Quand la police dégaine ses armes de séduction

LausanneLa saison du recrutement a commencé pour les polices. Reportage à une soirée d’information dans la capitale vaudoise.

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«Alors? Qui signe?» Il est passé 20 heures, mercredi, à l’Hôtel de police de Lausanne. Droit dans ses rangers, le regard perçant et le crin ras, l’adjudant Bigler attend une réponse. Si possible rapide, forte, claire et surtout positive. C’est que le responsable du centre de formation mouille la combinaison depuis plus de deux heures. Sa mission? Vendre «sa police» à une vingtaine de jeunes qui embrasseraient bien la même profession que lui. Les mains se lèvent. Toutes les mains. L’adjudant est satisfait. La saison du recrutement commence bien. Encore trois séances identiques à celle-ci jusqu’au mois d’avril, pour un total d’environ 200 candidatures, et il tiendra sa relève. Les places seront toutefois chères cette année encore à Lausanne: «On vise les vingt aspirants.»

Vous aussi, faites le test:


Passez l'épreuve de français pour les candidats à la formation de policier (extraits)

«La meilleure du monde»
Toutes les polices, municipales comme cantonale, recrutent en ce début d’année. Pour l’adjudant Bigler, celle de Lausanne est «la meilleure du monde pour vous, si elle coïncide avec vos attentes et votre envie de travailler dans un milieu urbain». Il sait de quoi il parle: il y a passé les 35 dernières années de sa vie. Alors ce soir, il a mis les formes pour recevoir. Et pour séduire. Les jeunes qui ont fait le déplacement trouvent une clé USB en forme de voiture de police à leur place, en guise de bienvenue. Ils ont droit au clip de promotion de la police de Lausanne, à celui de l’école de Savatan, à une démonstration à leurs pieds du labrador renifleur de drogue Whisk...

Eau témoignage d’un membre de police secours. Celui-là arbore tatouages et barbe de hipster. Il fait son petit effet. Il raconte son quotidien «pur et dur», comme la fois où il n’a pas pu sauver une femme qui venait de se faire poignarder en pleine rue, malgré son massage cardiaque. «Vous n’auriez pas une autre histoire, disons avec une fin plus heureuse?» lui glisse l’adjudant. Le jeune policier embraie sur celle de cette grand-maman que lui et sa section ont sauvée in extremis, alors qu’elle gisait dans sa cuisine depuis plusieurs jours. C’est ce qu’il appelle du «social pertinent». Des filles prennent des notes.

«Ce soir, cela ne compte pas pour le recrutement à proprement parler, mais la première sensation est toujours importante.» En fin policier qu’il est, l’adjudant observe les réactions lorsqu’il pousse les jeunes dans les cordes. «On n’est pas des assistants sociaux! On ne fait pas non plus les courses poursuites sur l’autoroute ou traverser la rue aux enfants. Si vous avez peur du sang, peur de la mort ou peur des chiens, ce métier n’est pas pour vous.» Le message a le mérite d’être clair.

Mais alors, c’est quoi le bon profil pour devenir policier? «On veut des gens bien dans leur tête, courageux, qui ont de l’empathie, qui aiment aider les gens, qui savent absorber le stress. Les Rambo ne nous intéressent pas. Enfin, pas seulement des Rambo. Ce qu’on recherche, c’est un esprit sain dans un corps sain.»

Mercredi soir, tout le monde s’est reconnu dans le profil dressé par l’adjudant Bigler. (24 heures)

Créé: 16.02.2017, 17h24

Formation

Ce qui attend les candidats

«Ça à l’air rude ce qui nous attend à l’école de Savatan.» A l’inquiétude de cette jeune Lausannoise présente à la soirée de recrutement mercredi soir, la réponse de l’adjudant Bigler est sans appel: «Oui, c’est rude.
Le choc peut s’avérer assez thermique!» Mais qu’est-ce qui attend vraiment les candidats à la police? S’ils remplissent les critères d’admission, ils seront d’office inscrits aux examens qui se dérouleront sur une journée à la Blécherette. Au programme du matin: des épreuves éliminatoires de sport, de français et des tests psychométriques. Ceux qui les auront réussis poursuivront avec une synthèse de texte et une dissertation. L’examen en poche, les candidats enchaîneront sur un entretien avec l’état-major de la police de Lausanne, puis ils devront passer un test de personnalité et rencontrer des psychologues. S’ils franchissent ces différentes étapes, ils passeront alors un bilan de santé avant de recevoir un contrat. Ils incorporeront alors l’école de Savatan pour une année, d’avril à février. Comme aspirants de police, ils recevront 4300 francs par mois. Au terme de leur formation, ils devront encore obtenir un brevet fédéral.

La Polouest a aussi posté sa vidéo sur Youtube

Tout comme sa collègue de la capitale vaudoise, la police de l’Ouest lausannois (POL) lance sa campagne de recrutement 2017 sur les réseaux sociaux.

L’effectif a un besoin permanent de policiers et recherche des aspirants. Pour susciter des vocations, la POL a lancé le mercredi 15 février sa campagne de recrutement, ciblée sur les 20 à 32 ans, avec une vidéo postée sur Youtube intitulée «On a besoin de vous». Après un jour en ligne, la vidéo comptabilise presque quatre mille vues.



La police a réitéré sa confiance en l’agence lausannoise Hybride Design qui avait déjà réalisé le clip promotionnel de 2016, visionné plus de 35'000 fois à ce jour. Si les situations abordées dans la vidéo sont identiques à celles de l’année dernière (accident de la route, agression, violence conjugale, vol par effraction), les victimes sont cette fois au centre des interventions de police. Dans cette optique, les séquences mettent en scène des personnes en situation de détresse, sur un fond musical intense et saisissant. Le but n’est plus de pousser le spectateur à utiliser son imagination, comme c’était le cas avec la symbolique des jouets lors de la précédente campagne, mais de l’inviter à se positionner en tant qu’acteur de la scène qu’il visionne.

Toutefois, un nombre limité de nouvelles recrues sera sélectionné. «D’ici l’automne, nous choisirons cinq candidatures pour l’école d’aspirants», annonce le commandant Frédéric Schaer.

Antoine Hürlimann

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