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Témoignage

«Le soutien de ma famille et de mes amis m’a sauvé »

Par Hélène Isoz. Mis à jour le 27.10.2012 3 Commentaires

Il y a un an, Alexandre Debons a perdu sa petite fille et sa femme dans l’explosion d’un immeuble à Yverdon. Aujourd’hui, il vit pour leur faire honneur.

1/2 S'il dépose une fleur devant le bâtiment où a eu lieu l'explosion, Alexandre peine à lever la tête pour regarder en haut.
Odile Meylan

   

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«Inimaginable.» «Impensable», lâche Alexandre Debons, tout en agitant sa jambe droite sous la table. Attablé dans un bistrot d’Yverdon-les-Bains, le jeune homme revit cette journée du 25 octobre 2011. Même si ses mots sont aujourd’hui teintés d’espoir, ses yeux restent sombres. Son regard d’encre touche au cœur. Il y a une année, l’homme, âgé de 28 ans, a perdu sa petite Odyssea (5 ans) et sa compagne, Yassouda, dans l’explosion de l’immeuble de la rue de Neuchâtel 39, à Yverdon. Quelques mois après le décès de sa maman: «Mais, au moins, pour ce départ-là, j’en connaissais la cause. C’est son cœur qui s’est arrêté de battre. J’ai donc pu faire mon deuil.» Aujourd’hui, Alexandre Debons dit vivre au jour le jour. «Je n’arrive plus à penser au lendemain.»

Il y a une année, Yassouda, d’origine indienne, adoptée lorsqu’elle était toute petite et avec qui il était en couple depuis six ans, l’appelle à son travail parce qu’elle sent une odeur de gaz dans l’appartement. Alexandre Debons lui conseille d’ouvrir la fenêtre. Il n’est pas inquiet: l’appartement n’est pas raccordé au gaz. Il est environ midi et demi ce mardi 25 octobre. Une heure plus tard, une déflagration d’une violence inouïe ravage l’habitation. Alerté par un ami qui vit dans le voisinage, Alexandre se rend immédiatement sur place. La scène est indescriptible. L’immense immeuble au cœur d’Yverdon est éventré. Le bâtiment voisin est également endommagé. Plus d’une trentaine de foyers devront être relogés. La police confirme l’identité des deux victimes retrouvées dans les décombres. «J’étais anéanti», lâche-t-il en se frottant le visage.

Rester à Yverdon

Peu de temps après, Alexandre Debons trouve du réconfort et un lit chez un ami d’enfance yverdonnois, Valentin. Pour Alexandre, c’était important de rester vivre à Yverdon, où il a passé pratiquement toute sa vie. Aujourd’hui, il a toujours sa chambre chez son ami. Lorsqu’il a le blues, il peut compter sur sa famille. Notamment sur ses «cinq frères et une sœur». Une fratrie issue d’une famille recomposée. «Ils savent comment je fonctionne… Sans eux, je ne serais certainement plus là aujourd’hui.» Aux Ateliers industriels CFF d’Yverdon, où il travaillait temporairement lorsque le drame s’est produit, ses collègues ont été un autre soutien: «Ils ont été très présents. Je me souviendrai toujours de la remarque de l’un d’eux. Il m’a dit: lorsque la vie te tourne le dos, touche-lui le c.., elle se retournera.» Le grand gaillard lève soudain la tête et se met à rire. Puis son visage s’illumine complètement: de l’autre côté de la vitre du café, il aperçoit l’un de ses amis, accompagné de son jeune fils. Le grand bonhomme s’excuse: il en a pour deux minutes. Il reviendra cinq bonnes minutes plus tard: «J’en ai profité pour fumer une cigarette. Ça, vous voyez, ça me fait du bien: voir un ami qui construit une famille. C’est du positif.»

Penser à la vie alors que la mort vous colle aux basques: «J’ai toujours mes moments de blues. Il ne se passe pas une demi-journée sans que je pense à ma femme et à ma fille. Mais je dois avancer. Pour les honorer. Là-haut, elles ne seraient pas contentes si je perdais la tête ou si je mettais fin à mes jours. La vie est un privilège.»

"Digne de leurs engagements"

Plus détendu, Alexandre Debons a fini son café et s’adosse maintenant au mur. «Ma mère m’a porté durant neuf mois. Elle m’a élevé durant vingt ans. En étant présents à mes côtés, mes amis et ma famille me témoignent du respect. Je dois être digne de leurs engagements.» Si cet homme parle aussi positivement, n’a-t-il pas parfois un sentiment de révolte? «D’autres vivent pire, répond-il immédiatement. Juste après l’accident, j’ai fait la connaissance d’un Yougoslave. Toute sa famille avait été fusillée. Il est venu en Suisse tout seul. Il a recommencé sa vie.» Le jeune homme, dans sa veste brune un peu trop grande pour lui, respire: «Avant, regarder les tragédies au téléjournal ne me touchait absolument pas. Je m’en foutais. Aujourd’hui, je pense que je respecte beaucoup plus les autres gens. Je ne dois pas m’apitoyer sur mon sort.» Pour aller de l’avant, l’Yverdonnois explique qu’il s’occupe «un maximum». Il va au cinéma, boit des verres avec ses amis ou ses frères. Il est aussi devenu membre d’un club de tuning, «suite à l’invitation d’un ami qui pensait que cela me ferait du bien». Il retape donc maintenant sa vieille Polo G40, la voiture dans laquelle reste toujours le siège enfant de sa petite Odyssea. «Refaire cette auto est un but parmi d’autres, enchaîne-t-il aussitôt. Avoir plein de petits objectifs m’occupe l’esprit.»

Causes inconnues

Une année après le drame, il n’a évidemment pas fait son deuil. Il en sera ainsi tant qu’il ne comprendra pas ce qui s’est passé ce jour-là. Si l’on sait aujourd’hui que cette terrible explosion est due à un écoulement de gaz naturel qui s’est infiltré dans des conduites désaffectées, le rapport d’expertise n’est pas définitif. Et l’enquête n’est pas terminée, relève Alexandre Debons, qui a porté plainte contre X. Mais il ne peut pas en dire plus. «Je ne veux pas commenter quoi que ce soit sans l’accord de mon avocat. Je ne voudrais pas dire de bêtises.» Quelques minutes plus tard, il se montre tout aussi réticent lorsqu’il s’agit de négocier une éventuelle photo de lui aujourd’hui. Le traumatisme est palpable. «Je ne cherche pas à être en première page du journal. Je n’ai pas besoin de ça. Gérer les commentaires de gens qui vous reconnaissent au magasin, dans la rue, au restaurant a été très difficile. On me dévisageait tout le temps. Me demandant tout le temps comme j’allais. Comment pouvais-je aller après ça? Pour qu’on me laisse tranquille, j’ai même dû sortir sur Genève.» Il acceptera finalement. Il souhaite qu’on le voie déposer une rose devant l’immeuble de la rue de Neuchâtel. Il veut ainsi rendre hommage à ses deux femmes.

Un retour difficile

Devant les bouquets de fleurs, les dessins et autres témoignages de sympathie qui se sont amoncelés au pied du bâtiment encore en travaux, Alexandre Debons peine à lever la tête: «Je n’arrive toujours pas à passer devant cet immeuble et à le regarder en face. Pourtant je passe souvent par-là car j’ai un ami qui habite au numéro 41… Jamais je n’oublierai cette histoire. Est-ce qu’un jour j’aurai à nouveau des enfants, est-ce que j’arriverai à aimer autant que j’ai aimé? Je n’en sais rien. Mais tout ce que je veux maintenant, c’est m’en sortir. Continuer ma vie.» (24 heures)

Créé: 27.10.2012, 09h15

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3 Commentaires

Françoise Dubied

27.10.2012, 17:56 Heures
Signaler un abus 26 Recommandation 0

Bravo à ce jeune homme qui a perdu sa famille et qui veut continuer à vivre. Je lui souhaite de pouvoir reconstruire sa vie et retrouver un bonheur qu'il a bien mérité. Répondre


georges cornu

27.10.2012, 16:34 Heures
Signaler un abus 14 Recommandation 6

Plus d'une année pour définir les responsabilités ça fait beaucoup. Cela signifie que dans toute la chaîne des responsables on cherche le maillon le plus faible pour lui mettre tous les tords. Répondre



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