Des admirateurs de Ramuz se mobilisent pour «sauver» La Muette

PullyLe Comité de sauvegarde de la dernière demeure de l’écrivain critique le projet de pôle muséal, jugé «minimaliste».

Charles Ferdinand Ramuz dans son salon à la Muette, en 1938. L’écrivain vécut durant dix-sept dans cette maison, dans le vieux village de Pully (de 1930 à 1947). Elle appartient aujourd'hui à son arrière-petite-fille.

Charles Ferdinand Ramuz dans son salon à la Muette, en 1938. L’écrivain vécut durant dix-sept dans cette maison, dans le vieux village de Pully (de 1930 à 1947). Elle appartient aujourd'hui à son arrière-petite-fille. Image: Richard Heyd, CRLR

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«Il est encore temps de sauver La Muette!» C’est le titre du manifeste d’une dizaine de pages signé par le Comité de sauvegarde de la maison de Ramuz. La lutte s’organise contre le projet de pôle muséal prévu dans la dernière demeure de l’écrivain, nichée au cœur du Vieux-Bourg de Pully.

L’un des cinq membres de ce comité fraîchement constitué n’est autre que le professeur Daniel Maggetti, référence chez les «Ramuziens», directeur du Centre de recherches sur les lettres romandes et chef d’orchestre de la publication des œuvres complètes du célèbre auteur vaudois. Son désaccord avec le projet de pôle muséal l’a récemment conduit à claquer la porte de la Fondation Ramuz.

On trouve aussi dans ce comité les historiens de l’art Isabelle Roland et Bruno Corthésy, la présidente de l’association Alice Rivaz, Marianne Dyens et l’ex-chef des écoles lausannoises et député Gérard Dyens. Tous évoquent «une grave menace pesant sur un patrimoine artistique et littéraire unique et irremplaçable».

Le bureau, pas l’appart

Le projet en phase d’élaboration est la cible de critiques depuis sa présentation, en octobre dernier (nos éditions des 26 novembre et 12 décembre 2016). Mitonné par les héritiers de Ramuz, propriétaires de La Muette, avec le soutien de la Commune de Pully, il prévoit un espace muséal de 100 m2 comprenant le bureau de l’écrivain – resté pratiquement intact depuis son décès – et les locaux attenants. Le lieu serait géré par le Musée de Pully adjacent. Le reste de La Muette serait rénové et transformé en logements, selon le vœu des propriétaires.

La conservation du seul bureau est insuffisante, clame le Comité de sauvegarde, qui dénonce un projet «minimaliste». «La valeur inestimable de ce patrimoine d’intérêt national et la volonté de protéger ce lieu magique à forte charge symbolique sont passées aux oubliettes, au nom du réalisme, de la tranquillité d’une famille et des intérêts locaux. Ce projet condamne l’accès direct à la maison et au jardin historique, ainsi que la vue depuis les fenêtres qui a inspiré l’écrivain, signifiant la disparition définitive de toute trace concrète du passé glorieux de cette demeure.»

«Lancer un débat»

«Un privé et une Commune sont en train de décider du destin de la maison d’un écrivain immense, s’inquiète Gérard Dyens. On isole le bureau de Ramuz en en faisant une annexe du Musée de Pully. Que fait-on de cette demeure, de son atmosphère, de son jardin? La Muette a reçu Cocteau, Gide, Stravinski… C’est un lieu tellement riche pour notre patrimoine.»

Le manifeste esquisse des pistes pour sauver l’appartement de Ramuz, situé à l’entresol et au premier étage. «Il pourrait servir de résidence d’écrivains, par exemple, indique Gérard Dyens. Nous n’avons pas de solution miracle, mais il existe des compromis possibles. L’essentiel est de lancer un débat démocratique.»

Le Canton de Vaud se tient à distance. Il vient de détailler les raisons de son désengagement dans une réponse à une interpellation. Argument massue: la maison est une propriété privée. Et elle n’est pas à vendre. Le Conseil d’Etat estime par ailleurs avoir joué son rôle dans la mise en valeur du travail de Ramuz en investissant 1,2 million de francs dans l’édition de ses œuvres complètes.

L’Etat insiste aussi sur le fait que plusieurs occupants se sont succédé après la mort de l’écrivain, transformant considérablement les lieux. «La maison de Ramuz, hormis son bureau, n’est pas restée intacte. L’intérieur n’est ni suffisant ni assez représentatif pour la connaissance de l’écrivain.»

Le Comité de sauvegarde affirme le contraire, évoquant «un intérieur resté intact, à quelques aménagements près». «Faux!» répond le syndic de Pully, Gil Reichen. «Je préfère travailler sur un projet réaliste avec les propriétaires plutôt que d’espérer que le Canton achète une maison qui n’est pas à vendre», ajoute-t-il.

L’inventaire de La Muette, lancé par le Service cantonal des affaires culturelles, est en cours. Il permettra d’évaluer l’importance et le volume des objets, tableaux, livres et meubles ayant appartenu à C. F. Ramuz. «On semble prêt à faire des choix sans retour et à prendre des décisions sans même avoir encore l’inventaire du contenu de l’appartement de Ramuz», regrette Daniel Maggetti.

Le chrono tourne. Le préavis donnant le feu vert au pôle muséal sera voté par le Conseil communal pulliéran avant cet été. Le Comité de sauvegarde de La Muette fait valoir en ce moment ses arguments auprès des membres dudit Conseil ainsi que des députés du Grand Conseil. «Pour éviter de manquer un rendez-vous avec l’histoire artistique, littéraire et intellectuelle du pays.» (24 heures)

Créé: 22.03.2017, 07h54

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