Le prêt sur gages est de retour à Lausanne après quarante ans

Mont-de-piétéDès novembre, il sera possible d’obtenir un petit crédit à taux modéré, à condition de laisser un objet en dépôt.

Dans son office de la rue de Bourg, à Lausanne, Juan Caido remet le prêt sur gages au goût du jour.

Dans son office de la rue de Bourg, à Lausanne, Juan Caido remet le prêt sur gages au goût du jour. Image: PHILIPPE MAEDER

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Le mont-de-piété traîne une image négative souvent liée à la pauvreté. Juan Caido, 36 ans, qui a géré des établissements publics dans la région, parle de «dépannage» en cas de besoin financier temporaire et urgent. Il propose un service de prêt sur gages dans ses locaux de la rue de Bourg, à Lausanne, également dédiés à l’achat et à la vente de métaux précieux ainsi qu’aux expertises d’objets anciens. Le canton de Vaud n’avait plus connu cette institution depuis 1975, lorsque le mont-de-piété lausannois de l’époque avait fermé ses portes.

Juan Caido entend bien démontrer l’utilité de son offre: «Ce qui se fait beaucoup aujourd’hui, c’est l’achat cash des objets qui contiennent de l’or. Moi, je propose un choix qui donne aux clients la possibilité de retrouver leur objet laissé en gage, par exemple un bijou, lorsqu’ils remboursent le prêt. S’ils ne peuvent pas rembourser, ils ne se retrouvent pas aux poursuites: l’objet est vendu aux enchères. S’il est vendu à un meilleur prix que prévu, le surplus est remis au client. Et les taux d’intérêt sont plus bas que ceux du marché habituel», déclare le patron de la société Valorum, qui se présente à l’enseigne de 123goldexpert.ch.

Surveillance stricte

Il s’agit d’une activité réglementée et surveillée de près. «Je viens de signer l’autorisation d’exploitation. La police du commerce a contrôlé le casier judiciaire de l’entrepreneur ainsi que sa solvabilité. Il a dû en outre fournir des garanties financières», annonçait mardi Lionel Eperon, chef du Service de la promotion économique et du commerce (Speco).

«Le prêt sur gages est parfaitement légal. Dans le canton de Vaud, la loi sur l’exercice des activités économiques de 2005 fixe un cadre pour ce secteur. La surveillance vise notamment à empêcher l’usure et le recel d’objets de provenance illégale. Cette loi considère qu’un taux est usurier au-delà de 12%», ajoute Lionel Eperon. Juan Caido proposera des taux situés entre 5 et 9%, alors que le petit crédit, en Suisse, peut atteindre 15%.

La société lausannoise est de taille modeste si on la compare avec les quelques institutions existantes en Suisse. A Genève, par exemple, la législation confie le mont-de-piété à la Caisse publique de prêts sur gages (CPPG), qui emploie six personnes: «Elle a été fondée en 1872 pour lutter contre l’usure. Autonome, elle peut compter sur une garantie de l’Etat qui n’a jamais servi», déclare Stefano Moioli, administrateur-délégué. En 2013, la CPPG a octroyé 3172 prêts d’une valeur globale de 3,43 millions de francs. La caisse a vendu 448 objets au prix total de 372 000 francs et elle aurait pu présenter un résultat positif si elle n’avait pas dû procéder à une provision de 100 000 francs. A Zurich, la Pfandleihkasse est une filiale de la Banque Cantonale de Zurich, alors qu’à Lugano, l’Istituto prestiti su pegno se présente comme le troisième institut du pays. A Berne, la société Pfandhaus s’est lancée sur ce créneau en mai.

Quatre monts-de-piété, c’est peu

«Le marché n’est pas énorme en Suisse», relève Stefano Moioli. Cette activité est moins rentable que le commerce de l’or, très répandu ces dernières années, qui, selon le responsable genevois, a détourné une partie des clients. Toutefois, estime Juan Caido, «il existe une demande de type communautaire: il s’agit d’immigrés qui disposent d’objets familiaux. Ils ne veulent pas les perdre, mais ont besoin d’argent liquide pour s’installer ou commencer une activité.»

A Genève, Stefano Moioli n’observe pas de lien entre les cycles économiques et le recours au prêt sur gages: «On a cru voir une relation avec la Bourse. Lorsqu’elle chute, les détenteurs de titres ne les vendraient pas et préféreraient placer leurs objets.» Cela reste à prouver. Il apparaît en revanche clairement que les personnes les plus défavorisées ou fortement endettées ne sont pas des adeptes du mont-de-piété, ainsi que le relève Sébastien Mercier, juriste à Caritas Suisse et membre du comité du service Dettes Conseils: «Il est vrai que c’est un dépannage à taux d’intérêt modéré. Mais les gens surendettés que nous voyons n’ont pas grand-chose à mettre en gage. En moyenne, leurs dettes se montent à 65'000 francs. Le prêt sur gages ne leur est d’aucune utilité». Juan Caido vise d’ailleurs une clientèle appartenant plutôt à la classe moyenne.

(24 heures)

Créé: 24.10.2014, 11h04

Mode d’emploi

L’objet A Lausanne: bijoux, montres, métaux précieux, argenterie, collections (timbres). Pas de voiture (contrairement à Berne) ni d’appareils électroniques. L’emprunteur doit être entièrement propriétaire.
La valeur Le prêt correspond à une partie de la valeur de l’objet. Juan Caido se situera entre la norme française (50%-60%) et les habitudes suisses (10%-20%) pour des prêts de 1000 à 2000 fr.
Taux d’intérêt Lausanne:
5% par an pour un prêt jusqu’à 250 fr., 7% de 251 fr. à 999 fr. et 9% au-delà de 1000 fr. (Genève: 0% jusqu’à 250 fr., 5% de 201 à 500 fr., 8,5% dès 500 fr.)
Fin du prêt Si l’emprunteur rembourse, l’objet lui est restitué. Sinon, il est vendu aux enchères.

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