Faune
Le castor perce les berges et mine le moral des paysans
Par Céline Duruz. Mis à jour le 22.01.2012 10 Commentaires
Ils sont aussi sympas que discrets, les castors. Après avoir été exterminés, ces rongeurs ont été réintroduits en Suisse dès 1953. Depuis, ils sont inscrits sur la liste rouge des animaux à protéger. L’essor de cette espèce passait presque inaperçu. Or, depuis quelque temps, leur présence dans les petits cours d’eau, qu’ils colonisent de plus en plus, fait grincer des dents. Celles d’agriculteurs broyards, entre autres. A Avenches, Bussy (FR) et Domdidier (FR) notamment, ils ont récemment découvert les inconvénients du petit animal. Et cela, dans les ruisseaux de l’Arignon et celui de Coppet, qui servent à évacuer le surplus d’eau s’écoulant de l’autoroute A1.
«Entre Noël et Nouvel-An, un étang de près d’un hectare s’est formé dans un champ à côté de l’Arignon, explique Eric Chassot, syndic de Bussy. Un castor avait construit un barrage pour faire monter l’eau du ruisseau (ndlr: afin d’immerger l’entrée de son nid), qui a débordé par les bouches d’égouts et par ses terriers. Heureusement, c’était dans un champ d’herbe.» Plus tôt dans l’année, un chemin en gravier s’est effondré sur 3?m2, au passage d’une machine agricole, en périphérie du village de Bussy. Ces scènes, encore rares, ont néanmoins tendance à se répéter lors de fortes pluies. «Les castors creusent dans les berges, et parfois sous les routes, poursuit Eric Chassot, lui-même agriculteur. On ne le voit pas, mais les chemins sont fragilisés. Il est possible qu’un jour, un cheval se casse la jambe en butant dans un trou.» De son côté, l’agriculteur et député de Sévaz (FR) Michel Losey prévoit d’interpeller le Grand Conseil fribourgeois à ce sujet.
C’est que, depuis plus d’un demi-siècle, le castor a trouvé un coin de paradis dans la région des Trois-Lacs et dans la vallée de la Broye, du lac de Morat jusqu’à Moudon. Il raffole de l’eau en abondance, des saules et des bouleaux. En 2005, seuls 500 castors étaient recensés en Suisse. Aujourd’hui, ils seraient près de 2000, dont environ 300 dans le canton de Vaud. Une augmentation qui pose problème.
Ruisseaux colonisés
Les grandes rivières, comme la Broye, sont colonisées dans leur entier. Les jeunes castors doivent donc s’installer sur de nouveaux territoires pour créer à leur tour une famille. Dès qu’ils atteignent 2?ans, ils prennent le large pour faire de la place à la prochaine génération. Après la Broye, ils ont donc commencé à remonter les petits cours d’eau, plus ou moins incognito, s’enfonçant dans les campagnes à leurs risques et périls (lire ci-contre). «Quand les rivières sont à l’état naturel, tout va bien, explique le garde-faune fribourgeois Pascal Kaempfer. Mais lorsqu’ils s’installent dans des?cours d’eau endigués par l’homme, ça devient compliqué. C’est l’un des seuls animaux à modifier son environnement à sa guise. Il faut donc réguler le niveau de l’eau, grâce à des cascades artificielles, créées par des tuyaux.» Au milieu d’imposantes digues, le niveau de l’eau de certains ruisseaux surplombe celui les champs. Selon le principe des vases communicants, l’eau ressort des caniveaux et des terriers, dont les parois cèdent lors de crues, et se déverse dans les cultures.
Entente à retrouver
Le castor est-il devenu nuisible? «Non, ce sont des cas marginaux qu’il ne faut cependant pas ignorer», tempère Nicolas Wüthrich, responsable de l’information à Pro Natura. Les défenseurs de l’animal refusent qu’on en fasse un bouc émissaire. «Les dégâts qu’il cause sont infimes par rapport aux bénéfices qu’il apporte à la flore et à la faune, assure Christof Angst, responsable du service Conseil Castor de la Confédération. Il y a plus de poissons et de libellules grâce à lui. Il faut réapprendre à vivre avec. De plus, ses dégâts aux cultures et aux forêts sont remboursés par les cantons et la Confédération.» Pour de nombreux spécialistes, seule une revitalisation complète des cours d’eau résoudrait les problèmes. (24 heures)
Créé: 22.01.2012, 22h04
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10 Commentaires
ces animaux ont le droit de vivre dans leur milieu naturel. Contrairement aux hommes ils ne font pas de dégâts sauf ceux inhérents à leur espèce, pour se nourrir et pour se faire un nid.
Qu'on les laisse tranquilles.
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Réapprendre à vivre avec, c'est dit dans l'article. C'est la clé. La question que je me pose, et que le journaliste peut se poser aussi (à lui de faire son enquête pour nous trouver la réponse ^^): comment se font les remboursements de la confédération / des cantons? Quelles procédures administratifs? Est-ce facilité, ou plutôt la croix et la bannière pour se faire dédommager? Répondre
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