans, il y a davantage de violence gratuite et de gens armés. Les clients sont agressifs, s’énervent vite.» La raison? «Le marché de la cocaïne se déroule à ciel ouvert, et les jeunes se baladent avec des bouteilles d’alcool fort, qui deviennent des armes une fois vidées. Avec ce mélange alcool-drogue, à 3?h, les gens tournent, changent de visage.»

La nuit s’agite en effet à la fermeture des bars. Teddy Rapsode refoule un homme au regard vitreux. Il l’a vu arriver du parc d’à côté. «Il faut que vous rentriez chez vous, vous avez assez bu, non?» L’argument des «amis qui attendent à l’intérieur» – servi des dizaines de fois durant la soirée – est balayé gentiment, le fêtard finit par s’incliner et repart en titubant. Il reviendra plus tard, tentant mollement de convaincre l’agent à plusieurs reprises, faisant même le siège de la barrière de sécurité.

La jeune fille arrivée après lui ne tient debout que grâce au bras de son amie, mais passe le checkpoint sans difficulté. Rien à voir avec sa blondeur, jure l’agent de sécurité. «Elle est juste sortie prendre l’air. Ceux qui ont bu chez nous, on en est responsables.» Selon la charte signée en 2004 entre les établissements de nuit et les autorités lausannoises, la responsabilité de Teddy Rapsode s’étend en fait jusqu’où porte son regard. Les policiers arrivés sur le coup de 4?h?45 le lui rappellent sèchement. «Il y a des gens sur la route, c’est à vous de les faire revenir sur le trottoir!» Les rapports sont tendus. Et la police n’a pas vu le début de bagarre générale que cinq personnes – agents de sécurité et gérant du club – ont mis dix minutes à maîtriser devant l’entrée. Postés bras croisés sur l’îlot qui fait face aux clubs, les policiers assurent une présence nouvelle à cette heure de fermeture.

Présumé coupable
Lorsqu’on évoque la collaboration entre police et agents de sécurité, Teddy Rapsode ne lâche rien, se contente d’un «ils viennent vite si on les appelle», avant d’ajouter: «Je ne veux pas mettre de l’huile sur le feu…» Il admet se réjouir des trente policiers que la ville prévoit d’engager bientôt. Et déplore le peu de moyens qui sont donnés aux videurs. «Si on attrape un pickpocket à l’intérieur, on n’a pas le droit de le garder. Le temps que la police arrive, il a disparu.» Il déplore aussi la réputation dont souffre son métier. «Je n’aime pas le terme «videur». Notre rôle, c’est de garder les gens dedans. Agent de sécurité, c’est un boulot d’accueil, pour lequel il faut être calme et posé.»

Malgré la diplomatie dont il fait preuve tout au long de la nuit auprès de gens souvent ivres et parfois agressifs, Teddy Rapsode vient d’être condamné à 14?000?francs d’amende et à 20?jours de travaux d’intérêt général pour avoir cassé le nez, il y a deux ans, d’un client dont le sang contenait 2,8?gr d’alcool. «C’était un accident, explique-t-il, montrant la prodigieuse paume avec laquelle il a repoussé celui qui l’avait pris au cou. Mais au tribunal, en entendant les premiers mots de la juge, j’ai su que je serais le coupable.»

Avec cet exemple, l’agent de sécurité veut dénoncer une dérive. «Ce soir-là, cet étudiant en HEC a dû être maîtrisé par cinq policiers, qu’il a abreuvés d’insultes. Mais ce sera toujours nous les méchants. La justice fait passer un mauvais message: agressez un videur, vous toucherez de l’argent!» (24 heures)

Créé: 19.06.2012, 07h06

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17 Commentaires

Jean-François Chappuis

19.06.2012, 11:17 Heures
Signaler un abus 15 Recommandation 0

Le rôle d'un videur n'est pas facile, il doit être très souriant, pour ne pas dissuader les clients de venir. D'un certain gabarit pour en imposer sans devoir s'énerver et calmer ceux qui s'excitent un peu trop. Dissiper les éventuelles bagarres de jalousie, de soûlons ou de bandes rivales, avec tous les risques que cela comportent! Le métier de videur est critiqué, mais combien utile aujourd'hui! Répondre


Jean-Pierre Roman

19.06.2012, 07:32 Heures
Signaler un abus 8 Recommandation 0

La psychologie une de leurs armes ? Beaucoup n'ont pas dû passer de permis pour ça Répondre



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