Plaine de l’Orbe
Est-il pensable d’agrandir une prison perméable?
Par Daniel Audétat. Mis à jour le 24.10.2012 6 Commentaires
Élue au Conseil d’Etat en décembre, la Verte Béatrice Métraux n’a pas mis longtemps avant de se faire des cheveux blancs à cause des prisons dont elle a hérité.
A tel point que le responsable «sécurité et sûreté» de ses établissements, tout juste promu à la tête de l’état-major du Service pénitentiaire (SPEN), s’est rendu récemment à Morges pour rencontrer le divisionnaire Roland Favre, commandant de la région territoriale 1. Pour Alain Sauteur, il s’agissait de déterminer si, d’aventure, l’Armée était en mesure de donner un coup de main pendant quelques mois pour la surveillance de la Croisée.
La bonne à tout faire
La Croisée, à côté d’Orbe, c’est un peu la prison bonne à tout faire du canton. Depuis 1932, et pendant les cinquante ans qui ont suivi, ce ne fut qu’une vaste demeure en plein champs, où étaient placés des internés volontaires souffrant d’alcoolisme. De premières transformations lui ont été apportées en 1983 pour y intégrer des espaces de détention préventive. Puis, en 1994, des blocs cellulaires ont été adossés à l’édifice originel, avant qu’un plus vaste agrandissement soit entrepris entre 2002 et 2004 avec, entre autres, des modules préfabriqués.
Désormais, le complexe dispose en théorie de 165 places pour la détention avant jugement, pour des courtes peines et pour des condamnés en attente de transfert. Mais aux dernières nouvelles, la Croisée contenait en réalité quelque 250 détenus. Ce n’est encore rien. Dès avril prochain, ils devraient être près de 330.
Cela parce que, une fois encore, l’Etat de Vaud a considéré que cette prison est celle qui se prête le plus facilement à un agrandissement. Cette fois aussi, l’extension se réalisera avec des modules préfabriqués pour disposer dès ce printemps de 80 nouvelles places.
Pour Béatrice Métraux, il y a grande urgence: il faut désengorger le système carcéral vaudois qui déborde littéralement de toutes parts.
On comprend dès lors que la cheffe du Département de l’intérieur se fasse du souci. Car la Croisée vient de subir coup sur coup deux évasions collectives: cinq évadés le 30 juillet, six autres dimanche dernier. Et il y a un précédent, qui remonte à 2003. Pendant le chantier de l’extension d’alors, une triple évasion avait été tenue secrète par les responsables de l’époque.
Dans une prison qui a déjà tout d’une passoire, la perspective de nouveaux travaux a de quoi inquiéter: pour prolonger l’extension entreprise entre 2002 et 2004, il faudra faire un trou dans le mur d’enceinte de six mètres…
C’est ce qui a amené, l’autre jour, Alain Sauteur dans le bureau du divisionnaire Favre. Le responsable «sécurité et sûreté» du SPEN avait entendu parler d’une infrastructure mobile en béton dont l’Armée dispose pour assurer la protection de grands événements diplomatiques. Cette enceinte amovible aurait pu servir à sécuriser le futur chantier de la Croisée.
L’Armée tourne les talons
Mais la discussion a tourné court. A cause du World Economic Forum, qui, comme chaque année, se tient en janvier à Davos. Et aussi parce que, pour l’Armée, il était hors de question de laisser au SPEN la maîtrise de la centrale mobile qui contrôle les équipements électroniques de son enceinte. Résultat: pour sécuriser le futur chantier de la Croisée, le Canton étudie d’autres variantes qu’il devise à environ 500 000 francs.
Une direction en péril
«Nous achèterons du matériel de surveillance qui pourra être réutilisé à la fin des travaux», promet Anthony Brovarone, nouvel adjoint de Sylvie Bula, cheffe du SPEN depuis novembre. Même ainsi, la facture du nouvel agrandissement de la Croisée promet d’être lourde. Car les deux évasions collectives de ces dernières semaines ont démontré la faillite des actuels dispositifs de sécurité internes et externes de la prison. Ils doivent être renouvelés de fond en comble.
Béatrice Métraux s’attend donc à souffrir. Devant le Conseil d’Etat d’abord, auquel elle devrait présenter la semaine prochaine déjà sa demande de crédit pour l’extension de la Croisée. Puis devant le Grand Conseil. Les élus de la droite se rappellent trop bien que, lorsqu’elle était encore députée, elle n’avait pas épargné le précédent ministre de l’Intérieur, le libéral-radical Philippe Leuba, alors empêtré dans l’affaire Skander Vogt (détenu décédé dans sa cellule en mars 2010).
La Verte devra donc donner des garanties sur la fiabilité du futur système de sécurité. Fiabilité technique. Et fiabilité humaine. Cette exigence pourrait impliquer des changements à la direction de la Croisée, qui se voit reprocher de ne pas avoir signalé aux niveaux supérieurs les défaillances de son dispositif d’alarme, qu’elle connaissait pourtant de longue date. (24 heures)
Créé: 24.10.2012, 07h12
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La rédaction
6 Commentaires
On savait déjà qu'en licenciant la cheffe du service pénitentiaire à la suite de l’affaire Skander Vogt, Ph. Leuba faisait sauter un fusible qui lui demandait depuis longtemps de prendre des mesures pour augmenter les moyens de détention et qu'il a toujours refusés. Il a ainsi sauvé sa place. En abandonnant les prisons, le CE Leuba a laissé un bébé en piteux état. Répondre
Aux USA, certaines prisons sont dirigées par des privés et ils arrivent encore à générer des bénéfices. Pourquoi le canton de Vaud ne se libérerait-il pas de ce fardeau qui lui coûte et ne rapporte que des emm.. ? Répondre
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