Sept siècles de signatures nous contemplent depuis Orbe

HistoireJean-Thierry Langer s’apprête à exposer une partie des milliers d’autographes d’une collection unique en son genre.

Les pièces rassemblées par la famille de Jean-Thierry Langer vont des rois de France à Guy Parmelin, en passant par les artistes et les grandes figures.


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Dans une villa anonyme d’un quartier résidentiel d’Orbe se cache une collection rare. Un Who’s who qui démarre en 1494. A ce jour, la collection de Jean-Thierry Langer compte 4000 autographes, patiemment compilés depuis des générations. Elle commence avec une missive du roi de France François Ier à un cardinal. Elle s’arrête pour l’instant avec une jolie lettre d’un conseiller fédéral, Guy Parmelin.

Entre deux, il y a le gotha couronné, politique, littéraire, sportif et religieux d’une bonne partie de la planète, de la correspondance suivie du général français Weygand à la petite photo dédicacée du sherpa Tensing Norgay, conquérant de l’Everest, en passant par Victor Hugo, Hector Berlioz, l’ancien conseiller d’Etat Marc-Henri Ravussin, l’empereur du Brésil Pedro II. L’essentiel dort dans une armoire sécurisée. Une sélection sera exposée pour la première fois ce dimanche*.

Première sortie publique

«Avant, j’étais persuadé que tout ça avait de la valeur, réfléchit le retraité, entouré de dizaines de cartons d’archives. Mais avec le temps, je ne sais pas. J’ai l’impression que ça n’intéresse plus personne.» On lui donnerait volontiers tort.

«C’est mon arrière-grand-père qui a commencé. Il était armateur au Havre. C’est lui qui a armé le voilier qui a ramené les cendres de Napoléon Ier à Paris. A l’époque, il gardait chaque autorisation de déplacement qu’il recevait. Et aussi des lettres de créances pour le compte de la Prusse.» Ensuite, c’est le grand-père qui s’y met. Libriste vaudois, propriétaire d’une grande entreprise d’alimentation pour bétail, il commence à correspondre avec les grands d’alors, découpe les photos de L’Illustré et demande poliment un paraphe. «Goering, Franco… des gens avec qui il n’aurait pas été d’accord. Mais il ne faisait pas de différence. Il voulait avoir tout le monde, poursuit Jean-Thierry Langer. Le reste, il l’achète via une maison parisienne. Il y a des choses uniques!»

Prenons à tout hasard Winston Churchill. «En Angleterre, son cabinet nous a écrit qu’il refusait poliment tout autographe. C’était raté. Mais j’ai réussi à avoir l’originale d’une photo qu’il avait tout de même dédicacée à son photographe nyonnais en 1945.» Moins flegmatique, dans une lettre très martiale Napoléon Ier, alors à Vienne, expose un ordre de bataille au général Clarke. Nous sommes en juillet 1809. Quelques jours plus tard, 25 000 des hommes de cette triste liste perdent la vie sur la plaine de Wagram. «Cette lettre, ce n’est pas rien», souffle Jean-Thierry Langer.

Lui aussi écrit un peu à tout le monde. Tout le Conseil fédéral y est passé. Parce que les sujets politiques le captivent. Mais aussi parce que, souvent, la signature est authentique. Car comme son armateur d’ancêtre, Jean-Thierry Langer a beaucoup bougé. L’ancien juriste de Nestlé a ramené quelques souvenirs de sa carrière, comme un mot de Ben Gourion, le premier ministre israélien.

Empires disparus

Le but de tout ça? Jean-Thierry Langer hausse les épaules. «Je ne fais pas ça pour le prix de toute la collection, ou pour faire la course aux vedettes.» Son armoire, c’est un peu le caveau d’empires et d’Etats disparus.

«Et puis, aujourd’hui, ajoute l’Urbigène, on n’écrit plus rien à la main.» Les correspondances se dématérialisant, les traces d’échanges se perdent. «Alors que dans ma collection il y a des choses très touchantes. J’aime beaucoup ces mots adressés à mon grand-père ou ces petits remerciements.» Il y a des cas savoureux. L’érudit a appris à se méfier des prétendues correspondances amoureuses de Louis XVI et Marie-Antoinette, ou d’autographes de Calvin et de Rousseau: «Un très bon faussaire sévissait à Villars-sous-Yens.»

Comme dans toute quête, il y a des lacunes. «Il me manque Poniatowski, un général mort à Leipzig juste avant de recevoir sa nomination de maréchal. Ou encore Ruth Dreifuss, qui ne m’a jamais répondu avec sa signature. Elle, je l’aurai un jour au virage.»


* Orbe, Casino Dimanche 19 mars, 10 h-17 h. (24 heures)

Créé: 15.03.2017, 07h09

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