La Une | Dimanche 19 mai 2013 | Dernière mise à jour 23:27
Malaise

La police lausannoise prise dans la tourmente politique

Démissions en série, code éthique trop lourd: la rentrée politique s’annonce chaude. Le syndicat passe à l’offensive. Le commandant Pierre-Alain Raemy répond

Effectifs Le nombre insuffisant de policiers est un des facteurs qui expliquent la crise, mais il n’est de loin pas le seul.

Effectifs Le nombre insuffisant de policiers est un des facteurs qui expliquent la crise, mais il n’est de loin pas le seul.
Image: DOMINIQUE FAVRE/KEYSTONE-A

Le commandant Pierre-Alain Raemy met en avant la charge de travail de?plus en plus lourde. (Image: ODILE MEYLAN)

Des élus critiques et perplexes

Lausanne a mal à sa police. Pour l’ensemble de la?classe politique, ce constat ne fait pas le moindre doute. En revanche, le diagnostic précis et surtout les remèdes annoncent de chauds débats cet automne. De nombreuses interventions sont promises pour le prochain Conseil communal, le 11 septembre. Cela ne suffira certainement pas aux élus pour y voir plus clair.

Tous reconnaissent une crise dans le?corps de police, mais rares sont ceux à pouvoir l’expliquer avec précision, au-delà d’un sous-effectif largement admis. «La difficulté est d’avoir des informations auprès de fonctionnaires qui craignent de critiquer leur hiérarchie, souligne le libéral-radical Mathieu Blanc. Toutes les troupes ne suivent vraisemblablement plus le commandant Pierre-Alain Raemy.»

Une guerre des clans serait en train de couver, selon plusieurs conseillers communaux. Pour l’UDC Claude-Alain Voiblet, l’«obsession de l’éthique» du commandant complique la tâche de ses hommes. «Les policiers hésitent désormais à?intervenir.»

Criminologue et présidente du Parti socialiste lausannois, Rebecca Ruiz admet que mettre en avant la déontologie ne devrait plus être l’unique discours de la direction de la police lausannoise. «La question des conditions de travail doit devenir centrale. Le?projet d’amélioration des horaires de police-secours n’a toujours pas été présenté, des collaborations plus efficaces avec la police cantonale peinent à être étudiées.»

Une large majorité d’élus souhaitent remettre en question la direction de la?police. Au cœur des attaques de la?droite, mais aussi d’une partie de la majorité de gauche: le directeur de la?Sécurité, Marc Vuilleumier. Seul le président du groupe La Gauche, Alain Hubler vole au secours de son municipal. «Si on lui donne les moyens financiers, il pourra engager suffisamment d’agents pour les mettre enfin sur?le terrain.» Le popiste réclame également une étude par des spécialistes de la santé au travail sur le moral d’un des plus grands services de l’administration communale.

Du côté des remèdes, le retour à la police de proximité recueille une large adhésion. Les patrouilles systématiques en voiture, même dans les rues piétonnes, suscitent le ras-le-bol. Pour beaucoup de conseillers communaux, les agents donnent l’impression d’être en permanence assiégés dans leur propre ville. Leur permettre de retrouver le contact avec la population est jugé urgent. Pour avoir organisé une?visite du dispositif de sécurité de Paléo à l’attention de ses collègues du Conseil communal, la Verte Natacha Litzistorf a été saluée. «Pour réinventer la sécurité urbaine, il faut chercher des solutions sans tabous, dit-elle. Mettons sur pied des états généraux de la police lausannoise.» Une piste défendue également par la droite, qui espère faire trébucher la majorité lausannoise et la?diviser sur un de ses points faibles: la?sécurité.

Mehdi-Stéphane Prin

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L’exaspération gagne la base de la police lausannoise. Et Jean-Denis Geinoz, président de l’Association des fonctionnaires de police de Lausanne (AFPL), prépare son offensive pour la rentrée de septembre. Dans son viseur: le code de déontologie instauré depuis 2008, et dont ne veulent surtout pas s’inspirer les gendarmes vaudois, qui devront pourtant – réforme policière oblige – se doter d’un pareil outil.

«Aujourd’hui, des policiers préfèrent ne plus intervenir de peur de se faire dénoncer par un collègue. Cela agit négativement sur le moral des troupes. Les policiers sont clairement en sous-effectif. Alors parfois, face à des individus particulièrement quérulents, ils doivent faire usage de la force, et on les sanctionne. J’ai vraiment de la peine avec ce système», lâche Jean-Denis Geinoz.

Ce dernier aimerait toutefois éviter le conflit et les actions symboliques, telle une grève des amendes. «Mais pour cela, il faudrait que nous soyons davantage entendus, tout comme la population qui demande davantage de policiers dans les rues. Il en va non seulement de leur sécurité, mais aussi de celle des policiers. On ne peut plus se retrouver à 20 agents face à 200 émeutiers, comme à Bel-Air en mai dernier.»

Démissions en série

Pour l’AFPL, qui regroupe en son sein la quasi-totalité de l’effectif de police à Lausanne, le malaise est profond. D’ailleurs, les policiers semblent quitter le navire: on compte 20?démissions à un peu plus de la moitié de 2012, contre 12 en 2010 et 16 en 2011. Entré en fonctions en mai 2011, le commandant Pierre-Alain Raemy rappelle les années 2000, au temps de Gérald Hagenlocher, quand la police lausannoise était accusée de graves dysfonctionnements: cela s’est traduit par 28?départs en 2001 et 27 en 2007. Justement, ne s’agit-il pas d’une nouvelle crise? Pierre-Alain Raemy met en avant la charge de travail de plus en plus lourde, avec une croissance de 15% des interventions de police-secours et de 34% des délits en 2011. «Il y a des déçus, ceux qui ne supportent plus le rythme, d’autres qui trouvent un salaire plus élevé ailleurs. Mais certains reviennent. Et nous n’avons aucune difficulté à engager 40 nouveaux policiers pour la prochaine volée de l’école.»

Trop de dénonciations?

Et donc, les dénonciations pénales signées du commandant ainsi que le poids du code éthique n’auraient aucune influence? «Non, je ne suis pas un adepte de la dénonciation. Depuis 2009, on en dénombre cinq, dont trois viennent de l’ancien commandant. J’en ai signé deux l’an dernier. Et aucune cette année», rétorque le chef de la police. Pierre-Alain Raemy a examiné 21?cas concernant police-secours, sur 35?000?interventions, et 80% d’entre eux se sont avérés infondés. «Tant que je peux traiter ces cas de manière interne, j’évite la voie judiciaire. Mais un commandant est parfois obligé de transmettre des dossiers à la justice. Ce n’est pas une question de déontologie, mais d’obligation fixée dans la loi. Je rappelle aussi qu’on nous reprochait l’omerta dans les années 2000. Et maintenant, c’est l’antidote que nous avons mis en place qui est critiqué.»

Police de proximité absente

Une autre critique politique se fait entendre avec force. La police de Lausanne semble dépassée par les événements. Elle intervient tous feux allumés alors que la tension sur le terrain est déjà à son comble. Où est la police de proximité à pied qui occupe le terrain de façon préventive? «Avec l’effectif actuel, nous devons renoncer à des prestations, par exemple en fermant occasionnellement un poste de quartier, à La?Sallaz ou à Chailly, justifie Pierre-Alain Raemy. Si les policiers arrivent en urgence, c’est parce qu’ils sont, par exemple, en patrouille ailleurs et qu’ils sont obligés d’enclencher le feu bleu et la sirène. On doit parfois faire des relevés de cambriolages un jour après et ça ne me satisfait pas. Selon une étude de l’Ecole des sciences criminelles, il faudrait 164?policiers de plus. Les trente postes accordés sont bons à prendre mais encore insuffisants.» Le chef de la police lausannoise rappelle que, pour assurer un poste vingt-quatre?heures sur vingt-quatre pendant toute l’année, il faut en réalité plus de cinq personnes en comptant les vacances, les congés et la formation.

Déménagement critiqué

Pierre-Alain Raemy se retrouve en outre sur la sellette à cause de son déménagement en Valais, dans la région de Sion (24?heures du 23 juin). «Si le responsable de la gestion sécuritaire de Lausanne quitte la ville, cela donne un très mauvais exemple. C’est légal, mais il s’agit d’une erreur politique», lance l’UDC Claude-Alain Voiblet. «Avant, je passais la semaine dans le Gros-de-Vaud en famille et les week-ends en Valais. Avec mon pied-à-terre dans le Nord vaudois, ma nouvelle situation ne change rien, sinon que je passe plus de temps au travail», répond le commandant, qui invoque une évolution de la société: «Plus de 70% des policiers vivent en dehors de Lausanne. S’ils peuvent venir dans la demi-heure lorsqu’ils sont de piquet, c’est en ordre.»

Le procès personnel fait au commandant de la police est jugé injuste par Alain Hubler, président du groupe La Gauche au Conseil communal. Pourquoi s’en prendre à lui alors que d’autres hauts fonctionnaires agissent de même? «Tous les cadres supérieurs devraient avoir la civilité d’habiter à Lausanne, de payer des impôts où ils sont salariés.» (24 heures)

Créé: 21.08.2012, 07h13

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49 Commentaires

Claude Dard

21.08.2012, 07:46 Heures
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J'ai de la peine à comprendre M. Vuillieumier et Ramey qui pratiquent la tolérance zéro envers les commerçants (police du commerce intransigeante) et les automobilistes, mais qui lorsque des troubles de l'ordre public se produisent, prennent la défense des gentils casseurs au mépris de leur propre police. Répondre


Stéphane Bonon

21.08.2012, 08:35 Heures
Signaler un abus 53 Recommandation 0

Nous sommes déjà à un stade ou les commerçants pensent à engager une milice privée pour assurer sa défense. Les effectifs de police sont en dehors des réalités, la violence ne fera qu'augmenter tant que notre "police" aura l'air aussi ridicule. Jusqu'ou cela doit aller pour que les politicards comprennent et se sortent les pouces du ... pour agir dans le bon sens ... Répondre



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