Licenciement collectif
La solution miracle pour sauver les IRL est morte. Mais elle pourrait renaître...
Par Daniel Audétat. Mis à jour le 21.07.2012 12 Commentaires
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Parole de salarié
«La descente aux enfers»
Employé depuis plus de vingt-cinq ans aux IRL, un lecteur nous adresse son analyse des raisons qui ont amené l’imprimerie à la fermeture. Il?préfère témoigner de façon anonyme. Son identité est connue de la rédaction.
«Une longue descente aux enfers. La formule pourrait surprendre, mais elle correspond tout à fait à la situation que l’on a vécue depuis la reprise des Imprimeries Réunies Lausanne SA par le groupe alémanique Swissprinters en 2005. Ce groupe voulait être le plus grand «imprimeur labeur» de Suisse avec plus de mille collaborateurs et quatre sites… Un monstre. Depuis, deux sites ont fermé et le troisième, les IRL, va faire de même. Tout cela en six ans. Quelle désillusion, quel gâchis! La cause? Une direction générale incompétente et aucune anticipation sur le marché du print. Des choix ont été catastrophiques, que ce soit au niveau d’un nouveau logiciel qui a grevé nos finances, des locations de matériel exorbitant, ainsi que d’une structure inadaptée à nos moyens. La?direction n’a jamais voulu investir dans du nouveau matériel afin d’être concurrentiels. Quand on est dirigé par une direction générale à l’autre bout de la Suisse et qui n’est pas visionnaire, le dégât est vite fait. Face à cette triste réalité, ce ne sont ni la direction générale ni les actionnaires qui?iront pointer au chômage. Ceux qui vont «payer» la note de cette débâcle, ce sont comme toujours les «petits» employés qui auront mille peines à retrouver un emploi et?énormément de soucis pour?nouer les deux bouts. Et, comme toujours, l’Etat devra subvenir et pallier financièrement les grossières erreurs de?management du privé!»
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Nicolas Sauvant, 41?ans, porte bien son nom. Car si quelqu’un doit sauver les «IRL» de Renens, ce sera lui. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il est dans une position délicate. Au titre de directeur de Swissprinters Lausanne SA (nom officiel des Imprimeries Réunies Lausanne depuis 2010), il a dû annoncer jeudi la disparition de ce fleuron du patrimoine industriel vaudois d’ici à la fin de l’année. Depuis son entrée en fonctions, le 1er juillet 2010, il s’est pourtant démené pour éviter une telle issue. «En deux ans, relève-t-il, la perte de notre imprimerie a été réduite de moitié.»
Crève-cœurs
Cela n’a pas suffi aux actionnaires de Swissprinters SA (Ringier pour 59%, NZZ pour 25% et, pour 16%, Tamedia Publications romandes, qui édite 24?heures), dont la holding est basée à Zofingue, dans le canton d’Argovie. Alors jeudi, Nicolas Sauvant a été contraint d’annoncer au personnel et aux médias romands la mauvaise nouvelle à la place du directeur national de la société qui, contrairement à lui, n’est pas parfait bilingue. Un peu plus tard, il a confié qu’il allait quitter Swissprinters. «Et je vous promets que je n’ai pas de poste au chaud», glisse-t-il en aparté.
Cette démission découle aussi d’un autre crève-cœur. Pendant les quatre dernières semaines, Nicolas Sauvant et deux de ses managers ont poussé jusqu’au bout une solution de management buy-out. Cela les aurait amenés à reprendre l’imprimerie de Renens des mains de Swissprinters pour poursuivre autant que possible la production et sauver un maximum d’emplois (24?heures d’hier).
Trop grand risque
Sur cette voie, la Municipalité de Renens et le Département cantonal de l’économie se sont engagés à fond en acceptant de cautionner (avec la Coopérative romande de cautionnement) à hauteur de 1,5 million la ligne de crédit de 3 millions de francs que la Banque Cantonale Vaudoise (BCV) serait prête à débloquer.
Mais, à la fin de la semaine dernière, Nicolas Sauvant a informé ses garants institutionnels qu’il renonçait à la solution du management by-out. «Le risque économique m’est apparu trop important», raconte-t-il. Les résultats enregistrés en juin par les IRL ont pesé lourd: «Ils sont très mauvais.»
La tendance positive des mois précédents s’étant brusquement inversée, Nicolas Sauvant a jugé que la reprise des installations de Renens devenait trop aventureuse. «D’abord pour les employés qui, en nous suivant, perdraient tout droit au plan social de Swissprinters. Et ensuite pour moi-même, qui serais le plus gros actionnaire de la nouvelle société.» La BCV exigeait de lui des garanties «très élevées» qui l’auraient laissé endetté à vie en cas de déconfiture.
Alors, tout est perdu? «Un miracle peut toujours se produire», souffle Nicolas Sauvant. L’espoir se résume en une alternative: ou un nouvel investisseur se présente, ou les garanties financières attendues du petit groupe des cadres repreneurs sont allégées.
Dialogue difficile
Tout cela se rediscutera durant la procédure de consultation qu’impose la loi en cas de licenciement collectif. Hier, le Service de l’emploi n’avait pas encore été officiellement informé. Mais diverses confidences laissaient entendre que Swissprinters consentirait un délai de près de deux mois pour examiner les diverses contre-propositions qui lui seront faites.
Secrétaire de Syndicom (Syndicat des médias et de la communication), Yan Giroud ne se fait pas d’illusions: «Nous avons demandé à être associés aux discussions. Swissprinters nous a répondu que nous y participerons lorsqu’on nous invitera. Alfred Wälti, son directeur national, a précisé: «Hier bin ich der Chef! Punkt.»
«Cette imprimerie, c’est du cousu main»
Dans le monde des imprimeurs, la fermeture programmée de Swissprinters à?Renens suscite un sentiment de fatalisme et de désillusion. Le?fatalisme car l’évolution de la?branche graphique, depuis des années, a conduit vers une inéluctable restructuration. Combien d’éditeurs de catalogues, notamment dans l’horlogerie et les arts, ne se sont-ils pas tournés vers l’étranger pour leurs publications?
Le franc fort a encore accentué la tendance. Un spécialiste de la vente qui souhaite garder l’anonymat raconte qu’une célèbre marque de montres a préféré faire imprimer son catalogue en Chine car la facture était inférieure de 50%, y compris le?coût du transport et du voyage sur place du chef de projet pour?contrôle!
Sans aller si loin, des imprimeries en Italie, en Allemagne et dans les pays de?l’Est n’hésitent pas à engager des démarcheurs en Suisse. Les?livres d’art sont dans cette même logique. Ainsi aux anciennes IRL, qui publiaient autrefois les ouvrages de la prestigieuse maison Skira, cette activité s’est réduite à une niche, représentant moins de 7% du?chiffre d’affaires.
Les entreprises suisses ont bien limé leurs marges. Mais lorsque l’équipement de production devient désuet, les?recettes ne suffisent plus à assurer les lourds investissements – à coups de millions?– des?machines d’impression.
La désillusion s’affiche aussi chez ceux qui connaissent de près l’activité des IRL. Estimant que «cette imprimerie, c’est du cousu main», l’un d’eux s’étonne du projet de Swissprinters, notamment de rapatrier à Zofingue les travaux d’impression sur les rotatives offset à bobines. L’imprimerie argovienne travaille ainsi en mode industriel et standard. Tandis qu’à Renens s’impriment des magazines de qualité, comme Femina. Le site est capable de répondre à des besoins spécifiques pour des petits et moyens tirages. Pratiquement sans concurrence en Suisse romande, cette activité risque de disparaître. Jean-Marc Corset (24 heures)
Créé: 21.07.2012, 09h09
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12 Commentaires
Les mots de M. Wälti, sic : Hier bin ich bin der Chef" - Pardon !! les seules fois où ce monsieurest venu à Renens c'est pour annoncer des mauvaises nouvelles : Licenciements, mise à laretraites anticipées à 50 %, etc, etc. Ses mots de la fin : je suis confiant ! on ne va pas se laisserabattre, des blabla et des blabla. Merci Monsieur le fossoyeur et votre clique du CA. Répondre
Le papier est un vestige du passé et tant mieux car son impacte écologique est énorme... Les graveurs de pierre et les fabricants de papyrus ont disparus... A terme le même sort est réservé à l'imprimerie, on appelle ça le progrès. Répondre
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