Le niveau du lac de Neuchâtel est à son plus bas depuis 1973

SécheresseAu régime sec depuis deux mois, le lac est à sa cote minimale record. Le point avec trois spécialistes.

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La date entrera peut-être dans la petite histoire de l’hydrologie. Mercredi à 13 h, le niveau du lac de Neuchâtel mesuré par la station fédérale d’observation de Grandson s’est affiché à 428,74 mètres, égalant la cote basse record de 1973, qui remonte à la dernière correction des eaux du Jura.

De fait, la physionomie des rives a changé: des bancs de sable sont devenus des îlots glacés, des pilotis ont émergé. Pour Philippe Hohl, chef de la division Eau au Département vaudois du territoire et de l’environnement, cette situation «est tout à fait logique après plusieurs mois de sécheresse». Pour l’instant, aucun problème particulier n’est remonté jusqu’à lui. «Durant la saison froide, le tourisme est au point mort, peu de travaux sont en cours», remarque le haut fonctionnaire. Et les oiseaux ne sont ni en période de nidification, ni de migration.

Indicateurs des pluies

En moyenne, le lac de Neuchâtel varie d’une cinquantaine de centimètres entre l’hiver, période de basses eaux, et le printemps. Cependant, le niveau de ces derniers jours est inférieur de 25 centimètres à la moyenne saisonnière. «Les lacs sont de grands réservoirs, observe Philippe Hohl. A ce titre, ce sont de bons indicateurs du régime des pluies sur une longue période.»

Biologiste à l’association Grande Cariçaie, Antoine Gander ne s’inquiète pas outre mesure: «En hiver, le marais est suffisamment inondé par les nappes perchées.» Alimentées par des cours d’eau et les précipitations, ces flaques sont indépendantes du niveau du lac. «Durant la période de repos de la végétation, entre fin septembre et avril, elles suffisent à alimenter les plantes», poursuit le biologiste. Quant aux oiseaux, ils profitent plutôt de la nourriture rendue accessible par le retrait des eaux.

«Certes, lorsque les eaux sont basses, les sites palafittiques sont plus faciles à observer depuis un bateau»

Cette phase d’autosuffisance de l’écosystème prend fin avec la reprise de la végétation. Les besoins en eau sont alors beaucoup plus grands et les nappes s’épuisent très vite. Antoine Gander ajoute que si la sécheresse devait se poursuivre jusqu’en juin, certaines espèces comme les batraciens, dont la reproduction dépend de l’eau, pourraient souffrir. «Mais on en est encore loin.»

Les archéologues, de leur côté, ne cachent pas leur inquiétude. «Certes, lorsque les eaux sont basses, les sites palafittiques sont plus faciles à observer depuis un bateau», explique Pierre Corboud, archéologue à l’Université de Genève et spécialiste du domaine. Mais les fameux sites lacustres sont aussi plus vulnérables en cas de tempête.

«Nous redoutons surtout la bise qui peut souffler durant plusieurs jours», explique l’archéologue. C’est ainsi que la tempête qui a fait rage en fin de semaine passée sur le lac de Neuchâtel a couché des arbres sur la rive sud entre Portalban et Cudrefin, ce qui accélère l’érosion des berges. Et Pierre Corboud de replacer le phénomène dans une perspective historique: «Nous ne reverrons pas le lac de Neuchâtel d’il y a 150 ans, qui était 2 mètres plus haut avant les corrections des eaux du Jura.» (24 heures)

(Créé: 11.01.2017, 17h40)

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