Arrestations
Un réseau de Roms visait Lausanne depuis Annemasse
Par Philippe Maspoli. Mis à jour le 20.06.2012
A Nyon, la tolérance s’effrite
«Bonjour Madame», lance de sa voix suave le mendiant Costicà. Chaque matin, depuis l’automne dernier, ce Rom s’assied sur le pavé face au magasin Denner de Nyon avec sa petite pancarte. Il viendrait de Barbulesti, ce?village roumain où sont basés les patrons du réseau démantelé. «Mais nous, on n’a pas de chef. L’argent que je récolte, c’est pour faire manger mes quatre enfants qui sont restés en Roumanie», affirme avec ses maigres mots de français ce mendiant professionnel.
Car Costicà est débarqué chaque matin, comme six à huit autres de ses congénères, par une voiture venant de France voisine. Hommes et femmes vont alors se poster vers les horodateurs de parking, à la gare ou près des commerces. «Quand ils voient les policiers, ils viennent se réfugier au magasin en faisant semblant d’acheter quelque chose», raconte l’apprenti-gérant du magasin Denner. Frontalier, ce dernier habite justement à Gaillard, près d’Annemasse, où il voit ces Roms passer la nuit dans de gros fourgons.
Comme les autres, le petit groupe qui vient à Nyon a été raflé par les CRS. «Mais on a été contrôlés et relâchés», affirme Costicà en montrant son passeport roumain. «Un jour, quand il gelait à pierre fendre, je lui ai filé 10?francs pour qu’il se mette à l’abri au bistrot, raconte le concierge d’un immeuble voisin. Mais il est resté en place. Alors je ne donne plus d’argent, car il va probablement à une bande.»
Mais la police municipale n’a pas la preuve que ces Roms font partie d’un réseau mafieux. «Jusqu’à présent, les Nyonnais, surtout les personnes âgées, se plaignent de la gêne que suscitent ces mendiants, pas de leurs éventuelles activités délictueuses», constate James Lacroix, à la police municipale. Reste que leur présence commence à peser. Ce qui motivera le conseiller communal PLR Maurice Gay à saisir la Municipalité, cet automne, pour qu’elle mette un frein à cette mendicité par métier.
(Texte: M.S.)
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Le nom du commissaire principal d’Annemasse (France), Philippe Guffon, commence à être connu en Suisse romande. Mardi, il a annoncé le démantèlement d’un réseau d’une cinquantaine de Roms installé principalement à Gaillard, près de la frontière genevoise. L’événement ne manquera pas de s’inviter dans le débat politique des villes romandes, où l’existence de telles organisations sert d’argument en faveur de l’interdiction de la mendicité. Dans les rangs de la gauche, en revanche, la présence de tels réseaux au fonctionnement mafieux est souvent présentée comme un mythe. Pour la première fois dans notre région, une autorité policière affirme le contraire avec de sérieux indices en mains.
Système hiérarchisé
«Nous sommes en train d’établir l’existence d’un réseau important de cinquante à soixante?personnes, un groupe homogène venant du même village en Roumanie, avec manifestement des responsables et des petites mains», déclare Philippe Guffon. Après une enquête de plusieurs mois, les policiers français ont réuni des informations prouvant que le groupe n’a pas restreint ses activités à la région genevoise, qui reste néanmoins son centre d’attraction principal, à 80%.
Plusieurs membres passaient leurs journées à Lausanne et à Aigle, mais aussi ailleurs en Suisse romande, à Neuchâtel par exemple. Et des villes comme Nyon ou Morges? «Nous n’avons pas enregistré de traces d’activités dans ces lieux, mais cela peut être dû au fait que nous n’avons pas fait les vérifications», relève le commissaire.
Si les enquêteurs sont certains d’avoir affaire à un réseau, c’est en raison du fonctionnement hiérarchisé de ce groupe. Ses membres viennent tous de Barbulesti, à une soixantaine de kilomètres au Nord-Est de la capitale roumaine, Bucarest. Là, se trouvent les deux «patrons». Sous leurs ordres à Annemasse, ils avaient neuf chefs, placés en garde à vue entre mardi et mercredi: «Ils ont entre 30 et 35?ans, ils sont costauds, bien habillés et ils ont des voitures. Ils organisent les activités et envoient les gens récolter de l’argent», explique Philippe Guffon. Ils sont désormais poursuivis pour «traite d’êtres humains».
Transferts de fonds
Les sommes en jeu sont importantes. Les petites mains devaient remettre à leurs chefs entre 80% et 90% de leurs gains, provenant de la mendicité, d’arnaques à la bague ou à la fausse collecte en faveur de handicapés, parfois aussi de vols. D’importants montants partaient en Roumanie.
Les policiers, aidés par un officier roumain et par des interprètes, ont ainsi prouvé que les chefs avaient envoyé 130?000?francs sur une année en utilisant des organismes de transferts de fonds. «C’est sans compter le cash transporté en voiture. Avec des sommes pareilles, on imagine la puissance des deux patrons dans un pays où le salaire moyen est de 200?euros (240?francs) par mois», souligne le commissaire. A Annemasse, la loi du silence régnait sur le groupe. Personne ne s’est révolté: les revenus, malgré la forte taxation par les chefs, restaient élevés par rapport à la situation en Roumanie.
«Clans familiaux»
Peut-on dire que la cinquantaine de Roms qui stationnent à Lausanne est proche de ce réseau? Selon les renseignements de la police lausannoise, il est plutôt question de petits clans familiaux, «sans lien avec des réseaux mafieux», précise Jean-Philippe Pittet, porte-parole. Les villages d’origine ne sont pas les?mêmes, puisqu’ils sont situés dans les régions de Sibiu, au centre de la Roumanie, et d’Alba, en Transylvanie. Il y a un an toutefois, 24?heures avait rencontré une famille en provenance d’Urziceni, à 2?kilomètres de Barbulesti, le village du réseau basé à Annemasse.
Un rapport remis en mai dernier par l’Ecole d’études sociales et pédagogiques, à Lausanne, affirme que «la mendicité est peu organisée». Les auteurs précisent toutefois que trois de leurs interlocuteurs, vingt-trois?Roms et vingt-cinq?professionnels du social, «ont une vision différente de cette question et parlent de réseaux». La police cantonale n’est pas surprise d’apprendre qu’Annemasse est le centre de l’affaire: «Les Roms qui viennent dans notre pays sont souvent basés dans des camps en France voisine», rappelle Philippe Jaton , porte-parole. (24 heures)
Créé: 20.06.2012, 22h30
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