Quand le canal retrouvera-t-il son eau?

RomainmôtierPrivé d’eau depuis plus d’un an en raison d'infiltrations dans un bâtiment, un bief historique suscite l’émoi au village.

Une solution semble s’esquisser pour la remise en eau du canal Maillefer, à sec depuis un peu plus d’un an.

Une solution semble s’esquisser pour la remise en eau du canal Maillefer, à sec depuis un peu plus d’un an. Image: Jean-Paul Guinnard

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

D’un côté, il y a les promeneurs – de Romainmôtier et d’ailleurs – qui le longent pour leur plaisir. De l’autre, les propriétaires du Moulin, ancien bâtiment situé à l’endroit où son eau disparaît dans le sol pour retrouver le Nozon. Et au milieu coule le canal.

Au régime sec

Ou plutôt coulait, au grand dam des premiers. Installation historique, le canal Maillefer – du nom d’une entreprise qu’il desservait – a été mis au régime sec à la fin de l’été 2015. En cause? Les infiltrations ennuyeuses constatées dans le sous-sol du bâtiment. «Et qui ont cessé dès qu’on a fermé la vanne qui l’alimente», précisent les propriétaires, qui ont agi en toute légalité dès lors qu’ils disposent d’un droit d’eau perpétuel.

C’était il y a donc une quinzaine de mois. Des travaux ont été tentés pour colmater la fuite. Sans succès. Depuis, ce cours sans eau qui s’apparente à un bisse est baigné de feuilles mortes, d’herbes folles et de petite végétation, qui n’ont pas tardé à prendre possession de ce sillon peu profond. «La plupart des gens viennent ici pour la beauté de ce site qui surplombe puis longe le Nozon», constate Michel Jordan.

«Il coule depuis presque 400 ans, pourquoi ne parvient-on pas à solutionner ce problème?»

Comme d’autres habitants du bourg, l’organiste de l’abbatiale se demande pourquoi les parties prenantes ne parviennent pas à se mettre d’accord pour sauver cet élément du patrimoine vaudois, classé en note 2 depuis septembre 2001 par les Monuments historiques. «Il coule depuis presque 400 ans, pourquoi ne parvient-on pas à solutionner ce problème? Son fond s’assèche, des fissures s’y créent. On sait qu’un canal doit être irrigué pour conserver son étanchéité…»

La situation inquiète aussi les Monuments historiques. «Priver d’eau une telle infrastructure juste parce que son entretien est difficile ou pas assuré n’est pas un argument recevable pour nous», affirme Ulrich Doepper, conservateur des Monuments et Sites au Service immeubles, patrimoine et logistique du Canton.

Une rencontre a eu lieu au printemps dernier entre les propriétaires du Moulin, la Commune (propriétaire du lavoir également alimenté par ce bief) et la Division ressources en eau et économie hydraulique du canton (DGE-EAU). Une partie des habitants de Romainmôtier s’inquiètent de ne plus rien voir bouger depuis.

«Un élément de notre patrimoine»

«Tout dépend de la décision des propriétaires», avance le syndic, Fabrice de Icco. Ces derniers répondent que «la balle est dans le camp de la Commune». Pourtant, tout le monde semble s’accorder sur un point, comme le résume Fabrice de Icco: «Un canal sans eau n’est pas un canal. C’est un élément de notre patrimoine que nous devons préserver.»

De fait, les contacts se sont poursuivis entre le Canton et les propriétaires. «Et une solution s’esquisse, assure Rafael Duarte, ingénieur à la DGE-EAU. Les propriétaires se montrent de plus en plus ouverts à abandonner leur droit d’eau.»

Repris par le Canton, le canal Maillefer pourrait alors faire l’objet d’une concession octroyée à la Commune. Charge lui reviendrait alors d’en assurer l’entretien. Et l’étanchéité, évidemment, avant de rouvrir la vanne. (24 heures)

Créé: 10.11.2016, 07h21

Classé depuis quinze ans

Classé depuis quinze ans exactement, le canal Maillefer est très ancien. Son âge précis n’a visiblement pas été déterminé. «Mais ce type d’aménagement remonte souvent à l’époque médiévale», souligne Ulrich Doepper, conservateur des Monuments et Sites au Service immeubles, patrimoine et logistique du Canton. Ses «propriétaires», plus exactement le couple qui dispose depuis les années 1970 d’un droit d’eau perpétuel à cet endroit, évoquent «l’époque bernoise».

Quoi qu’il en soit, s’il n’est pas un témoin unique de son temps, il n’en est pas moins un exemple plutôt rare dans la région. «Il en existe un autre tout près de là, à Croy. Et quelques-uns du côté de Céligny (GE), de Crans, de Commugny et de Coppet. Les deux derniers sont d’ailleurs sans doute plus anciens que celui-ci», précise Ulrich Doepper.

Le bief de Romainmôtier a longtemps alimenté deux entreprises, dont une menuiserie, ainsi que le lavoir communal, toujours debout et donc lui aussi à sec, juste à l’endroit où l’eau disparaît sous terre. De là, elle ruisselle jusqu’au Nozon, dont elle a quitté le lit quelques centaines de mètres en amont.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 4

Le corps de Dali exhumé, paru le 21 juillet.
(Image: Bénédicte) Plus...