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250 ans dans la vie des Vaudois

1899: Berthe, la reine rêvée

Par Daniel Audétat. Mis à jour le 17.07.2012

Entre Histoire et légende, un spectacle en costumes attire les foules à Payerne.

1/2 L'affiche, signée Gustave de Beaumont, du spectacle historique de La reine Berthe en juin 1899 à Payerne.?
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Rétrospective

Cette année là

26 mars L’archéologue Robert Johann Koldewey découvre les murailles de l’antique Babylone.
Septembre Dans sa correspondance, Einstein rejette le concept d’éther pour le remplacer par celui d’espace vide.
18 octobre Mise en service du funiculaire Lausanne-
Signal de Sauvabelin.
8 novembre A Paris, le Fouquet’s ouvre avenue
des Champs-Elysées.
15 novembre Le reporter britannique Winston Churchill est fait prisonnier par les Boers dans le Natal.

Ah, les pastilles Géraudel!

Cette pub, parue en décembre dans la Feuille d’Avis de Lausanne, vante avec humour le bel effet des pastilles contre les maux d’hiver.

55 ans

Le 18 juillet 1899, la Feuille d’Avis de Lausanne compte 10 pages, dont presque 7 de pubs et d’annonces. Parmi les petites, sous le titre «Mariage sérieux», voici la prose qui s’offre à nous: «Veuf, 55 ans, honnête et brave, avec pension de 600 fr. l’an et bon métier, propre, épouserait une femme sympathique pouvant devenir une bonne compagne. Un métier ou autre chose facilitant l’entretien de la maison serait le bienvenu. Ne sera répondu qu’aux lettres signées (en gras dans le texte).»

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Vallorbe devient Cité du fer

En mars, les Usines métallurgiques voient le jour dans la fusion de trois entreprises locales. Le savoir-faire vallorbier fera de cette société un leader mondial de production de limes Brunissoir, burin d’horloger, canif, rifloir, équarrissoir, grattoir, barrette et autres limes à «foutimasser»: Vallorbe a depuis des lustres décliné l’acier sous de multiples formes le long des berges de l’Orbe, dont elle tire la force hydraulique pour alimenter ses forges. Au crépuscule du XIXe siècle, les directeurs de trois usines locales empruntent 600 000 francs auprès de la Banque d’escompte et de dépôts de Lausanne. Leur but? Unir les destinées de leurs entreprises respectives. Ils ne le savent pas encore mais, ce faisant, ils donnent à la localité nord-vaudoise une identité qu’elle retrouvera bientôt avec son surnom de Cité du fer.

Henri et Adrien Grobet, David Glardon-Jaquet et Alfred Noguet-Borloz fondent en effet en mars 1899 les Usines métallurgiques de Vallorbe (UMV), encore actives aujourd’hui sur le site du Moutier.

Si la Première Guerre mondiale n’altère en rien la bonne santé financière des UMV, qui trouvent chez les Alliés leurs meilleurs clients, il n’en va pas de même des deux crises de 1921 et de 1930, qui les placent au bord de l’abîme. Deux tiers des collaborateurs sont renvoyés, et il faut deux amputations successives du capital-actions pour éviter le naufrage. Les UMV doivent également leur salut à la fidélité des Vallorbiers et à leur savoir-faire, qui assure aux produits une qualité largement reconnue aujourd’hui encore. Les UMV transforment mensuellement 180 tonnes d’acier en quelque 5 millions de limes, principalement à usage des forestiers.

Les Usines sortent du second conflit mondial en même temps que du giron familial qui les a fondées avec l’accession à la direction de Gustave-Louis Chapuis. Sous son impulsion et celle de Charles Montferrini, qui les dirigera dès 1973, avant de prendre la présidence du conseil d’administration en 1989, les Usines métallurgiques de Vallorbe sont visionnaires. Elles se placent sur le marché mondial de la lime de précision vingt-cinq ans avant leurs concurrents.

Une avance qui leur permet d’affronter l’adversité de la fin des années 70 et d’être toujours en activité.

Frédéric Ravussin


Tout est là, dans une cave en béton de l’Hôtel de Ville de Payerne.

Cinq gros cartons conservent vingt-trois «enveloppes» et «liasses» de documents. Ils témoignent du travail des sept comités qui ont monté La reine Berthe, pièce en 12 tableaux du dramaturge neuchâtelois Adolphe Ribaux. Les représentations ont été données entre le 4 et le 19 juin 1899, dans un amphithéâtre dressé à une extrémité de la ville.

Quel succès! Cinq représentations sont prévues, il y en aura neuf, pour accueillir 25 000 spectateurs, dont 5000 écoliers venus de toute la Suisse romande et de Berne en trains et en bateaux à vapeur spéciaux. Au lendemain de la première, le quotidien neuchâtelois La Suisse libérale reste tout ébaubi du tour de force des Payernois: «Leur ville ne compte guère plus de quatre mille habitants: quatre cents acteurs et figurants (ndlr: plutôt 350 selon les autres journaux) se produisent dans La reine Berthe. Un habitant sur dix! Et songez combien de ces acteurs improvisés sont des paysans, des ouvriers qui n’ont pas hésité à prendre sur leur repos des heures bien fatigantes (…) pour arriver à quoi? A un geste, à une intonation, ou à perdre l’accent vaudois.»

Un spectacle national

Une cinquantaine de journaux détaillent la tâche. Les 400 costumes sont fournis par la maison Kayser de Bâle. Les onze décors du peintre genevois Vuagnaux sont «établis d’après des données archéologiques exactes» (Le Démocrate, journal radical du lieu). La section locale de gymnastique est mise au pas par Mme Rita-Rivo, directrice des ballets au Théâtre de Genève. Et les chœurs de la ville interprètent la partie lyrique.

L’ampleur de ce spectacle de cinq heures peut justifier le nom que s’est donné cette troupe d’amateurs: Théâtre national de Payerne. La raison est plus profonde. Le dramaturge de Bevaix affirme son intention dans le prologue en vers de La reine Berthe par la voix de deux allégories, l’Histoire «au mâle accent» et la Légende «aux cheveux d’aurore»: «Oui, le théâtre n’est et ne doit jamais être un vain amusement de l’esprit ou des yeux! Sous le rythme des mots, un grand but doit paraître.» Et ce but, traduit La Semaine littéraire éditée à Genève, «c’est de mieux faire aimer le sol natal».

A peine débarqué, le rédacteur de la Feuille d’Avis de Lausanne est transi à l’idée de rencontrer cette «bonne reine du bon vieux temps»: «Elle viendra, elle sera de la fête, tout heureuse de se retrouver dans son abbaye favorite qu’elle fit si riche et si puissante.» C’est la clé de la pièce. Dans la mémoire collective des Romands du XIXe siècle, Berthe est la fondatrice de l’abbaye de Payerne et d’innombrables chapelles, églises et châteaux, du Léman jusqu’au Rhin.

Les douze tableaux racontent une vie douloureuse, déchirée entre les deux espaces culturels de l’Europe occidentale du Xe siècle. L’histoire commence avec les moines de Saint-Gall en visite chez le puissant duc Burcard «d’Allémanie» (Souabe). Celui-ci offre, peu après, sa fille Berthe en mariage à Rodolphe II, souverain bourguignon qu’il vient de vaincre près de Winterthour. Berthe accède de la sorte au trône de «Bourgogne transjurane», qui englobe le Pays de Vaud. Veuve une première fois, elle est contrainte d’épouser un autre roi, d’Italie cette fois, avant de revenir se réfugier sur ses terres étalées entre Saint-Maurice et Soleure. Un faux testament rédigé au XIIe siècle laissera croire qu’elle a fondé le monastère de Payerne, où elle fut ensevelie en 961.

«Dès lors, résume joliment l’Office du tourisme de Payerne, la légende naît de cette reine, parcourant ses terres à cheval, filant sa quenouille et semant ses bienfaits.» Ainsi, le 14 avril 1803, le landammann Monod l’invoque-t-il dans son discours d’installation du premier Grand Conseil vaudois: «Jetez un coup d’œil en arrière, vous voyez, à une distance d’environ neuf cents ans, ces temps de doux repos où la reine Berthe filait; ils sont à peine écoulés que commence contre la féodalité la guerre que nous venons seulement de voir finir.» En 1817, le Conseil d’Etat prétendit que les ossements de la mythique souveraine avaient été retrouvés dans l’église abbatiale, il y fit élever un monument où on lit: «La mère et les délices de notre patrie transjurane». (24 heures)

Créé: 17.07.2012, 22h08

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