Communes et riverains s’opposent en masse au projet d’extension de l’A9

TravauxTous les concernés épluchent la mise à l’enquête du chantier. Ils dénoncent surtout les nuisances sonores.

Pour le syndic de Belmont, Gustave Muheim, l’OFROU tente de s’affranchir à tort des mesures antibruit.

Pour le syndic de Belmont, Gustave Muheim, l’OFROU tente de s’affranchir à tort des mesures antibruit. Image: Florian Cella

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Météo orageuse au-dessus de l’autoroute A9. Le projet d’extension du tronçon Vennes-Lutry, comprenant l’élargissement des tunnels de Belmont, est à l’enquête publique jusqu’au 3 janvier et, comme prévu, les oppositions commencent à pleuvoir.

Lundi, l’Association Transports et Environnement (ATE) annonçait dans un communiqué de presse qu’elle s’opposait aux travaux «au motif d’une non-conformité» à la loi sur l’aménagement du territoire, à la loi sur les finances, à la Constitution fédérale, à la loi sur la protection de l’environnement et au principe de proportionnalité. La Commune de Belmont fera la démarche également, en tant qu’entité publique et propriétaire privé. Quant aux riverains, leurs oppositions se compteront par dizaines.

En attendant de les recevoir toutes d’ici à la fin de l’enquête publique, l’Office fédéral des routes (OFROU) et le Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC) ne s’expriment pas sur le dossier.

Le bruit au cœur du débat

Derrière la palette législative évoquée par l’ATE, les griefs sont concrets et communs à tous les opposants. «Nous contestons l’approche de l’OFROU, qui considère qu’il s’agit de travaux d’entretien alors que, pour nous, l’élargissement des tunnels est une construction nouvelle. Or les travaux d’entretien donnent droit à des mesures d’allégement qui permettent de se libérer de certaines obligations», explique le syndic de Belmont, Gustave Muheim. C’est l’une des principales pierres d’achoppement. Dans le cadre d’un simple «entretien», l’OFROU peut s’affranchir des mesures antibruit si elles sont jugées trop onéreuses. Les opposants estiment par ailleurs que le bruit est minimisé alors que le coût des assainissements est sur­évalué.

Le débat est d’importance puisque, selon l’ATE, les allégements demandés concernent 146 bâtiments sur les communes de Lausanne et d’Epalinges, 56 bâtiments sur les communes de Pully et de Belmont-sur-Lausanne et 169 bâtiments sur la commune de Lutry.

Particulièrement concerné, le syndic de Lutry annonce que la Commune «étudie le dossier avec beaucoup d’attention et d’esprit critique avec l’aide d’un avocat». En parallèle, les citoyens sont invités à être très attentifs. Selon la Municipalité, une dizaine d’oppositions ont déjà été transmises au DETEC.

Une association épaule les riverains

Du côté de Belmont, les autorités ont distribué mi-novembre un tous-ménages particulièrement explicite. Le document visait à attirer l’attention des habitants sur les intentions de l’OFROU en matière de bruit routier et détaillait la manière de procéder pour formuler une opposition.

En parallèle, une association a vu le jour dans le but de s’opposer et d’aider ceux qui souhaitent le faire à titre individuel. «Nous épaulerons les personnes touchées par des expropriations, des nuisances ou des problèmes comme la sécurisation des nouveaux chemins piétonniers imposés par le chantier, liste le président de l’association, Carlos Nunez. Nous rappelons aux gens qu’ils peuvent s’opposer jusqu’au 3 janvier, cachet de la poste faisant foi, car des travaux d’une telle ampleur et d’une telle magnitude en milieu urbain sont inédits.»

Sept ans jour et nuit

Le chantier à 800 millions de francs doit en effet durer plus de sept ans, jour et nuit. «Visiblement, ce sera aux entreprises de prendre les mesures nécessaires pour limiter le bruit du chantier, mais ces dernières feront plutôt ce qui leur semble nécessaire et ce sera aux autres de prouver que ce n’est pas assez, regrette Gustave Muheim. Il n’y a pas de notion de contrainte.» Le syndic aimerait que le projet soit mené via un chantier ordinaire, c’est-à-dire uniquement de jour et seulement en semaine.

Dix-huit mois de perdus

Finalement, Belmont s’agace d’un autre point du dossier, sur le plan administratif cette fois. «Nous avons un vrai problème concernant l’aménagement du territoire puisque le projet nécessitera des emprises définitives et qu’elles n’ont pas pu être traitées en amont dans la mise à jour de notre plan général d’affectation (PGA). La Commune va être expropriée, c’est un problème qui aurait pu être discuté dès avril 2015, mais nous avons perdu dix-huit mois, soupire le syndic. Ce n’est pas un axe de lutte, mais ça met bien en évidence la distance entre le niveau fédéral et le niveau communal.» (24 heures)

Créé: 22.12.2016, 06h54

Et après? «Un tracé alternatif est inéluctable»

A l’origine du projet Alternative 2050 (lire ici), le bureau Giacomini & Jolliet Ingénieurs SA et Philippe Mingard, conseiller communal à Lutry, suivent avec attention l’évolution du dossier de l’A9. Très critiques sur les mesures d’allégement demandées par l’OFROU, ils estiment que, au regard de la typologie des lieux, le problème du bruit est insoluble.

Surtout, ils vantent leur idée d’un nouveau tronçon entièrement couvert plus au nord et affirment ne pas comprendre pourquoi l’OFROU souhaite maintenir le tracé actuel à tout prix. «C’est leur mission», glisse simplement l’ingénieur Bruno Giacomini, qui a déjà formulé une opposition à titre privé. «Passer de quatre voies à six voies entre Villars/Sainte-Croix et Vevey coûtera entre 3 et 3,5 milliards de francs alors que nous proposons un projet à 1,2 milliard sans perturber la circulation. Nous enterrons le trafic et les nuisances pour rendre 560 000 m2 à la nature, à l’habitat et à la mobilité douce», plaident-ils.

Sauf que la Confédération, semble envisager la chose différemment. L’idée d’un deuxième tronçon progresse mais plutôt en complément de l’actuel. «Ça semble être leur plan et nous craignons qu’ils ne s’appuient sur les millions investis sur ce tronçon pour justifier la persistance du trafic, prévient Philippe Mingard. Mais, avec la masse d’oppositions, ils vont se rendre compte qu’un tracé alternatif est inéluctable. Nous serons alors les premiers à militer pour la fermeture de l’autoroute actuelle et nous aurons du soutien.»

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