Patrimoine cantonal flottant, La Vaudoise fête ses 80?ans

FestivitésLe seul monument historique aquatique vaudois est l’un des fleurons du Léman. Trois jours de fête pour célébrer un bateau qui ne cesse de faire des vagues.

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Mercredi, au jour pile de ses 80?ans, La Vaudoise a attaqué le château de Glérolles à coups de canon! Si la forteresse de Saint-Saphorin s’en est tirée sans dommages, c’est que cette offensive navale n’était, comme de coutume, qu’une farce de la Noble Confrérie des Pirates d’Ouchy. Tout comme cette date d’anniversaire du 30 mai inscrite sur la carte AVS (!) du seul monument historique flottant du canton de Vaud. «C’est encore une de nos galéjades, car on ne connaît bien sûr pas le jour exact de la naissance de notre bateau, la dernière barque à voiles latines construite sur le Léman», rigole Gérald Hagenlocher, Grand Patron de la Confrérie.

C’est à ce titre que La Vaudoise, construite en 1932 au chantier naval de Bret-Locum, sur la rive française, est devenue un joyau du patrimoine lémanique. Son propriétaire, Eloi Giroud, transporteur à Villeneuve, l’avait baptisée La Violette. Ce brick, d’une longueur de 22,65 mètres, servit encore quelques années au transport de pierres, de sable, de bois ou de gravier. Mais l’âge d’or de la marine marchande lémanique était bien terminé. La route et le chemin de fer avaient signé la mort de ces élégantes barques aux voiles en oreilles de lièvre, dont les lignes avaient été adaptées par des constructeurs navals méditerranéens pour le compte du duché de Savoie.

Si ces barques ont occasionnellement transporté des troupes pour guerroyer entre deux rives, elles étaient conçues pour le transport des marchandises. Avec un faible tirant d’eau pour pallier les basses eaux, un pont large et solide pour y empiler pierres ou stères de bois, des galeries latérales pour pousser à l’étire le bateau en l’absence de vent.

Double reconnaissance
Lamentablement échouée, La Violette est rachetée en 1948 par la Confrérie des Pirates d’Ouchy. Cette société de joyeux marins d’eau douce rebaptise son navire amiral La Vaudoise. Ses membres bénévoles cherchent des fonds pour retaper la barque et l’équiper d’un moteur diesel qui leur permettra d’échapper à l’orage ou au calme plat, ainsi que d’une cambuse bien garnie pour accueillir les passagers. Si tout n’est pas toujours refait à l’ancienne (une couche de polyester fera pourrir le pont), La Vaudoise reste, avec sa grande sœur genevoise La Neptune (1905), le seul exemplaire d’origine des barques à voiles latines. Aujourd’hui, le brick, malgré l’avènement de répliques comme La Demoiselle et La Savoie, tient une place énorme dans le cœur des Vaudois et dans le paysage lémanique. En 1979, la barque a été élevée au rang de monument historique, alors que ses pirates sont inscrits depuis l’an dernier au patrimoine immatériel du canton.

Sur les milliers de passagers transportés en huitante ans, un seul est noté comme noyé au carnet de bord. Un miracle, si l’on sait que le bateau effectue près de 160 sorties par année entre mai et septembre et participe à toutes les fêtes et parades lacustres. «En début de saison, comme au temps des bacounis, on fait encore la criée pour former les équipages», rappelle Gérald Hagenlocher, qui peut compter sur 14 patrons et 110 équipiers pour hisser les voiles.


En mer, tonnerre de Brest
La Vaudoise, véritable ambassadrice du canton, avait déjà caboté sur le lac des Quatre-Cantons. Mais, en juillet 2004, c’est le grand saut. La barque quitte ses doux rivages lémaniques pour rallier les côtes bretonnes. Elle est l’un des invités d’honneur de la Fête internationale de la mer et des marins, à Brest.

Faite pour naviguer en eau douce, l’embarcation nécessite des mois de préparation pour affronter l’océan. Il faut la rénover, la préparer pour un long voyage par la route (1257?km), la lester de 5?tonnes de plomb pour qu’elle retrouve sa bonne ligne de flottaison sur l’eau salée. L’opération de longue haleine, soutenue par sponsors et mécènes, nécessite un budget de quelque 350?000?francs, sans compter la création d’un village suisse à Brest, avec cors des Alpes et fondues, subventionné par la Confédération.

Dans le port de Brest, le «drôle de bateau suisse» fait sensation. Après une première sortie réussie en mer, avec des couinements qui ravissent son patron, Jean-Marc Bonzon, La Vaudoise vole la vedette aux plus spectaculaires des trois-mâts. Spectateurs, marins bretons et télévisions se précipitent, séduits par l’image romantique que donne la barque avec ses voiles en oreille. La Vaudoise ne fera pas piètre figure dans la régate qui voit 2000 vieux gréements s’affronter le long des côtes. Après avoir tiré des bords durant six heures de navigation, elle fait une entrée remarquée dans le port de Douarnenez.

(24 heures)

Créé: 30.05.2012, 22h24

L'essentiel

Historique La Vaudoise est la dernière barque à voiles latines construite sur le Léman

Patrimoine En 1979, la barque a été élevée au rang de monument historique 

Célébration Dès vendredi, trois jours de fête populaire au programme riche

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