Sarah Carp tisse son histoire au fil de l'eau

Yverdon-les-BainsLa photographe expose dans sa ville d’origine «Lac sensible», une forme d’aurevoir à la Suisse.

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Tout photographe fait corps avec ses clichés. Alors, forcément, Sarah Carp leur ressemble. Elle porte en elle cette lumière lénifiante et ce voile de mystère. Ces notes de poésie qui enveloppent «Lac sensible». L’exposition, réalisée il y a trois ans pour le Musée du Léman à Nyon, est présentée dès ce week-end au Musée d’Yverdon et région. «Ce travail est très émotionnel. Par ces images, je viens d’une certaine manière dire au revoir à la Suisse en emportant un bout de lac.» Cet univers lacustre, l’Yverdonnoise d’origine l’a emporté à Cardiff, au Pays de Galles, où elle a suivi son mari avec leur fille âgée de 3 ans.

Créer une atmosphère

Elle a gagné la mer, perdu le lac qui imprègne subtilement son travail depuis ses débuts, comme le montre le diaporama que le Musée d’Yverdon a choisi de présenter en complément à l’exposition. Le lac de Neuchâtel et ses abords bercent son enfance, puis son adolescence. C’est à ce moment de sa vie qu’elle empoigne l’appareil photo qui traîne dans la maison familiale et croche à cet art de tous les possibles. L’Ecole de photographie de Vevey la pousse ensuite du côté du Léman, au bord duquel elle s’évade.

Avant cette exposition, pourtant, elle n’en avait jamais fait un sujet. Il faut dire que devant la difficulté de gagner sa vie en tant que photographe indépendante, la jeune femme décide à la fin de ses études de se lancer dans une formation d’éducatrice de la petite enfance. Elle apprécie ce monde juvénile, mais la recherche du bon cadrage, de la lumière idéale, d’une image qui vaut tous les mots, lui manquent et la poussent à renouer avec la création.

La photographie s’impose, car elle lui permet d’affronter la perte tragique de deux de ses frères, à quelques années d’intervalle. Il y a presque dix ans, à l’hôpital où Henri affronte une leucémie et où elle lui fait don de cellules souches, son appareil devient son «meilleur ami». En résultera «Donneuse apparentée», le travail qui l’a fait connaître dans toute la Suisse. «J’avais envie de partager ça, je pense que c’est bien d’en parler et cela m’a aidé.»

L’artiste âgée de 35 ans revient ensuite à la photographie artistique, avec des images qui «font du bien». «Actuellement, j’ai envie de réaliser des photos qui apportent plus de fraîcheur, mais je ne sais pas si j’y arrive», sourit-elle.

Le Rolleiflex est son appareil de prédilection. «La stabilité, la lenteur, la concentration que demande l’argentique apportent une authenticité à l’image. Mais au quotidien, je me sers aussi du numérique, donc je suis tiraillée entre les deux.»

Le plus important pour Sarah Carp est de construire un récit. C’est pourquoi elle s’est aussi chargée de la scénographie de «Lac sensible». En résulte une atmosphère qui permet de plonger dans son histoire tout en laissant libre cours à son imagination. (24 heures)

Créé: 16.03.2017, 10h05

Une première pour le musée d'Yverdon

Le Musée d’Yverdon et région, dédié à l’archéologie et à l’histoire culturelle et artistique locales, présente pour la première fois un artiste contemporain. «Il s’agit du patrimoine de demain et l’histoire de la région est marquée par la présence de l’eau et du lac», remarque France Terrier, directrice-conservatrice du musée. Et ce n’est pas un hasard s’il s’agit d’une photographe, puisque le musée a le projet de donner plus de place à ce médium. «Nous conservons plusieurs fonds photographiques, avec des dizaines de milliers de clichés. Nous aimerions à l’avenir valoriser ces collections, tout en ayant un contrepoint contemporain.»

Visites guidées thématiques, rencontres et projection de films sont prévues en marge de l’exposition, vernie ce samedi et visible jusqu’au 1er octobre. Toutes les infos sur www.24heures.ch//

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