L’agriculture libérée de Cédric Chezeaux

OrbePaysan bio à Juriens, Cédric Chezeaux est le personnage central de «Révolution silencieuse», film qui sera projeté au Mariposa Festival.

La démarche entreprise par Cédric Chezeaux l’a incité à acquérir une soixantaine de chèvres. Leur lait est transformé en fromage au village.

La démarche entreprise par Cédric Chezeaux l’a incité à acquérir une soixantaine de chèvres. Leur lait est transformé en fromage au village. Image: Jean-Paul Guinnard

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Qu’il pose au milieu de sa soixantaine de chèvres chamoisées ou d’un vaste champ de sarrasin, Cédric Chezeaux semble heureux, en harmonie avec lui-même. Ce paysan de Juriens, 46 ans, marié, six enfants, a décidé voilà 10 ans de prendre un virage radical: laisser tomber la voie traditionnelle pour se lancer dans une agriculture bio, plus en phase avec sa philosophie de la vie. Samedi après-midi, il sera au Mariposa Festival d’Orbe aux côtés de Lila Ribi, la cinéaste vaudoise qui a fait de lui le personnage central de son dernier long-métrage, Révolution silencieuse.

«Quand elle m’a approché, elle m’a d’abord parlé de la permaculture. Mais elle cherchait de manière plus générale à faire un film sur la relation à la terre (ndlr: un des thèmes du festival)», souligne Cédric Chezeaux. La réalisatrice découvre un cadre de vie qui la touche et décide d’enfiler bottes et salopettes pour passer plusieurs mois au contact de cette famille. «Notre vie lui a inspiré son scénario, qui transpire le vrai», sourit l’agriculteur.

«Un de mes fils pensait que tu ne pouvais pas être paysan si tu n’avais pas de vaches»

S’il n’a pas hésité longtemps à accepter la proposition, c’est qu’il estime d’une part ne rien avoir à cacher. D’autre part, il se souvient qu’enfant, la Télévision suisse romande était venue balader ses caméras pour le compte d’une émission consacrée à la vie paysanne. «Et puis, en tant qu’agriculteur bio, j’estime avoir quelque chose à transmettre. On a envie de changer les choses, d’aller vers ce que Lila Ribi nomme une révolution.»

Le film suit le paysan nord-vaudois pendant plus d’une année, à un moment-clé de sa vie privée et professionnelle. La réalisatrice met en effet en boîte un tournant encore plus radical que celui qu’il avait entrepris en 2007. «Ce n’est pas anodin, mais au moment de la naissance d’un de mes enfants, je m’étais alors lancé dans l’agriculture bio. Quelques années plus tard, j’ai pris la décision de stopper la production laitière bovine pour commencer la production de céréales atypiques, à haute valeur nutritive», explique le président de Bio Vaud.

Aujourd’hui, la «Ferme Arc-en-ciel» de Juriens (un nom donné pour la diversité de couleurs qu’elle offre au palais) propose huit sortes de farines, de l’huile de caméline et du lait de chèvre, transformé au village en fromage par une petite structure créée tout exprès.

Le film montre aussi des moments de doute, la remise en question de son choix par son père et un de ses quatre fils. «Mon papa a longtemps pensé que la seule voie économiquement viable en agriculture était la production de lait. Quant à mon fils, il pensait que tu ne pouvais pas être paysan sans avoir de vaches», reprend Cédric Chezeaux. Il a aussi affronté le regard des autres, pas toujours bienveillant. «Clairement, on a de nouveaux amis et des gens qu’on voit moins qu’avant. Je ne dis pas que ma position radicale dérange, mais elle a mis de la distance avec certains, c’est sûr…»

Davantage d’autonomie

Quoi qu’il en soit, l’homme a tenu bon, certain que sa volonté de redonner de l’autonomie à sa ferme était la voie à suivre. «Aujourd’hui j’amène différents aliments sur notre table. Avant, je ne pouvais guère y poser que du lait.» La quarantaine passée, il a donc découvert un autre métier, un peu plus lourd en termes d’heures passées, mais qui lui permet de vivre de son «agriculture libérée»: «C’est mon leitmotiv. Je vends tout directement, je suis donc libéré des contraintes imposées par la grande distribution et libre du choix des semences que j’ai envie de cultiver.» (24 heures)

Créé: 21.09.2016, 09h25

Le film

«Révolution silencieuse», de Lila Ribi. Projection à 15 h 30, suivie d’une discussion, au Puisoir d’Orbe.

Une sélection du programme du festival

Ateliers, conférences, concerts, théâtre et cinéma, le Mariposa Festival s’est voulu protéiforme pour «célébrer la femme et la famille, la terre, ainsi que le partage de savoirs», samedi
et dimanche au Puisoir d’Orbe. Morceaux choisis.

SAMEDI
12 h Conférence de July Bouhallier, spécialiste de la naissance: «La naissance, de Lucy à nos jours».
13 h Projection du film de Céline Darmayan, Entre leurs mains. Suivi d’une discussion.
15 h Atelier «Faire son attrape-rêve», par Dago Soto.
16 h 30 Concert de Dengê Dînan, rencontre entre
Moyen-Orient et Balkans.
20 h 30 - 2 h Grand bal folk.

DIMANCHE
10 h 30 Brunch bio.
12 h Atelier «Faire ses propres graines et partage en permaculture», avec Géraldine
Brenzikofer.
13 h Projection de «Futur d’espoir», documentaire de Guillaume Thébault. Suivi d’une discussion.
14 h Conférence «L’individualisme collectif, paradoxe du coopérateur moderne?» par Patrick Kohler, de la Coopérative Moul2.
16 h Concert de Tierra Caliente, groupe de musique traditionnelle colombienne.

Programme et infos: www.centremariposa.ch

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