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Procès civil à Vevey

L’argent douteux ne fait pas fuir la Croix-Rouge

Par Philippe Maspoli. Mis à jour le 05.06.2012 5 Commentaires

Il reste 3,7 millions de francs d’une affaire niçoise marquée par un assassinat. Des associations suisses pourraient bientôt en hériter.

Décembre 2006, au marché de Nice: 
le Lausannois Marc-Olivier Buffat aux côtés de Renée Le Roux, dont la fille, Agnès, a été assassinée en 1977.

Décembre 2006, au marché de Nice: le Lausannois Marc-Olivier Buffat aux côtés de Renée Le Roux, dont la fille, Agnès, a été assassinée en 1977.
Image: ANAÏS BROCHIERO/MAX PPP

Méli-mélo juridique entre la Suisse et la France

L’audience civile veveysanne, qui porte sur une saga judiciaire pour le moins inhabituelle, sera forcément exceptionnelle. En effet, relève Me Marc-Olivier Buffat, le droit français pourra s’appliquer. Cela explique pourquoi la procédure ne se déroule pas à la Cour civile du Tribunal cantonal, comme c’est le cas en principe pour les litiges portant sur des sommes supérieures à 100?000?francs.

«Dès lors que le droit français est applicable, le Tribunal d’arrondissement est compétent, quelle que soit la valeur litigieuse. Et c’est plus précisément celui de l’Est vaudois, puisque l’argent est déposé à Vevey. La procédure est plus simple, le juge peut pêcher ce qu’il veut», explique Me Buffat.

Mais ce n’est pas sans conséquence. Par exemple, en droit français, l’achat de voix d’une société est illicite. Pour les défenseurs de feu Jean-Dominique Fratoni, c’est gênant. Mais ils peuvent invoquer le droit suisse, qui ne condamne pas ce genre de transaction. Ils souligneront alors que la convention avec Agnès Le Roux portait sur des actions que le Corse n’a jamais obtenues.

Me Buffat est prêt à contrer ce scénario: «Je montrerai que Jean-Dominique Fratoni avait, de fait, repris la gestion du casino de la famille Le Roux», affirme-t-il. Le Tribunal de Vevey réussira-t-il à donner une conclusion à cette affaire? On peut s’attendre à n’importe quel rebondissement.

En avril 2011, un ancien truand marseillais a affirmé connaître le «vrai» assassin d’Agnès Le Roux. Selon?lui, ce n’était pas Agnelet… Mais ce dernier est toujours en prison.

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Un corps jamais retrouvé, la guerre des casinos avec la mafia en arrière-fond, un homme acquitté puis condamné à 20?ans de réclusion criminelle pour assassinat… Cette incroyable saga judiciaire commencée en 1977 à Nice pourrait connaître un rebondissement, trente-cinq ans après, du côté de Vevey. C’est bien sur la Riviera vaudoise que devrait se jouer à la fin de ce mois le sort de 3,7 millions de francs liés à cette sulfureuse affaire. Ils y avaient été déposés à l’époque à la SBS, devenue ensuite UBS par fusion.

Fait étonnant, selon le résultat de l’audience civile qui se déroulera du 25 au 27 juin au Tribunal d’arrondissement de l’Est vaudois, la Croix-Rouge suisse pourrait hériter d’une partie du magot, 60%, selon le testament. La Fondation Recherche suisse contre le cancer est aussi mentionnée, à raison de 20%, comme Médecins sans frontières, qui a préféré se retirer.

Curieux testament

D’où est venue l’idée de remettre les 3,7 millions de francs à des organisations humanitaires? D’un affairiste corse du nom de Jean-Dominique Fratoni, souvent cité dans les médias français pour ses liens avec la mafia italienne. Dans les années 1970, il avait fait main basse sur la vie nocturne de Nice avec l’appui du maire Jacques Médecin. Il avait versé cet argent à Agnès Le?Roux, membre de la famille propriétaire d’un grand casino niçois, pour qu’elle trahisse les siens et permette au Corse de prendre le contrôle de l’affaire. Agnès Le?Roux a ensuite disparu à la Toussaint 1977. Elle n’a plus donné signe de vie et son corps n’a jamais été retrouvé.

Fratoni a fini sa vie en Suisse. Il est décédé d’un cancer à Lugano en 1994. Il estimait avoir des droits sur l’argent versé à Agnès car, selon lui, la jeune femme, alors âgée de 29?ans, n’aurait pas rempli son contrat. Certes, elle avait voté en sa faveur, mais il attendait aussi des parts du casino, le Palais de la Méditerranée, qu’elle ne lui a pas remises. Même s’il n’est plus en possession de la somme, il l’a inscrite sur son testament en faveur de trois associations humanitaires suisses. «Elles se bouchent le nez alors que c’est le produit d’un crime», lance l’avocat lausannois Marc-Olivier Buffat, défenseur de la famille Le?Roux, qui estime que l’argent doit lui revenir. En réalité, Médecins sans frontières a refusé cet étrange héritage en 2005. «Ces fonds ont une origine douteuse qu’on ne peut ignorer. Cela ne correspond pas à notre politique d’acceptation des dons», déclare Laurent Sauveur, directeur de la communication et de la recherche de fonds.

La Croix-Rouge, en revanche –?qui pourrait hériter de 1,5 million de francs net, selon ses estimations – se dit prête à accepter l’argent: «Si un tribunal suisse décide que les droits de la Croix-Rouge suisse sur les fonds en question sont justifiés, elle s’estime parfaitement légitimée à en prendre possession», déclare Beat Wagner, chef du Service de communication. La Recherche suisse contre le cancer adopte un point de vue identique: «Nous acceptons l’héritage si un tribunal donne son approbation. Ce n’est pas à nous de juger», déclare Rolf Marti, directeur.

Ex-amant dans la course

Un autre personnage s’invite dans cet étrange et funèbre ballet judiciaire: Jean-Maurice Agnelet, un ancien avocat qui fut l’amant d’Agnès Le Roux. Il a servi d’intermédiaire entre Fratoni et la jeune femme lorsque le premier a acheté la trahison de la seconde. Et surtout, il a été condamné à 20?ans de réclusion criminelle en 2008 pour l’assassinat d’Agnès. En décembre 2006, la Cour d’assises de Nice l’avait pourtant acquitté! Le septuagénaire, qui avait placé l’argent à Vevey, a toujours clamé son innocence et s’est adressé à la Cour européenne des droits de l’homme. Il affirme se trouver au bénéfice d’une donation de son amante disparue.

«Dès lors que la justice française a reconnu l’assassinat, je vois mal que l’argent lui revienne», affirme Me Marc-Olivier Buffat. Le représentant à Lausanne de Jean-Maurice Agnelet, Me Pierre Mathyier, défend un autre point de vue: «Fratoni a été condamné pour avoir acheté le vote d’Agnès en 1977 et Agnelet a été jugé complice. La famille Le Roux ne peut pas réclamer de l’argent obtenu de manière illicite, selon le droit français.» (24 heures)

Créé: 05.06.2012, 07h21

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5 Commentaires

Jean-François Chappuis

05.06.2012, 09:46 Heures
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Je ne suis nullement surpris, car l'argent n'a pas d'odeur ! Répondre



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