Un complexe muséal d'importance se dessine à Avenches

PatrimoineDans les axes stratégiques du nouveau Conseil d'Etat, un centre muséal majeur est esquissé à Avenches. Il pourrait reprendre le projet de musée romain attendu depuis des lustres.

Pour l’heure, les conditions de sécurité ne sont plus réunies pour exposer des objets d’exceptions à Avenches, comme le buste en or de Marc-Aurèle

Pour l’heure, les conditions de sécurité ne sont plus réunies pour exposer des objets d’exceptions à Avenches, comme le buste en or de Marc-Aurèle Image: PHILIPPE MAEDER

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Avenches aura aussi son projet muséal d’envergure. La semaine dernière, les auspices planant sur le futur muséologique de la Cité romaine, projet remis aux calendes pendant que la priorité était mise sur l’élaboration du pôle muséal lausannois, se sont faits soudain un peu plus favorables.

Dans une réponse à la Commission de gestion du Grand Conseil, l’Exécutif cantonal a annoncé mardi la centralisation des activités du site antique dans un nouvel édifice valorisant les collections d’Avenches, le calendrier étant attendu pour fin 2017. Jeudi enfin lors de l’annonce de la répartition des dicastères du Conseil d’Etat, Pascal Broulis et Cesla Amarelle ont dit travailler ensemble sur le projet, de consort entre les deux départements. La substance du futur musée d’Avenches, réclamé à cor et à cri par les spécialistes et les Avenchois depuis des lustres, reste toutefois savamment floue. «Nous en sommes aux prémices d’un long processus, l’heure est à la fédération des acteurs pour donner à ce projet, qui est un très beau projet, des fondations solides», tempère le grand argentier Pascal Broulis, à la tête du comité de pilotage en charge de ce qui promet toutefois d’être un «centre muséal» d’ampleur nationale.

Son concept est d’appliquer la recette de plate-forme 10 de Lausanne dans un autre site du canton, notamment dans le montage financier et dans la réflexion du contenu culturel. Un planning devrait être arrêté dans le programme de législature, dans un prélude à une réflexion d’ensemble sur la valorisation du patrimoine archéologique vaudois. Voilà pour les grandes lignes.

Porte sur le site
Ce qu’on sait, c’est que les spécialistes du Canton et du Site et Musée romain d’Avenches, avaient élaboré entre 2010 et 2013 un concept à même de rendre à Aventicum la place qu’elle mérite à l’échelle Suisse. L’idée? Elever en bordure du théâtre antique du Selley un bâtiment moderne, conçu pour centraliser les activités de recherches, de médiations culturelles, de restauration des artefacts issus des fouilles, et réfléchi par les archéologues comme une porte d’entrée sur le site antique – ou l’inverse. Son but devait surtout être de pouvoir assurer la survie des collections avenchoises. La tour des arènes est pleine à craquer, les vitrines se fragilisent, et seule une copie du fameux buste de Marc-Aurèle y est exposée. Son propos devait être d’immerger le public dans l’Helvétie romaine et dans le territoire dont Avenches était le cœur absolu. Ce modèle muséographique a fait ses preuves. Notamment à Bibracte, en Bourgogne voisine, aux pieds d’un oppidum éduen, où l’on a érigé sous l’impulsion de François Mitterrand un musée et un centre de recherche sur la civilisation celtique, aujourd’hui de renommée internationale.

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La quête d’un nouveau musée avenchois ne date pas d’hier. En 2010, le Grand Conseil déboursait 200'000 francs pour relancer l’étude des volumes et du concept du site. En 2012, le Conseil d’Etat ajoutait 60'000 francs pour l’étude paysagère, deux mois avant que la Commune d’Avenches achète la parcelle idéale, au cœur de l’antique capitale, pour 30'000 francs. C’est celle-ci qui devrait désormais être visée par un plan d’affectation cantonal (PAC). Reste à savoir s’il reprend le contenu du projet avenchois, et son budget. Ce complexe avait été devisé à une quarantaine de millions de francs, fouilles comprises. Les Avenchois souhaitaient en faire une structure intercantonale, travaillant de concert avec le Musée romain de Vallon et le canton de Fribourg, pour lequel deux députés viennent de réclamer la création d’un véritable musée archéologique cantonal. Au sujet d’une collaboration intercantonale, «la porte est ouverte» répond Pascal Broulis, qui souligne au passage qu’il est trop tôt pour évoquer l’intervention de la Confédération ou de collections privées, comme celle de la prestigieuse fondation Gandur, par ailleurs donatrice de plate-forme 10.

De Rumine à la Broye
Ce futur complexe muséal décentralisé est officiellement accueilli à bras ouverts par les professionnels. «Nous avons des collections incroyables à valoriser et des institutions qui manquent de place pour aller vers le public. Les institutions sont à l’étroit. Il y a la volonté politique pour développer leurs missions, des espaces et des projets. C’est une chance que beaucoup de cantons n’ont pas», souligne Nicole Minder, cheffe du Service des affaires culturelle, dans une volonté de rassurer les musées et institutions cantonales. Car beaucoup se demandent si la «logique» de pôle muséal et l’ambition du nouveau projet n’impliquent pas la résurrection d’une vieille idée: déménager à Avenches le Musée cantonal d’archéologie et d'histoire, voire le Musée monétaire cantonal, pour l’heure installés dans un Palais de Rumine en pleine réflexion quant à son avenir. L’idée avait été refusée dans les années 80 par le Grand Conseil, puis parfois évoquées par des bruits de couloir. Sur cette question, le Canton ne répond ni par la négative, ni par l’affirmative. C’est trop tôt.

Depuis des mois, les musées de Rumine préparaient en effet le devenir de l’édifice et des institutions, sans l’ombre d’une colonne avenchoise à l’horizon. «Nous nous réjouissons évidemment qu’un musée romain d’ampleur voie le jour à Avenches, réagit le directeur du musée cantonal, Lionel Pernet. Surtout si c’est en même temps que le développement d’un nouveau Rumine tourné vers la Ville et la transversalité.» A savoir un «palais des savoirs», développé dans le dernier numéro de la revue Patrimoines: un programme commun des institutions (Géologie, Numismatique, Histoire et Archéologie, Zoologie…» réfléchi en lien avec l’Université de Lausanne et voué à un large public. «Il faudra réfléchir aux besoins du public, des institutions, et à l’adéquation avec l’édifice», poursuit Nicole Minder.

Autre question majeure qui se profile, quel rôle va jouer Avenches dans une valorisation attendue du patrimoine romain vaudois: les sites de Nyon, Yverdon ou Orbe rongent leur frein depuis longtemps. «Avenches peut être un chef de file, répond Pascal Broulis. Une porte d’entrée. Les possibilités existent, il faudra réfléchir ensuite.» Du côté d’Orbe, où la plus grande villa au nord des Alpes n’est par exemple visible que sous des pavillons isolés, la dernière mosaïque découverte attend son heure depuis 20 ans et les amoureux du site cachent mal leur impatience. «Vouloir donner une vision globale du territoire depuis Avenches est une bonne idée, réagit Yves Dubois, directeur de Pro Urba. Maintenant il ne faut pas oublier que les réalités économiques et touristiques ont changé en 2000 ans. Le patrimoine doit pouvoir se visiter de manière indépendante et complémentaire.» (24 heures)

Créé: 19.06.2017, 21h13

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