Solidarités questionne la défense des prostituées

LausanneLe parti, avec Fleur de Pavé, a ouvert le débat sur la décision de la Ville de restreindre la zone dédiée.

Pour Morgane Merteuil (droite), militante féministe française et travailleuse du sexe, la cohabitation entre nouveaux logements et personnes prostituées doit être possible.

Pour Morgane Merteuil (droite), militante féministe française et travailleuse du sexe, la cohabitation entre nouveaux logements et personnes prostituées doit être possible. Image: Jorge Lemos

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Face à une centaine de personnes, massées dans l'Espace Dickens jeudi soir, Solidarités a souhaité nourrir le débat lié à la réduction du périmètre de prostitution lausannois, acceptée par le Conseil communal mi-février. Pour «confronter les approches et réfléchir aux moyens d'aider les personnes concernées», le parti avait invité l'association Fleur de Pavé qui défend les droits des personnes prostituées ainsi que Morgane Merteuil, militante féministe française et travailleuse du sexe.

Durant près de deux heures, les intervenants ont pointé «un avenir où les personnes prostituées seront précarisées par une augmentation des risques et une prévention fragilisée». Un avenir où la prostitution sera interdite sur la rue de Genève et l'avenue de Sévelin notamment. De quoi faire passer la zone dédiée de 1700 mètres à 700 mètres linéaires.

Comme elle l'avait déjà fait dans nos colonnes, Fleur de Pavé a dénoncé une décision qui va «favoriser les conflits entre les différents groupes de personnes prostituées tout en diminuant le contrôle social à Sévelin, aussi bien de la part de la police que des passants et des habitants». Des propos appuyés par un sondage, récemment réalisé par l'association auprès de 40 travailleuses du sexe et de 12 clients. D'après cette étude, 87,5% des professionnelles pensent que leur travail sera plus compliqué. En particulier, 77,5% estiment qu'elles seront moins en sécurité alors que 55% craignent une perte de clients ou d'intimité avec ces derniers.

Surtout, l'association regrette que les principales personnes concernées ne soient pas prises en considération par les pouvoirs publics. «Il est question de chiffres, de mètres carrés, de plaintes et de déchets mais jamais de qui sont ces travailleuses. Même dans le cadre d'un groupe de suivi du projet, personne ne les invite», déplore la directrice Silvia Pongelli. Pour Fleur de Pavé, la Ville n'a jamais envisagé de faire cohabiter prostitution et habitation dans ce quartier qui voit fleurir les logements. «Il faut arrêter de croire que c'est inconciliable. Une quinzaine de filles sur un trottoir, est-ce vraiment une menace ?», questionne Morgane Merteuil.

Cohabitation possible

Pour juger la décision municipale, les intervenantes convoquent les exemples étrangers. Zurich et Lucerne, où Fleur de Pavé pointe une perte de contact avec les structures sociales et une détérioration des conditions de travail. Paris aussi, où Morgane Merteuil estime que «rien n'est résolu quand les bars à putes de Pigalle sont remplacés par des magasins bio.»

Resté en retrait lors des échanges, Solidarités s'avoue ravi du résultat. «La vision de Morgane Merteuil permet de prendre du recul et de ne pas se cantonner à une volonté abolitionniste. En tant que gauche radicale, il nous faut défendre les personnes prostituées et écouter leurs préoccupations», souligne Maimouna Mayoraz, membre du parti et militante féministe. (24 heures)

Créé: 17.03.2017, 13h34

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