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Bilan

Philippe Leuba, le libéral acharné qui s’est libéré du moins d’Etat

Par Daniel Audétat. Mis à jour le 22.02.2012 2 Commentaires

Après avoir été un député agressif, le ministre s’est fait réformateur.

1/4 2007
Prestation de serment, avec Jacqueline de Quattro.

   

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Qui aurait pensé que ce magistrat, pétri de rigueur protestante, consentirait tant d’efforts pour parfaire son image? Jusqu’ici, le classicisme de ses complets bleu marine, souligné par des boutons de manchette azurés et une chevalière en or massif, suffisait à manifester son appartenance à l’aristocratie libérale de Lavaux.

Mais, inquiet de nature, Philippe Leuba, 46?ans, se sent fragile à l’approche du premier tour de l’élection du Conseil d’Etat. Rhétoricien facilement véhément, le libéral de Puidoux le sait bien: les coups portés au nom du moins d’Etat pendant sa période parlementaire (1998-2007) l’exposent à des inimitiés persistantes.

Et pas seulement à gauche, parmi les radicaux aussi. Sans doute, l’actuel ministre des Finances, l’archiradical Pascal Broulis, conserve-t-il lui-même une pointe de ressentiment envers l’ex-député batailleur. Celui-ci, en 2005, avec une poignée d’autres intransigeants de la droite, avait anéanti un projet gouvernemental de hausses d’impôts, contesté par référendum. Apôtre d’un libéralisme dogmatique, Philippe Leuba n’en était pas à son premier combat contre des propositions du centre droit.

Pères et fils

Alors, en janvier dernier, sur des doubles pages de L’Illustré, on a découvert des photos de Philippe Leuba passant Noël en prison avec Baptiste, son fils de 6?ans. L’opportunisme est moindre qu’il n’y paraît. Depuis son accession à la tête du Département cantonal de l’intérieur, en juillet 2007, le conseiller d’Etat a fait, chaque 24 décembre, une tournée des établissements de détention dont il a la charge.

Mais le service pénitentiaire, c’est aussi le drame de Skander Vogt, ce détenu mort dans sa cellule enfumée le 11 mars 2010. Pour le magistrat, la blessure a été profonde, réellement existentielle. Car lui aussi a découvert l’univers carcéral un 24 décembre, à l’âge de 13?ans. Ce Noël-là, il était au côté de son père Jean-François, à l’époque chef du même Département de l’intérieur…

Philippe Leuba a mis du temps avant de comprendre l’ampleur des confusions organisationnelles qui ont conduit au décès de Skander Vogt. Au Grand Conseil, les socialistes en ont profité pour le déstabiliser en laissant entendre qu’il manquait d’humanité. Le ministre était d’autant plus exposé aux critiques que son attitude en public est souvent empreinte de réserve, voire de rigidité.

Les ombres du cœur

A l’approche des élections, Philippe Leuba devait réagir. Des quatre candidats de la droite, lui seul mène une campagne personnalisée. Sur son site internet, on peut découvrir des facettes ignorées de sa psychologie. Un exemple, son film préféré: «Les ombres du cœur, de Richard Atten­borough, une œuvre d’une sensibilité stupéfiante…» Mais au moment d’expliquer qu’il est un autre homme que celui qu’on croit, son argument le plus percutant, c’est son bilan, plutôt consistant.

A son arrivée au Département de l’intérieur, en 2007, un domaine restait brûlant: l’asile. Les précédentes années avaient été marquées par la douloureuse crise des «523», relative au sort de requérants sans statut demeurés longtemps dans le canton. D’entente avec la Confédération, une pratique de régulation sélective avait été amorcée par le précédent chef du Département, feu Jean-Claude Mermoud.

Vu ses positions antérieures, ses détracteurs s’attendaient à ce que Philippe Leuba durcisse cette politique. Il lui a donné une forme contrastée. En résumé: «D’une part, rigueur allant jusqu’au retrait du permis de séjour pour les étrangers délinquants; d’autre part, ouverture grâce à la possibilité de régulariser à titre humanitaire les personnes faisant preuve d’une réelle volonté d’intégration.»

Bilan chiffré. Entre 2007 et 2010: 69 révocations de permis de séjour (dont 28 permis C) à la suite de crimes graves. Entre 2008 et 2011: 708 expulsions d’étrangers à la suite d’une condamnation pénale. Entre 2007 et 2011: 866 demandes à la Confédération pour l’attribution de permis humanitaires, avec 88 refus, d’où un taux d’acceptation de 90%.

En quête d’équilibres

Deux dossiers ont contraint Philippe Leuba à surmonter son caractère farouche pour aller à la rencontre des Vaudois: la politique carcérale et les relations avec les communes.

Sur ces voies, son début de législature a été marqué par une première victoire. Il est parvenu à convaincre les habitants de Palézieux de voter (juillet 2010) en faveur du centre de détention pour mineur qui sera ouvert en 2013. Quant au reste du Service pénitentiaire, après avoir été «stabilisé», il est désormais dans une dynamique de reconstruction, au propre comme au figuré.

D’autres points étonnent. Le ministre libéral a fait œuvre de persuasion pour encourager les communes à fusionner. Pour un fédéraliste voué au culte de l’autonomie communale, ça n’allait pas de soi. Le résultat est là. Dans un canton jusqu’ici rétif à une telle dynamique, les communes étaient 378 au début de la législature. Au 1er janvier 2012, leur nombre était tombé à 326. Problème tout de même, l’élu de Lavaux a délaissé les agglomérations où se joue l’avenir du canton.

Au final, depuis 2007, c’est son Département qui, en proportion, a crû le plus fortement, en postes et au budget, avec la réalisation d’autres réformes. Comme celle du ministère public (Codex) ou de l’Office du tuteur général. Pas mal pour un anti-étatiste…

C’est dire que Philippe Leuba a su intégrer la collégialité que cultive le gouvernement vaudois, alors que beaucoup prédisaient qu’il en serait le trublion. De lui, on peut dire: l’homme d’Etat s’est trouvé. Mais peut-être l’homme public se cherche-t-il encore… (24 heures)

Créé: 22.02.2012, 22h51

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2 Commentaires

Langue de bois

22.02.2012, 23:55 Heures
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POUR moi , ce Conseiller d' Etat peut paraître au premier abord, froid et distant, mais je crois qu'il demontre peut être une certaine rigueur de part sa fonction . Mais du côté de son bilan, je trouve qu'il a passablement travaillé pour la fusion des certaines communes, mis un peu d'ordre au SP et réglé les cas de sans papiers sans compter d'autres tâches. Je voterai pour sa réélection . Répondre


Pedro Bandeira

29.02.2012, 13:45 Heures
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"L’homme d’Etat s’est trouvé."; "Pas mal pour un anti-étatiste". Mon oeil! L'homme s'est vendu, il a trahi ses principes libéraux, c'est tout. Bref, il a embrassé avec gourmandise le parasitisme étatique, maintenant qu'il fait partie de la Mafia cantonale. Rien de bien étonnant, rien de bien noble. Et le journaliste, avec son ton léche-bottes, montre bien que ce retournement de veste lui plaît.. Répondre




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