Sport extrême
Du glacier des Diablerets à Derborence par la voie des airs
Par Anne Rey-Mermet. Mis à jour le 10.08.2012
En trois mots
Le nom Le basejump est une discipline du parachutisme qui consiste à sauter depuis des objets fixes. Son nom est un acronyme de termes anglais: Building, Antenna, Span (travée d'un pont), Earth.
L'origine Avec son saut en 1978 depuis El Capitan, site d'escalade de la vallée de Yosemite (Etats-Unis), l'américain Carl Boenish est considéré comme le père du basejump.
La wingsuit Créée à la fin des années 1990, la wingsuit (littéralement la «combinaison ailée») est une combinaison munie de triangles de tissu comblant les espaces entre les bras et le corps, ainsi qu'entre les jambes des parachutistes. Elle permet de parcourir de plus longues distances à l'horizontale.
Un sport à risque
Même s'il est possible de limiter les dangers, le basejump reste tout de même un sport à risque. Le Bureau de prévention des accidents (BPA) déconseille fortement de le pratiquer et les assurances le considèrent comme «une entreprise téméraire». Depuis 2001, le BPA a recensé 36 accidents mortels dans tout le pays. A titre de comparaison, le même bureau a dénombré 54 accidents fatals en escalade entre 2000 et 2010.
Il n'existe pas de licence pour le basejump en Suisse, impossible donc de comptabiliser le nombre d'adeptes. Il est cependant possible de se former à ce sport avec des instructeurs. De très nombreux saut en parachute "classique" sont conseillés avant de se lancer dans la basejump.
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Le «A tout l’heure» lâché à quelques secondes du saut se veut peut-être désinvolte, la tension est pourtant presque palpable. Un bref regard vers le bas, puis l’un vers l’autre. «… Ready, set, go…» Perchés au pied de la Quille du Diable et vêtus de wingsuit, Guillaume et David sautent, direction Derborence. La chute est vertigineuse: 1400 mètres de dénivelé et aucun droit à l’erreur. Car si le basejump fait la une des journaux c’est bien plus à cause d’accidents – aussi fatals que spectaculaires – que pour raconter la passion de ceux qui le pratiquent.
«Quand on fait un saut en montagne, c’est un tout: on passe une belle journée dans la nature avec des amis, on découvre de nouveaux endroits.» Enthousiaste et passionné, Guillaume Beck, 25 ans, n’a rien d’une morbide tête brûlée. Ce jeune Vaudois en quête d'un emploi pratique assidûment le basejump depuis deux ans (120 sauts), et le parachutisme depuis sept ans. En ce mercredi ensoleillé, il se rend au pied de la Quille du Diable (aux Diablerets) avec son ami David Bugnion, étudiant en économie de 25 ans, 200 sauts au compteur et une solide formation de parachutiste. Leur objectif, donc: sauter de la Quille du Diable et atterrir à Derborence (VS), en contrebas.
Pendant la brève marche d’approche, on profite du panorama alpin époustouflant qui nous entoure: Alpes valaisannes en face, Alpes vaudoises tout autour, la vue vaut assurément le coup d’œil. A ce moment-là, rien ne garantit que les deux compères pourront s’élancer. La force du vent, l’un des facteurs déterminants, doit en effet être vérifiée sur les lieux.
Pas superstitieux, les deux jeunes Vaudois ne rechignent pas à parler d’accident et de sécurité en général avant le grand saut. «Le basejump est considéré comme un sport extrême, mais il y a autant de manières de gérer les risques que de basejumpers. Chacun pose ses propres limites», estime l’étudiant en économie. Et la mort dans tout ça? «On y pense surtout quand il y a des accidents, d’autant plus si la victime est une connaissance. Le risque zéro n’existe pas, mais on peut limiter le danger», juge son ami. En se préparant, en se maintenant en forme (physique et mentale) ou encore en accumulant de l’expérience.
Concentration extrême
Une fois arrivés sur place, les différentes vérifications effectuées et l’équipement déballé, le ton badin cède la place au sérieux. «Dès que nous commençons à nous équiper, nous vérifions mentalement si tout est en ordre», explique David Bugnion. Le changement est flagrant: les visages se ferment, le volume sonore passe de l’éclat de rire au chuchotement.
Vêtus de leur wingsuit (lire encadré), les deux amis s’approchent du bord de l’impressionnante falaise qui surplombe Derborence, 1400 m plus bas. Le repect du danger, la peur presque, sont bien présents, même avec les deux pieds encore bien campés sur la terre ferme. «Sans mon parachute dans le dos, je n’aime pas m'approcher trop du bord de la falaise» avoue Guillaume Beck.
A ses côtés, David Bugnion égrène le compte à rebours et s’élance, suivi quelques secondes plus tard par son compagnon. Même en tant que simple spectateur, voir quelqu’un disparaître dans le vide apporte son lot d’émotions fortes. Harnaché à la falaise, on suit du regard ce «long vol» d’environ une minute trente, fébrile jusqu’à l’ouverture des parachutes.
Le pliage, plus grande des sécurités
Mais un saut réussi ne s’arrête pas à l’atterrissage. Passée l’euphorie de l’atterrissage, il faut encore plier la voile. Là encore, pas droit à l’erreur. Cette étape fait partie intégrante de la préparation du saut suivant, de nombreux accidents étant dus à un mauvais pliage.
Une trentaine de minutes plus tard (un parachute classique demande moitié moins de temps), le duo reprend la route. Dès que possible, ils affronteront à nouveau le vide. Et Guillaume de ponctuer:«Tant que je prendrai du plaisir tout en gérant les risques, je continuerai.»
(24 heures)Créé: 10.08.2012, 12h35
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