Protéger le bâti «anodin» de l’Ouest lausannois

ArchitectureUne étude et un livre sont consacrés aux quartiers des années 1950 et 1960. Cet inventaire assoit leur valeur patrimoniale.

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Ils sont partout mais on n’y prend même plus garde. Les ensembles de logements bâtis dans l’Ouest lausannois durant les années 1950-1960 recouvrent le territoire. Construits en période de forte croissance, ils font partie de l’identité paysagère de toute cette région. Florissant, En Dallaz, les Ochettes, Epenex, Veilloud, Vallombreuse, les Baumettes… Plusieurs générations se sont succédé dans ces ensembles de logements, des milliers d’enfants ont foulé leurs parcs, leurs places de jeux.

Pas toujours aimés ou admirés, ils constituent néanmoins un patrimoine qu’il faut apprécier et protéger. C’est du moins la thèse avancée par le professeur Bruno Marchand, du Laboratoire de théorie et d’histoire de la section architecture de l’EPFL. Thèse reprise pour être le premier sujet des «Cahiers de l’Ouest« (lire ci-contre), édités dans le cadre de la Stratégie et développement de l’Ouest lausannois (SDOL).

Des bâtis peu connus

Bruno Marchand a mené une étude sur ces ensembles bâtis. «Les connaissances à leur sujet sont moindres, affirme-t-il en préambule de l’ouvrage. Les recensements existants en lien avec le patrimoine bâti (…) ne prêtent guère attention aux constructions réalisées dans le second après-guerre, et s’intéressent plutôt aux objets architecturaux individuels qu’aux bâtis.»

Le garage tea-room de l’Arc-en-ciel, par Jacques Favarger (1956) et le silo à grains de Jean Tschumi (1959) sont de parfaits exemples de cette focalisation sur les édifices particuliers et uniques.

L'American way of life

Pour Bruno Marchand, les quartiers participent tout autant à la formation de ce Paysage de la Modernité – c’est le titre du livre – qu’est l’Ouest lausannois, «dont les éléments hétérogènes témoignent de la société en devenir, depuis le second après-guerre: les infrastructures routières comme support de la nouvelle mobilité, les villas en tant que symbole des nouveaux modes de vie inspirés du American way of life, les entreprises tertiaires émergentes, les zones commerciales aux sorties des autoroutes et, enfin, les usines, nécessaires au cadre bâti d’une forte industrialisation – «prolongées» par plusieurs ensembles bâtis de logements, parfois d’une certaine ampleur».

D’une étude technique, menée en collaboration avec des représentants de chaque commune du district, mais aussi avec des services cantonaux, le SDOL publie un ouvrage qui s’ouvre avec un regard artistique sur l’Ouest. Celui des étudiants de l’ECAL (Ecole cantonale d’art de Lausanne, basée à Renens), qui capturent des détails, des habitants, des lieux de détente et de sport…

«Architecture mineure»

On plonge ensuite dans cette «architecture mineure», selon les termes d’Ariane Widmer, directrice du bureau SDOL et architecte. Mineure, mais sensible et constitutive d’une identité. «Ces constructions sont pleines de qualités, poursuit-elle. Mais elles ne correspondent plus tout à fait aux besoins aujourd’hui, par exemple du point de vue de l’agencement ou encore de l’isolation.» Au fil du temps, certains de ces ensembles se sont aussi morcelés et répartis entre une multitude de propriétaires, rendant les rénovations très hétéroclites.

«En Suisse, ces grands ensembles sont généralement bien placés et bien pensés. Ils offrent souvent une grande qualité de vie et une vraie alternative à l’habitat dispersé»

Apparence anodine, défauts de vieillesse, manque de cohérence… autant de facteurs qui rendent ce patrimoine «très fragile». A cela s’ajoute encore la mauvaise réputation qui colle à ce type d’urbanisme, «alors qu’en Suisse ces grands ensembles sont généralement bien placés et bien pensés. Ils offrent souvent une grande qualité de vie et une vraie alternative à l’habitat dispersé», poursuit Ariane Widmer.

Valoriser ces quartiers

L’architecture ordinaire, trop récente, peine ainsi à se faire une place dans les réflexions architecturales. Selon la directrice du SDOL, deux types de volontés sont nécessaires pour inverser la tendance et éviter les «ratés» qui défigurent certains ensembles. Une volonté technique d’abord, en travaillant avec des professionnels sensibles à l’aspect patrimonial de ces bâtiments. Les propriétaires peuvent y trouver leur compte. «Préserver le caractère du bâti, c’est un investissement!»

Mais la volonté doit aussi être politique, en inscrivant à l’inventaire ce qui mérite de l’être. Les collectivités publiques peuvent aussi opter pour une vraie «stratégie de valorisation» de ces quartiers. Ne serait-ce que pour faire le tri et savoir sur quoi fixer l’attention. «Evidemment que tout ne doit pas forcément être préservé à l’identique, conclut Ariane Widmer. On peut aussi choisir, en rénovant, d’apporter des modifications, d’aller plus loin. Mais ça doit être réfléchi.» (24 heures)

Créé: 03.01.2017, 06h57

«Un paysage de modernité - Les cahiers de l’Ouest». Disponible en librairie au prix de 29 fr.

Des «Cahiers» pour un Ouest accessible

Une publication pour faire sortir les idées. Pour faire parler les études, les valoriser. Voilà d’où est née l’envie de publier «Les Cahiers de l’Ouest». «Nous voulons parler de l’Ouest lausannois, garder une trace de l’énorme mutation qu’il est en train de vivre, explique Ariane Widmer. Nous voulons le faire de la façon la plus accessible possible, pour un large public.»
La publication, sous la houlette du bureau Stratégie et développement de l’Ouest lausannois (SDOL), émane des huit communes du district et bénéficie du soutien du Canton. Le premier ouvrage dont il est question ici, titré «Un paysage de la modernité», s’appuie sur une grande recherche menée à l’EPFL. Il la restitue, la met en mots et en images sur 180 pages d’excellente qualité.

S’y ajoute un travail des étudiants en 2e année de bachelor en photographie de l’ECAL.

D’autres «Cahiers» devraient suivre. Le SDOL ne s’est pas fixé de rythme de parution obligatoire. Le bureau trouverait «idéal» de sortir un «Cahier » par année. Mais il est plus probable que la moyenne se situe autour des deux ans.

Le thème du prochain numéro est lui aussi incertain, mais portera probablement à nouveau autour des questions de patrimoine. Une publication dédiée à la gare de Renens devrait suivre.

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