Payerne
Elle soigne les roues des avions de combat à l’aérodrome militaire
Par Fanny Giroud. Mis à jour le 03.02.2012 3 Commentaires
Deux F/A-18 décollent dans le soleil glacial du petit matin sur la piste de l’aérodrome de Payerne. Quand ils se reposeront un peu plus tard sans encombre dans un crissement de pneus, c’est un peu à Ellen Pillonel-Hain qu’ils le devront. Queue-de-cheval, piercing au nez, elle a fait du soin des roues d’avions militaires son métier. Un domaine dont les spécialistes se comptent sur les doigts de la main en Suisse. Et qui demande une certaine forme physique, ce que la toute mince formatrice démontre en soulevant avec délicatesse une roue de 70 kilos. Combien coûtent ces roues, d’où viennent-elles, combien d’atterrissages peuvent-elles encaisser? «Secret défense!» répond l’armée.
Ellen est une des rares femmes à travailler sur la base militaire vaudoise. La seule à porter la salopette bleue, signe distinctif des mécanos de l’aérodrome. «On nous appelle les Schtroumpfs, et je suis la seule Schtroumpfette.»
Formée sur le tard à l’art du contrôle et du changement des pneus des avions de combat, Ellen est devenue une spécialiste. Désormais c’est elle qui instruit les autres, essentiellement des recrues. Atterrissage sur gomme, pression du pneu, fusibles techniques, ils apprendront tout des roues de F-5 et de F/A-18.
Professionnelle des avions de guerre, elle reste néanmoins une civile qui travaille pour l’armée. «On est salué de la même manière qu’un militaire de carrière», précise-t-elle. Dans ce domaine masculin par excellence, Ellen a dû faire sa place. «C’est comme si un homme voulait être femme de ménage. On aura tendance à contrôler s’il a bien nettoyé dans les coins. Pour moi, c’était la même chose. On vérifiait toujours mon travail, je l’ai tout à fait compris.»
Formation à Herisau
Ellen Pillonel-Hain a été formée à Herisau (AR) sur la base des sous-officiers, pour devenir enseignante spécialisée en mécanique. Au préalable, elle a passé cinq ans de service au sol. C’est ensuite l’armée qui lui offre cette opportunité de spécialisation et la propulse formatrice pour adultes, juste après le meeting aérien de Payerne en 2004. Avec les recrues, pas question de jouer les baby-sitters. «C’est impressionnant comme ils peuvent être maternés encore à cet âge-là (ndlr: entre 18 et 24?ans). Mais je ne suis pas là pour leur dire d’attacher leurs lacets.»
Les mains dans le cambouis, féminine même dans sa salopette, Ellen n’est pas une chochotte pour autant. «En dislocation (ndlr: à l’extérieur), je vais plus facilement au bar avec mes collègues qu’au théâtre. Je ris des gags sur les blondes avec eux.» Et à l’instar des mécaniciens à moustache, elle reçoit le calendrier Pirelli, le catalogue sexy par excellence pour garagistes et mécanos. «C’est à vous de vous adapter dans un monde d’hommes. Cela prend juste un peu plus de temps.»
Mère de deux enfants, la Schtroumpfette possède un petit chalet qu’elle retape toute seule, s’est même acheté un tracteur pour s’occuper de son terrain. Mais elle confie: «Beaucoup d’hommes me disent que je leur fais peur. Certains se sentent inutiles avec moi, puisque je suis mécano. C’est sûr qu’avec moi, il n’y a pas besoin de porter les commissions ou de changer une roue!» ? (24 heures)
Créé: 03.02.2012, 22h52
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3 Commentaires
Merci pour ce reportage et ces images hors du commun; superbe! Répondre
Vous débarquez de quelle planète ? obligez de faire de l'armée je vous le signale ! Je pense que vous n'en n'avez jamais fait , , vous sauriez les inépties que cela implique.. Répondre


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