Un élu témoin d'une «mauvaise pratique» policière

LausanneLe conseiller communal de SolidaritéS, Pierre Conscience, est intervenu lui-même lors du contrôle d'un dealer. Son témoignage sera transmis à la commission de déontologie.

Le conseiller communal Pierre Conscience a été témoin d'un contrôle de police qu'il juge inacceptable dans la manière.

Le conseiller communal Pierre Conscience a été témoin d'un contrôle de police qu'il juge inacceptable dans la manière. Image: ODILE MEYLAN/A

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Conseiller communal et secrétaire cantonal de SolidaritéS Vaud, Pierre Conscience a été témoin, mercredi, d'une intervention de police qui l'a mis hors de lui. A la place Chauderon, en face de la librairie Basta !, un policier en civil courrait après un homme noir: «Il l'a rattrapé et l'a frappé dans le dos. Il lui criait: «Sale dealer de merde!» et le tutoyait», raconte l'élu.

Pierre Conscience est intervenu auprès du policier pour s'insurger. «Le policier m'a répondu qu'il faisait son travail et a relativisé son attitude en levant les yeux au ciel», poursuit le conseiller communal. En plus de cette banalisation jugée choquante, l'agent a tutoyé le jeune élu (28 ans) après que ce dernier lui a demandé son matricule: «Le policier a d'abord refusé de le livrer, avant de se raviser.» Pierre Conscience s'est ensuite rendu au poste.

«Au poste de police du Flon, j'ai été reçu de manière très professionnelle par le responsable. Je lui ai raconté l'altercation et il m'a proposé de rencontrer le policier dont j'avais retenu le matricule.» Investi dans la question du contrôle au faciès depuis plusieurs mois en tant qu'élu, Pierre Conscience a refusé. «Le processus de conciliation entre les parties ne va pas dans le sens d'une prise en compte sérieuse de la plainte, estime-t-il. Au contraire, cela étouffe les choses sans procédure concluante. Sur le long terme, cela finit par renforcer le sentiment d'impunité des policiers. Aujourd'hui, de nombreuses personnes ont peur de se plaindre de la police ou se disent, parfois à raison, que cela ne servira à rien.»

Or, Pierre Conscience juge qu'en l'espèce il y a clairement eu une «mauvaise pratique policière» et une absence de culpabilité de la part du policier qui semblait s'accommoder du fait qu'il s'est laissé aller à des insultes. «Il y a une tension qui monte à Lausanne. Les pratiques se durcissent sur le temps long alors que les dealers sont souvent des jeunes victimes d'un exil forcé, perdus, endettés, précarisés.» Face à ce constat, le conseiller communal avait déjà déposé l'an dernier deux interventions, l'une en faveur d'une instance indépendante de dépôt de plainte, l'autre pour que les policiers délivrent un reçu aux gens qu'ils contrôlent. Une action au plan cantonal est en outre prévue.

Apprenant l'histoire par 24 heures, le municipal de police Pierre-Antoine Hildbrand précise en préambule que la commission de déontologie examine les éléments qui ne ressortissent pas au pénal: «Elle sert à rappeler les règles et à expliquer les pratiques.» Dans le cas précis, il n'y a pas eu de dépôt de plainte de la personne interpellée par le policier.

Ensuite, après avoir pris contact avec les services de police, le municipal souligne que la version du policier dénoncé par Pierre Conscience diverge. Le policier conteste avoir injurié ou malmené la personne contrôlée et affirme s'être retrouvé tiraillé entre une personne à contrôler et une autre venue contester le bien-fondé de l'intervention de la police.

Pierre-Antoine Hildbrand fait valoir qu'il est du «droit» du conseiller communal Pierre Conscience d' «attirer l'attention» sur la scène qu'il a vue et se dit ouvert à discuter des différentes propositions du groupe La Gauche au Conseil communal: «J'attends aussi que Monsieur Conscience me fasse parvenir les cas d'abus policiers qu'il a recueillis au début de l'année. Je suis prêt à examiner les dossiers.»

Enfin, Pierre-Antoine Hildbrand rappelle que les policiers, qui doivent par ailleurs faire face à des gens pas toujours très polis, ne sortent pas indemnes d'une accusation de mauvaise pratique: «Si elles s'accumulent dans un dossier personnel, cela débouche sur des sanctions. Il y en a toute une gamme; elles sont réelles, crédibles et fortes. Et en cas de dépôt de plainte, le système est robuste.»

(24 heures)

Créé: 20.04.2017, 18h48

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