D’encombrantes tortues tracassent les spécialistes

AnimauxLe nombre croissant de tortues géantes en Suisse est un vrai casse-tête pour le centre de Chavornay.

<i>Paulo</i> (à dr.), 25 kilos, est hébergé dans un jardin privé, faute de place au centre de récupération des tortues de Chavornay.

Paulo (à dr.), 25 kilos, est hébergé dans un jardin privé, faute de place au centre de récupération des tortues de Chavornay. Image: DOMINIC FAVRE

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Jeudi, Paulo a renversé deux chaises, plusieurs grands cactus et déformé les joints de la terrasse. Paulo, 15 ans et 25 kilos, c’est le mastodonte à carapace qui déambule depuis deux semaines dans le jardin privé de Jean-Marc Ducotterd, président du Centre de protection et récupération des tortues de Chavornay (PRT). Abandonnée par un particulier à La Chaux-de-Fonds, cette Sulcata géante n’a pas pu être logée dans le centre de la plaine de l’Orbe, qui est déjà saturé.

Et pour cause. Dans le classement des plus grandes tortues terrestres, Paulo et ses congénères arrivent en troisième position, juste derrière les tortues des Seychelles et des Galápagos. Elles peuvent atteindre 100 kg et 1 m de diamètre, en plus d’une force redoutable. «Il leur faut 15 m2 à l’intérieur, au moins 50 m2 à l’extérieur, sans parler d’une serre, de lampes chauffantes et d’une alimentation savamment dosée…», explique le président en gardant un œil sur le «tank», comme la surnomme son épouse. «Il y a un avantage, on n’a pas besoin de tondeuse», rit-il. Paulo a déjà méticuleusement dévoré la moitié de la pelouse.

Bombe à retardement

C’est que la Sulcata se vend comme des petits pains sous le manteau. Incontrôlable, le marché clandestin est bien établi en Suisse, assurent les spécialistes qui sondent régulièrement le milieu. Les élevages de cette tortue qui se reproduit facilement se trouvent en France. Compter une centaine d’euros par carapace.

«Il y en a peut-être 500 qui sont détenues légalement, mais 1000 à 2000 le sont officieusement. Jusqu’en 2008 l’espèce n’était pas soumise à autorisation», détaille Michel Ansermet, directeur du Vivarium de Lausanne. Pour lui, Paulo n’est que le début du problème. «Le boom des ventes a commencé il y a trente ans. Aujourd’hui ces jolis bébés font 20 kg, et leurs propriétaires vieillissent. On se dirige vers une catastrophe d’abandons en nombre. Il faudra trouver de la place dans les zoos, ou les euthanasier. Et c’est nous qui devrons prendre la décision», déplore-t-il.

Manque de place

La place pour les accueillir manque à Chavornay. Le seul centre de récupération de Suisse sature avec ses 1300 pensionnaires, au point qu’il envisage de précipiter son extension (lire ci-contre). «On n’a pas les structures pour ces tortues, juge Jean-Marc Ducotterd. L’une est chez un bénévole, et j’en ai déjà refusé trois ou quatre ces dernières années. En plus, il est prévu qu’on récupère les trois du Vivarium de Lausanne, qui ne les prend pas lors de son déménagement prochain.»

Un espoir? «Le point positif, c’est que ces tortues géantes sont attachantes, conclut le directeur. Elles bénéficient d’un certain capital sympathie qui peut servir à communiquer et à sensibiliser les gens.» (24 heures)

Créé: 09.08.2015, 17h51

Extension pressante

«On n’a jamais euthanasié une tortue saine, ce serait aller contre tout ce qu’on essaie de faire depuis vingt ans», invoque le président de Protection et récupération des tortues (PRT), Jean-Marc Ducotterd.

N’empêche, le centre de Chavornay est aujourd’hui quasi saturé et, faute de place, la petite équipe de bénévoles redoute de devoir refuser un jour d’accueillir tout nouveau pensionnaire. Les passionnés préfèrent donc prendre les devants. Ils comptent anticiper la construction de l’extension, un vaste projet de nouvelle structure vitrée dans la plaine de l’Orbe. Seuls 600'000 francs, sur le million et demi budgété pour le nouvel édifice tout en verre, ont été récoltés à ce jour.

Pour pouvoir réceptionner encore quelques tortues terrestres, qui ont besoin de beaucoup de terrains, l’association prévoit de construire dès cet automne un enclos supplémentaire et 35 m2 de nouveaux bassins, basés sur les plans et le permis de construire déjà en poche. Ils devraient être opérationnels au printemps.

«Nous voulons montrer l’exemple et donner aux tortues des conditions de vie correctes, défend Jean-Marc Ducotterd. Nous sommes les seuls en Suisse. Sans nous, davantage de tortues finiraient dans un étang ou jetées dans les toilettes.»

Tortue sillonnée

Originaire d’Afrique et vivant à l’état naturel dans le Sahel, la Centrochelys sulcata est réputée pour être l’une des plus grande du monde. Appelée aussi tortue sillonnée, cette omnivore souffre généralement d’une nourriture trop riche, en élevage ou chez les privés, ce qui a pour effet de doper sa croissance. Elle atteint en général 60 à 80 cm de long à l’âge adulte et peut devenir centenaire. Une Sulcata aurait atteint 98 kg à sa mort au Jardin des Plantes, à Paris, en 1981. L’espèce est réputée pour sa reproduction facile et pour l’agressivité des mâles, qui peuvent s’entre-tuer. Difficile, voire impossible de les faire cohabiter. Leur commerce est réglementé et leur détention est soumise à autorisation, délivrée par le vétérinaire cantonal.

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