Une agglomération gauloise découverte sous Aventicum

ArchéologieLes fouilles dues au développement du bourg ont mis au jour une véritable ville du second âge du fer.

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Les manuels scolaires d’histoire suisse sont bons pour le placard. Jeudi, les archéologues du Site et Musée romain d’Avenches faisaient visiter le chantier de la zone sportive de la commune. Sous un futur skatepark, les fouilleurs sont tombés sur deux étranges restes de puits, constitués de noisetier tressé et d’argile, le tout miraculeusement conservé depuis deux millénaires. Aucun parallèle n’est pour l’heure connu. Autour d’eux, une probable palissade et un fossé, un riche mobilier, des édifices couverts, le tout formant peut-être une zone à vocation artisanale, comme une tannerie. Les fouilles se poursuivent.

«On peut désormais assurer qu’une véritable agglomération du second âge du fer a précédé Aventicum»

Ce qui est certain, c’est que l’ouest du bourg broyard, en plein boom immobilier, vient de livrer son 9e site gaulois en quelques années seulement. «On pensait que la ville romaine d’Avenches, s’était construite à partir de rien, raconte Aurélie Schenk, archéologue du site. Eh bien, non. On peut désormais assurer qu’une véritable agglomération du second âge du fer a précédé Aventicum.»

Et pas n’importe laquelle. En 2011, des fosses livraient de splendides passe-guides de La Tène finale, témoignant d’un prestigieux attelage. En 2014, deux immeubles modernes butaient sur les restes d’établissements du Ier siècle avant notre ère. Bien dotés en produits importés directement d’Italie, ils bordaient une importante chaussée large de 8 mètres, elle-même à l’origine de la principale route romaine de la cité, à deux pas, d’ailleurs, de la route de Berne, en usage aujourd’hui.

Rôle central

En 2015 encore, des immeubles à Sur Fourches provoquaient la fouille de tout un riche secteur d’habitat des années 150 à 80 av. J.-C., alimenté en vin méditerranéen et en charcuterie d’outre-Jura. La nouvelle salle de gym est depuis tombée sur des vestiges visiblement rituels, avec des fosses remplies de céramiques carbonisées et de restes d’animaux. «Nous avons la présence de l’élite de la société, la preuve d’un artisanat sur métaux, du cuivre comme du bronze. On a la preuve de frappe de monnaie – un signe de pouvoir fort – et, visiblement, des rites… tous les critères d’une importante occupation sont là», poursuit la spécialiste. La ville devait s’étendre sur des dizaines d’hectares, et jouer un rôle majeur sur le Plateau. «Il devait y avoir ici quelque chose de central, qui a motivé la construction plus tard de la cité romaine.» Reste à savoir quoi.

«On met à niveau nos connaissances, enchaîne Lionel Pernet, directeur du Musée cantonal d’archéologie. On n’avait pas encore retrouvé de tels sites sur le Plateau, alors qu’on en connaissait ailleurs en Europe. C’est le résultat de fouilles systématiques et d’une surveillance des chantiers de construction.» Et ce que ça change? Disons que beaucoup de portes s’ouvrent.

Nouvelle géographie

Jusqu’à récemment, les manuels scolaires avaient surtout retenu du plateau suisse une succession de places fortifiées gauloises, comme celles du Mont-Vully, de Sermuz, ou du Bois de Châtel sur les hauts de la Broye. Avec la découverte récente du bourg de Vufflens, sous le tracé de la RC 177, et maintenant de l’agglomération d’Avenches, toutes deux de jolies villes ouvertes, tout est à reconsidérer dans cette période charnière. Quels étaient leurs liens? Qui les habitaient?

Il faudra aussi reprendre l’impact des grands événements historiques sur nos plaines. Par exemple la migration des Cimbres et des Teutons, un déménagement de peuples qui chamboule l’Europe entre 120 et 100 avant notre ère. Il y a surtout l’histoire telle que basée sur le récit laissé par César. A lire le proconsul, le peuple helvète avait tout brûlé en quittant ses pénates, en 58 av. J.-C. Il serait ensuite revenu s’installer sur le Plateau, après sa défaite face aux légions. A Avenches, toutefois, aucune trace pour l’heure d’hiatus au pied de la colline, où cette agglomération, qui reste à explorer, paraît évoluer paisiblement. Bref. La recherche a du panem sur la planche.

(24 heures)

Créé: 22.05.2017, 08h40

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