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Elections cantonales: reportage dans les régions (3/10)

Viticulture et qualité de vie s’érodent à Lavaux-Unesco

Par Cécile Collet. Mis à jour le 31.01.2012 5 Commentaires

Promenade dans le vignoble pour prendre le pouls des habitants, des vignerons et des autorités, attachés à développer une zone surprotégée

1/3 Jean-François Chevalley appelle les politiques et la population à participer à la promotion des vins vaudois.
Photo Patrick Martin

   

Mardi matin, au Café du Raisin de Cully, c’est l’heure du stamm pour Max Graf, le syndic de Bourg-en-Lavaux. Au rendez-vous hebdomadaire, plusieurs retraités sont venus débattre des jetons de présence au Conseil communal, de la gestion des déchets, en passant par l’incontournable «Sauver Lavaux III».

«Si Weber gagne, nous serons le nouveau musée national!» lance André Bugnon, boulanger retraité qui a transformé son commerce en appartement, histoire d’assurer sa retraite. «Ici, ce n’est plus possible de démarrer un commerce. Les périphériques sont trop forts.»

Une densification sous contraintes
Pourtant, il est bien question d’en créer, des commerces. Près de la gare, un nouveau quartier devrait sortir de terre. «Le Plan partiel d’affectation traîne depuis sept ans, soupire Max Graf. On aimerait bien que ça se réalise, et qu’on puisse enfin accueillir de nouveaux habitants.» A terme, la commune de 5000 âmes devrait connaître une densification de 15%, souhaitée par le canton près des nœuds de communication.

Pourtant, les formalités successives qu’il demande à la commune ralentissent le PPA. «Pour construire à Lavaux, on doit toujours attendre, lance Michel Chalverat, entrepreneur retraité et ancien conseiller communal. Si l’initiative passe, ce sera aussi le cas pour l’hôpital, dont le projet sera gelé pendant cinq ans!» Là, les avis divergent, et le flou entourant le texte du Montreusien remplit le bar du Raisin. «Cela dépend de comment on lit la loi», tranche le syndic. Nul doute en tout cas que le district se prononcera contre. «Même à Oron, ils ont bien compris que la région doit continuer à vivre, ne pas être mise sous cloche», constate Max Graf.

La viticulture en péril
Si les agriculteurs du haut du district ont compris la situation, les vignerons du bas la vivent. Quittant le Calamin pour le Dézaley, les maisons laissent la place à la pente à 45% caractéristique de Lavaux. Ilot au milieu des vignes, la demeure familiale des Chevalley abrite une cave high-tech, mais aussi de vieux tonneaux et des harnais, témoignant du temps où les attelages remplaçaient les tracassets sur les chemins viticoles.

«Les temps sont durs», lâche Jean-François Chevalley, vice-président pour Lavaux de la Fédération vaudoise des vignerons (FVV). Depuis l’ouverture des contingents en 1991, 65% des vins consommés en Suisse proviennent de l’étranger. Et le prix du kilo de raisin ou de vin clair ne couvre plus les frais de production à Lavaux. Le salut passera donc par la bouteille. «Nous devons être soutenus par la population si l’on veut pouvoir préserver le vignoble. Nous ne pourrons pas rationaliser indéfiniment. Il faut que les gens viennent dans nos caves, dégustent nos produits, pour qu’ils se rendent compte de leur qualité et qu’ils en soient fiers.»

D’où le besoin de locaux de réception. Et l’inutilité de nouvelles restrictions. «Le vignoble du Dézaley est protégé depuis 1949, bien avant l’arrivée d’un Weber. Depuis les années 1960, nous sommes à l’avant-garde niveau respect de l’environnement. Quand j’étais enfant, le lac était marqué de limon lors de chaque orage. Aujourd’hui, nous avons maîtrisé l’érosion, amélioré la qualité de nos vins. Notre faute, c’est d’avoir mal communiqué.»

D’où l’idée de la FVV de nommer Pierre Keller, citoyen de Saint-Saphorin, à l’Office des vins vaudois, et d’augmenter la taxe de promotion de chaque exploitant. «Avec un soutien financier cantonal, nous pourrions encore améliorer la visibilité de nos vins, et du coup des vins vaudois et suisses.»

Un patrimoine pour la Suisse entière
Les papilles se délectant encore d’un Epesses tiré au guillon, on grimpe dans les coteaux du billet de 200?francs, rêvant d’y rencontrer Ramuz. C’est Emmanuel Estoppey, gestionnaire du site inscrit à l’Unesco, qu’on retrouve. Et une promeneuse qui s’émeut: «C’est la perfection, ce paysage!» Le gestionnaire abonde, puis précise, quand la dame a tourné les talons: «Ce n’est pas que la beauté qui compte. L’inscription comme paysage culturel vivant tient du fait que c’est un lieu façonné par l’homme.»

Pour promouvoir ce patrimoine, il appelle à des collaborations qui pourraient faire profiter tout le canton des retombées de cette inscription. «C’est une carte de visite des produits vaudois et de leur histoire. Nous devons jouer sur l’exclusivité mondiale du chasselas pour développer l’œnotourisme. Tout va passer par le palais.» Un site internet (www.lavaux.ch) sera prêt en avril. Et une application pour smartphones indiquant quelle cave est ouverte dans le périmètre est en cours de réalisation.

De quoi réjouir les touristes qui se promènent en nombre dans la région, et qu’on retrouve devant un verre au Café de la Poste, à Cully. Accoudés au bar, les habitués sont aussi à l’heure de l’apéro. «On a encore ici une belle qualité de vie, mais on vit dans une réserve d’Indiens, illustre Nicolas Delay, designer industriel installé à Cully. Même avec un réseau dans le coin, les fameux jeunes qui sont censés dynamiser la région et son économie ne trouvent pas à se loger.»

Mi-janvier, une étude chiffrait à 70% la hausse en cinq ans des prix de l’immobilier sur l’arc lémanique. Un phénomène dont sont victimes – ou bénéficiaires – les habitants de Lavaux. «Les bistros ferment et sont vendus à des prix de fous à de riches étrangers qui y font des logements, observe Martial Tardy, courtier en immobilier. Le risque, c’est que l’ambiance se perd, et avec elle, notre identité.»

Le reportage de la Télé:

(24 heures)

Créé: 31.01.2012, 17h40

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5 Commentaires

Valaisan danslespace

01.02.2012, 09:53 Heures
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Quand on pense aux Français qui réussissent à vendre leur piquette appelée Champagne comme un vin hors de prix et de luxe, leur Beaujolais nouveau comme une boisson buvable.... ça laisse songeur en comparaison, les vins de Lavaux sont de véritables produits d'orfèvrerie! Des joyaux! ... Mais voilà... encore faut-il le faire savoir. Au boulot! P R O M O T I O N !! Publicité, etc... Répondre


o. grangey

01.02.2012, 10:20 Heures
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je suis sidérée par le gars qui dit "on aimerait bien accueillir de nouveaux habitants" ! Mais justement, il ne faut pas agrandir ces villages, mais les laisser comme les bijoux qu'ils sont. Vous voulez y ajouter du monde pourquoi ? pour faire marcher le bistrot ? pour ensuite devoir créer de nouvelles écoles car les autres seront trop petites ? Il me semble qu'un peu de bon sens devrait prévaloi Répondre




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