Une explosion mortelle qui soulève bien des questions

ProcèsPrès de six ans après le drame, le procès en correctionnelle de trois cadres du Service des énergies d’Yverdon (SEY) s’est ouvert lundi à la salle d’audience cantonale à Renens dans un climat très tendu.

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Atmosphère tendue, empreinte d’hostilité envers le ministère public, à l’ouverture du procès de trois cadres du Service des énergies d’Yverdon (SEY). Les trois répondent d’homicide par négligence et d’explosion par négligence. Ils sont accusés d’être seuls responsables pénalement du tragique accident dû au gaz qui a éventré un immeuble de la capitale du Nord vaudois il y a six ans. Leurs avocats plaideront l’acquittement. Ils ont tiré à boulets rouges contre le procureur, comme rarement en pareille affaire, sur la manière dont a été menée une enquête à leurs yeux gravement lacunaire et dirigée contre les mauvaises personnes.

L’affaire remonte à 2011. Elle a durablement marqué les esprits. Le 25 octobre, dans la matinée, deux employés du SEY procèdent au contrôle de routine des vannes de branchement au réseau de gaz naturel à la rue de Neuchâtel à Yverdon. Ces vannes se trouvent le long du trottoir, au pied des immeubles. Leur tâche consiste à les manipuler, les ouvrir, les fermer, afin de s’assurer de leur bon fonctionnement, puis de les remettre dans leur position d’origine. Mais il y a un souci.

Peu après le passage de ces contrôleurs, une locataire du numéro 39 téléphone à la gérance qui s’occupe de ce bâtiment, propriété d’une caisse de pension, pour signaler une odeur de gaz du côté de son frigo. La dame rappelle peu avant midi. Elle dit que cela sent toujours. Mais l’immeuble était censé être «hors gaz» depuis vingt ans, et on lui répond qu’elle recevra un bon pour faire examiner son réfrigérateur.

Vers 13 h 30, une terrible explosion éventre la maison. Elle aurait été déclenchée par une étincelle lors de la mise en marche d’une machine à laver. Dans un appartement au 4e étage, une maman et sa fillette de 5 ans n’y ont pas survécu. C’est un miracle qu’il n’y ait pas eu davantage de victimes.

Le drame soulève une vague d’émotion et de révolte. Une vingtaine de personnes portent plainte. L’une d’entre elles a raconté lundi au tribunal qu’avant l’explosion, elle avait perçu une drôle d’odeur, qu’elle était allée sur son balcon allumer une cigarette.

La famille des deux victimes décédées s’est retirée de l’affaire. La Ville d’Yverdon a consenti à un geste solidaire conséquent en sa faveur, soulignant que cela ne signifie pas qu’elle se sente responsable pour autant. De fait, rien n’est simple dans cette tragique histoire.

L’immeuble était resté relié au réseau de gaz naturel, quand bien même les appartements n’en étaient plus alimentés. Cette vanne de branchement devait donc logiquement être fermée. En l’actionnant, les monteurs ont brièvement réintroduit le gaz dans le circuit du bâtiment. Cela n’aurait pas porté à conséquence si l’immeuble avait comporté une vanne dite d’arrêt, ou si les tuyaux débouchant dans les appartements avaient été correctement obturés. Or il est apparu qu’au fil des travaux dans ces logements, dans sept appartements, ces tuyaux avaient été sciés au ras du mur dans les cuisines alors que d’autres avaient perdu leur bouchon. Les deux monteurs ont bénéficié d’un non-lieu définitif du procureur Stephan Johner. Le magistrat a estimé que leur action avait certes provoqué l’arrivée inopinée de gaz dans l’immeuble, mais que les circonstances étaient telles qu’ils ne pouvaient en être tenus pour responsables.

Trois cadres sur la sellette

Sur le banc des accusés se trouve l’homme qui était à l’époque chef des équipes de monteurs et responsable du contrôle des vannes. Il n’exclut pas que la vanne de branchement n’ait pas été correctement refermée après le contrôle. On lui reproche de ne pas avoir instruit ou fait instruire les monteurs sur la manière de procéder lorsqu’ils avaient à contrôler une vanne fermée dont ils auraient dû rechercher la cause.

Il est reproché au deuxième accusé, ancien chef du Secteur Eau et Gaz du SEY, de n’avoir pas veillé à ce que les propriétaires d’immeubles soient informés de leur devoir de faire entretenir et contrôler leur branchement, en dépit d’une obligation en vigueur depuis 2001. «Si cette information avait été faite à tout le moins une fois, observe le procureur, le contrôle qui s’en serait suivi aurait révélé l’absence totale d’organe d’arrêt dans l’installation, entraîné la correction du vice et ainsi évité l’accident». Le même reproche est adressé à celui qui était directeur du SEY jusqu’en janvier 2011.

Pour les trois défenseurs, le ministère public se trompe de cible. «Pourquoi protéger le propriétaire de l’immeuble», s’insurge Me Philippe Graf, en soulignant que les anomalies qui ont permis au gaz d’envahir les appartements auraient dû être analysées. «Le distributeur prend en charge le branchement jusqu’au mur du bâtiment, explique-t-il. Le propriétaire aurait dû annoncer au SEY les modifications apportées à ses installations intérieures.» Son confrère Jean-Christophe Diserens enfonce le clou. Il cite le règlement communal selon lequel la responsabilité première est au propriétaire de l’immeuble, qu’il est seul à assumer tous les dommages et accidents pouvant survenir. De quoi conclure, selon Me François Roux que «la responsabilité des gens sur le banc des accusés s’arrête au mur de l’immeuble» et d’estimer que les employés n’avaient aucune raison d’aller à l’intérieur de l’immeuble si une vanne est fermée.

«Si l’on suit la défense, tout dans cette affaire se passe à l’extrémité des conduites de gaz, rétorque le procureur. Or le nœud du problème est ailleurs. Ce sont des omissions par rapport aux règlements qui sont reprochées aux accusés.» Le procès se poursuit mardi. (24 heures)

Créé: 15.05.2017, 20h14

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