Le patron de S3 sauvagement agressé

BroyePascal Jaussi est hospitalisé dans un état critique après avoir été battu et brûlé. Sa start-up de Payerne est active dans le domaine hautement stratégique des lanceurs spatiaux de satellites.

Depuis son agression le 26 août, Pascal Jaussi (ici en 2014) est toujours hospitalisé dans un état sévère. Le Patron de S3 se savait menacé pour questions de stratégie industrielle.

Depuis son agression le 26 août, Pascal Jaussi (ici en 2014) est toujours hospitalisé dans un état sévère. Le Patron de S3 se savait menacé pour questions de stratégie industrielle. Image: Jean-Paul Guinnard

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Fondateur et CEO de la firme Swiss Space Systems (S3), à Payerne, Pascal Jaussi a été retrouvé dans un état critique il y a dix jours, dans une forêt d’Aumont (FR). L’entrepreneur a été victime d’une agression particulièrement violente. Battu, puis arrosé d’un produit inflammable, il a été retrouvé grièvement brûlé à côté de sa voiture en feu. Il a été héliporté au CHUV le corps brûlé sur 25% de sa surface. Le torse, un bras, le visage et le cou sont touchés.

Durant son agression, Pascal Jaussi a également été victime d’une strangulation. Ses jours ne sont pas en danger, mais son état est jugé sévère. Père de famille, ingénieur et pilote de formation, l’entrepreneur de tout juste 40 ans est sous morphine depuis une semaine et devra sans doute subir une ou plusieurs greffes. La nouvelle n’a pas fuité plus tôt en raison de son état et de l’enquête. Que s’est-il passé et pourquoi?

Selon nos sources, Pascal Jaussi aurait vu l’un de ses agresseurs le vendredi matin, devant le siège de sa société. Il l’aurait revu l’après-midi avec un comparse. Il aurait tenté de les suivre au volant de sa voiture. L’entrepreneur est alors arrêté par les deux hommes qui le menacent avec des armes. Un des individus monte dans sa voiture et le force à rester au volant en lui ligaturant le cou depuis la banquette arrière. Le malheureux manque de perdre connaissance. L’autre individu les suit dans une berline noire.

Aspergé d'essence ou d'alcool

La voiture de Pascal Jaussi prend alors une route qui conduit dans une forêt d’Aumont. Là, il est violemment battu et aspergé d’essence ou d’alcool. A moitié inconscient, il est installé dans sa voiture par ses agresseurs qui craquent une allumette avant de s’enfuir. Les habits en feu, l’entrepreneur s’extirpe de sa voiture et trouve la force d’appeler les secours avec son portable. Il appelle aussi un ami tout proche, qui arrive juste avant les pompiers. Il est sauvé de justesse.

«Un procureur instruit cette affaire et les inspecteurs doivent encore éclaircir plusieurs points», indique la police fribourgeoise. Les infractions retenues pour l’instant portent sur des lésions corporelles graves, l’incendie intentionnel et la contrainte. «Dès l’agression, j’ai été informé des faits. Je continue à l’être. J’ai été scandalisé par les éléments dont j’ai été saisi. J’ai pensé immédiatement à Pascal Jaussi et à sa famille», a commenté à ce sujet le conseiller d’Etat Philippe Leuba, qui connaît bien S3. Qui en a voulu ainsi à la vie de son patron?

«De la folie. Du vrai James Bond!»

Depuis plusieurs mois, Pascal Jaussi se disait menacé pour des «questions industrielles». Il en avait parlé dans son entourage ainsi qu’à la police. Sa société, Swiss Space Systems, cherche à développer des lanceurs de satellites à partir de navettes spatiales. Un domaine hautement concurrentiel et stratégique impliquant des acteurs de nombreux pays, sur plusieurs continents. Derrière le slogan «Space for all», Pascal Jaussi cherche à rendre l’espace accessible au plus grand nombre avec un système de lanceurs de satellites à bas coût réutilisable. «C’est une manière de voir les choses qui détonne dans ce milieu et qui crée des inimitiés», observe un proche de la PME. Le centre de calcul de S3 avait d’ailleurs été victime d’une attaque l’an dernier, quand des inconnus avaient fracturé les locaux installés à Payerne pour inonder les serveurs informatiques avec une lance à incendie. Pascal Jaussi ne s’était pas laissé intimider.

«De par ses activités spatiales et son potentiel, S3 est classée parmi les onze entreprises les plus sensibles de Suisse, les enjeux stratégiques sont énormes, explique un des bailleurs de fonds de S3. Nous sommes effondrés et consternés par ce qui arrive. La pression était forte depuis longtemps: intimidations, lignes de téléphone sur écoute, espionnage. C’est de la folie, du vrai James Bond!»

Dans une interview accordée en avril à La Liberté, Pascal Jaussi faisait part de ses craintes. «Je pense que l’impact stratégique de S3 a été sous-estimé. Démocratiser l’accès à l’espace n’est pas une vision fortement partagée par l’industrie spatiale. Nous ne pensions pas nous attirer autant d’ennemis en nous lançant dans ce projet et nous subissons beaucoup de pressions. J’ai parfois l’impression d’être David contre Goliath. Il s’agit d’un combat quotidien.»

Activités maintenues

S3 est-elle menacée? «Cette agression lâche est très pénible, c’est un coup dur. Mais nous sommes plus déterminés que jamais à poursuivre nos activités», dit un proche de S3. L’entreprise S3 a été ouverte en 2013 à Payerne avec des dizaines de collaborateurs et de grandes ambitions (voir ci-contre). Ses activités spatiales ont été moins rapides et florissantes que prévu. En revanche, dès cet hiver, elle va commercialiser des vols «zéro G» (vols paraboliques permettant de recréer des conditions d’absence de pesanteur) dans un Airbus A340 qu’elle vient d’acquérir et qui a été présenté au public à Payerne, il y a deux mois. (24 heures)

Créé: 05.09.2016, 07h00

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Ouvrir l'espace

Ingénieur brillant et passionné, Pascal Jaussi avait créé la surprise en ouvrant en mars 2013, à Payerne, sa société qui allait «démocratiser l’espace». Avec l’appui «d’importants partenaires internationaux», Swiss Space Systems (S3) a élaboré une technologie de lancement spatial alternative aux fusées. S3 a développé une navette, véritable drone sans pilote, qui est posée sur un Airbus. L’avion fait monter la navette à 10'000 mètres d’altitude, puis celle-ci s’envole et poursuit sa route vers l’espace pour y placer des minisatellites en vol suborbital. Pilotée à distance, la navette revient ensuite sur terre et se pose sur une piste en attendant le prochain décollage. Ce qui ramène le coût d’un lancement à 10 millions de francs, quatre fois moins qu’un lancement classique. De quoi rendre l’espace nettement plus accessible qu’actuellement.

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