Un nouveau migrant renvoyé inquiète Orbe

AsileUn Afghan apprécié à Orbe a été renvoyé en Grèce par les autorités. Les élus locaux se mobilisent.

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Emue, Mary-Claude Chevalier s’est envolée mercredi pour Athènes, dans l’espoir de retrouver «son» Ibrahim. Celui que la municipale urbigène hébergeait depuis des semaines. Ce migrant afghan de 24 ans préparait le thé à la buvette du Puisoir, s’entraînait avec le FC Orbe et filait des coups de main au concierge communal. Avant d’être renvoyé en Grèce, la semaine dernière.

A Orbe, l’ambiance est morose. Ce nouveau cas de migrant, intégré par le bourg puis expulsé, suit de peu l’affaire de Mohamed Bangoura, un Africain actuellement incarcéré dans l’attente de son renvoi, après une saga politique et administrative de 18 ans. Les deux hommes se sont d’ailleurs croisés, dans le cours de l’Etablissement fermé de Favra (GE). Et dans le cénacle de la cité urbigène, on fait volontiers le lien. «On se demande si le tapage qu’on a fait avec Mohamed n’a pas desservi Ibrahim», hésite un ponte de la politique locale. Parmi ses soutiens, on compte en effet le municipal de la Cohésion sociale, le Vert Luiz De Souza, ainsi que Mary-Claude Chevalier, municipale de la Sécurité publique, issue des rangs d’Union Libre, la formation locale de centre droite.

Ceux-ci dénoncent un manque d’humanité, dossier à l’appui. «C’est un Hazara, une minorité chiite d’Afghanistan. Les Talibans lui ont coupé trois doigts à vif», commence la municipale. Enfui en Iran, ce fils unique y enchaîne les maltraitances et se fait saisir son titre de séjour. «C’est souvent ce qui arrive quand ils refusent de partir se battre en Syrie», note Denise Graf, experte en asile pour Amnesty International Suisse, saisie elle aussi du dossier. Ibrahim Jafari passe ensuite en Grèce, où il se dit battu et laissé pour mort plusieurs fois dans les geôles. «C’est courant», indique la spécialiste. La Grèce lui octroie ensuite une «protection subsidiaire», ce qui revient à une forme d’autorisation de séjour, sans aide de l’Etat. Psychologiquement perturbé, l’Afghan s’enfuit et demande l’asile en Suisse en 2014.

Elle est toutefois refusée: Ibrahim Jafari bénéficie en effet déjà de l’asile, dans un pays tiers dans lequel il est légalement appelé à retourner. Un choix qui révolte ses défenseurs. «Là-bas, les migrants vivent souvent dans des immeubles abandonnés, promis à la misère ou aux mauvais traitements», soupire Denise Graf. Compte tenu du chaos et de la situation en Grèce, le pays n’a d’ailleurs pas reçu de renvois liés aux accords de Dublin de la part de l’Union européenne entre 2011 et 2016. La Suisse les suspend encore pour l’heure. Seul hic, Ibrahim Jafari n’est pas un cas dit Dublin. Il est au bénéfice d’un accord bilatéral de réadmission.

Le 6 avril dernier, Mary-Claude Chevalier écrivait encore directement au conseiller d’Etat en charge de l’Asile, Philippe Leuba, demandant un réexamen de son dossier. En vain. «Chaque dossier est traité individuellement, réagit Philippe Leuba. On ne tient pas compte du soutien de telle ou telle personnalité: ce qui doit rentrer en ligne de compte, c’est le respect du droit. Le Canton est tenu d’exécuter les décisions de Berne. Mais dès qu’on a reçu la lettre de Mme Chevalier, on a interpellé le Secrétariat d’Etat aux migrations, leur demandant de vérifier ses antécédents en Grèce. C’est à eux de s’assurer que les critères légaux pour exécuter un renvoi sont réunis.» (24 heures)

Créé: 20.04.2017, 21h24

Mary-Claude Chevalier, municipale urbigène, s’est envolée mercredi pour Athènes, dans l’espoir de retrouver «son» Ibrahim. (Image: Sébastien Feval)

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