Le Festival des couteliers plonge dans l'histoire du Québec

ArtisanatLe public est accouru en nombre ce week-end à Vallorbe. Il aura découvert l'art du forgeron Mathieu Collette. Portrait.

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C’est une belle pièce de métal d’un kilo environ. Une hache de Biscayne que forge Mathieu Collette en ce samedi, premier jour du Festival des couteliers. Le forgeron québécois est l’hôte d’honneur du Musée du fer de Vallorbe et, probablement le seul artisan au monde à fabriquer ces fers à la forme particulière, verticale sur l’avant avec une encoche à l’arrière sous l’œil.

«La hache de Biscayne est aussi appelée hache de traite car les Français en donnaient aux Indiens du Canada contre des fourrures. C’était une véritable monnaie d’échange», explique Mathieu Collette. A l’origine, elle était utilisée par les marins basques. Un objet hautement symbolique dans l’histoire du Canada que Mathieu Collette s’est attaché à redécouvrir. «Je me suis toujours intéressé au travail du fer, sans doute parce que mes ancêtres, au 14e siècle, étaient forgerons-marteleurs en Alsace puis en Bourgogne. Ils transformaient les lingots en barres et en plaques.» Sa famille s’est installée vers 1740 au Québec, lors de la création de la forge Saint-Maurice à Trois-Rivières.

Lorsqu’il veut se former au milieu des années 90, Mathieu Collette constate qu’il n’y a plus de forgeron en activité dans la Belle-Province. Il doit donc revenir sur la terre de ses aïeuls où il va côtoyer quelques-uns des meilleurs artisans français.

De retour au Québec, avec ses outils, Mathieu Collette fonde les Forges de Montréal, installées depuis 2001 dans une ancienne station de pompage près du vieux port. «Pour financer mon projet, j’ai fait de la ferronnerie d’art. Mais, pour être compétitif, le ferronnier travaille avec les techniques d’aujourd’hui. Moi, j’ai à cœur de redécouvrir les techniques traditionnelles, de préserver un savoir-faire – la maîtrise du métal – qui a permis à l’homme de passer du chasseur-cueilleur à notre civilisation.»

Renaissance

Les Forges de Montréal ne sont ni un musée, ni un magasin d’artisanat. Elles sont un espace de renaissance, à la fois lieu d’étude et de reconstitution d’objets anciens et atelier où des forgerons, professionnels ou amateurs, peuvent travailler. «Il y a dans le public une profonde méconnaissance du degré de sophistication auquel étaient parvenus les artisans de l’ère préindustrielle, explique Mathieu Collette. Le Musée de l’outil à Troyes, en France, présente 65 vitrines renfermant des milliers d’outils utilisés par une centaine de métiers. Tous ces objets étaient fabriqués à la main.» L’ambition du Québécois est d’étudier certains de ces outils oubliés et de contribuer à leur recréation.

Comme la fameuse hache de Biscayne, qui a complètement disparu en Europe et dont des exemplaires d’époque subsistent au Canada. «Je me suis rendu compte que plus elles étaient récentes, plus la qualité se dégradait», sourit Mathieu Collette. A Saint-Jean-de-Luz, il y avait une cinquantaine de forges capables d’en produire. Par la suite, les Anglais s’y sont aussi mis, ainsi que les Hollandais. Les fers distribués par la Compagnie de la baie d’Hudson n’étaient parfois même pas trempés.

La fabrication de ces outils n’est pas une mince affaire: on part d’un «lopin» de fer qui formera l’œil recevant le manche et les joues. Cette plaque sera pliée afin de prendre en sandwich la «mise» en acier dans laquelle le tranchant sera meulé. «Les forgerons utilisaient peu d’acier car ce dernier était réservé à l’armement», explique Mathieu Collette. Au total, huit heures de martelage par deux forgerons ou quatre heures au martinet. Et attention à la température, capitale en forge. «Trop froid, ça brise le grain du métal qui devient cassant. Et trop chaud, ça dénature l’acier, qui perd aussi sa résistance», conclut le professionnel.

(24 heures)

Créé: 16.04.2017, 19h08

Les artisans redécouvrent les outils traditionnels

Quel avenir pour les forgerons qui, comme Mathieu Collette, réinventent les outils d’autrefois? Martin Claudel, qui a travaillé avec le Québécois durant ce festival et exerce à Saint-Amand en Puisaye (Nièvre), y croit… dur comme fer: «Je fabrique de la coutellerie utilitaire et beaucoup d’outillage pour les métiers du bois.» Devant la demande, il envisage de se spécialiser dans la taillanderie (outils coupants) pour le jardinage, la charpente, le bois, etc. «Les professionnels qui se remettent aux méthodes d’antan veulent des outils correspondants. Ce faisant, ils découvrent que les outils forgés sont très supérieurs à leurs équivalents modernes en termes de résistance et de qualité.» Une hache telle que celles forgées par Mathieu Collette peut faire dix ans d’usage au minimum entre les mains d’un professionnel – même si ce sont les collectionneurs qui se les arrachent pour le moment. «Aujourd’hui, il y a beaucoup de demande et peu d’offre, faute de formation», ajoute le Français qui a appris son métier par lui-même et aussi sur le chantier médiéval de Guédelon (Yonne).

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