Travail
Leur bureau, c’est le bistrot
Par Yseult Théraulaz . Mis à jour le 15.02.2012 3 Commentaires
A quoi bon avoir une pièce de plus à la maison pour y aménager un espace de travail ou se rendre au bureau tous les jours quand les cafés du coin peuvent faire l’affaire. Car, en dehors des heures de repas, les restaurants aux salles lumineuses et aux chaises confortables sont occupés par des travailleurs que l’on reconnaît facilement à leur ordinateur portable branché dans une des prises de l’établissement.
Parfois seuls à bûcher sur un projet, ils peuvent aussi se regrouper pour une véritable réunion autour d’un cappuccino fumant. Tout cela grâce à la connexion wi-fi offerte désormais gratuitement dans la plupart des bistrots. «Nous avons pas mal de gens qui viennent travailler ici le matin, explique Katia Fernandez, propriétaire, avec son mari, du Café des Avenues, à Lausanne. Lorsque nous avons fait les travaux de rénovation, nous avons d’ailleurs rajouté des prises le long des murs pour que les clients puissent se brancher.»
Une attention appréciée par Olivier Delémont, professeur associé à l’UNIL: «J’ai congé aujourd’hui, mais j’ai quelques affaires à régler avant de partir en vacances. Je ne veux pas aller au bureau pour ne pas être dérangé par les téléphones et je ne peux pas bosser tranquillement depuis chez moi car j’ai un enfant de 6?mois à la maison.» Le trentenaire s’installe donc confortablement et sirote un thé tout en consultant des documents sur son ordinateur portable. Il reste facilement deux, trois heures sur place.
Présence bienvenue
Une clientèle qui squatte des tables longtemps, mais qui ne semble pas gêner les restaurateurs interrogés. «Il est vrai que les clients de ce type consomment peu, mais leur présence attire du monde dans les périodes calmes, explique Bertrand Tessier, gérant de l’Etoile Blanche, à Lausanne. Pour nous, avoir du wi-fi est primordial. Les gens le savent et beaucoup de jeunes viennent pour ça.»
Ces travailleurs des heures creuses reviennent souvent le soir pour un apéro ou un repas. «J’aime bien venir ici entre deux rendez-vous, explique Jean-Michel Philippe, commercial. Le bruit de fond ne me dérange pas, d’autant que, dans un bureau, il y a aussi le bruit et les interruptions des collègues. Mais je ne suis pas là pour squatter, s’il y a du monde, je laisse ma place.» Quand l’heure du service du repas approche, ces «sans bureau fixe» jouent le jeu et libèrent les tables pour la clientèle venue se restaurer.
Un problème qui ne se présente pas au Starbucks, où une table sur deux était occupée par des ordinateurs portables lors de notre passage. «Je travaille à Genève et je voulais éviter d’y aller aujourd’hui, explique Jérémie Lefebvre, chercheur à la Faculté de médecine de Genève. Je viens d’arriver du Québec et j’avais l’habitude de travailler dans les Starbucks là-bas.»
Même son de cloche pour Ulrika Lindell, qui travaille dans la communication. La jeune Suédoise a vécu longtemps au Canada et sait que dans les succursales de la chaîne américaine de café elle peut rester de longues heures sans être dérangée. «J’aime le confort des sièges et l’atmosphère cosy qui règne ici.» Ce qui ne manque pas de réjouir Cédric Foucteau, gérant des Starbucks lausannois: «Le matin, nous avons beaucoup de femmes et d’hommes d’affaires qui viennent ici pour faire leurs réunions de bureau. Ils consomment beaucoup. L’après-midi, ce sont plutôt des adolescents qui se connectent sur Facebook et Twitter.»
Les étudiants viennent aussi réviser leurs cours. Pour Mika Baret, étudiante israélienne, le café est un lieu où elle peut se plonger totalement dans ses préparations d’examens sans être interrompue par ses deux jeunes enfants.
L’emplacement des Starbucks est aussi un atout pour cette clientèle laborieuse. «Mon atelier est décentré, explique Jenay Loetscher, graphiste. Quand je dois travailler sur un projet avec d’autres personnes, nous préférons nous retrouver ici.»
Sandro Pires, musicien et créateur sonore, bosse très souvent au bistrot. «J’aime qu’il y ait de la vie autour de moi quand je travaille, cela me change de la maison et me donne de l’inspiration. Je suis équipé d’un très bon casque qui me permet d’écouter tranquillement mes créations. Mais je ne peux pas tout faire dans un bistrot. Tout ce qui est technique, je ne le fais pas ici», précise l’artiste installé au Coccinelle Café, à Lausanne.
Après et pendant le sport
Les nouveaux cafés bobos pour trentenaires sont très accueillants envers ce nouveau type de clientèle. Certains établissements vont jusqu’à proposer un coin salon où ces consommateurs particuliers peuvent se déplacer pendant les heures de repas. Mais des endroits plus insolites se mettent aussi au wi-fi. C’est le cas du restaurant de la piscine de Mon-Repos par exemple. La connexion sans fil vient d’y être installée, permettant aux nageurs de bosser un peu après l’entraînement. Même chose à l’Equilibre Fitness de Lausanne. Les sportifs peuvent désormais y relever leurs courriels tout en pédalant.
Sans remplacer totalement un vrai bureau, les restaurants sont en train de devenir des satellites de ce dernier. Avec internet, Skype et un téléphone portable, on peut y travailler aussi bien que dans un local ad hoc, service hôtelier en plus.
Le wi-fi pour fidéliser
Pour Frédéric Haenni, président de GastroVaud, le wi-fi n’est pas fondamentalement indispensable pour la survie d’un établissement. «C’est un service supplémentaire inclus dans les prestations, au même titre que les journaux ou les sanitaires. Une personne qui a l’habitude de venir dans un bistrot pour boire un café et lire le journal risque de ne pas revenir si, à plusieurs reprises, il ne trouve pas son quotidien. Même constat avec le wi-fi, ce dernier permet une fidélisation de la clientèle.»
Mais le wi-fi peut-il nuire aux établissements? «Oui et non, c’est un phénomène de mode. Cela peut amener un peu plus d’animation dans un restaurant de quartier, mais ce n’est pas idéal dans une salle à manger. Surtout aux heures des repas. Par ailleurs, cela peut nuire à la convivialité d’un établissement. Lorsque deux ou trois ordinateurs sont allumés, les conversations directes entre clients sont limitées.» (24 heures)
Créé: 15.02.2012, 07h23
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3 Commentaires
Elle reste de longues heures, mais sans rien consommer à voir sur la photo, la table est vide... Répondre
Dans les Starbucks c'est vraiment nul car c'est difficile de trouver une place de libre après les heures de travail car tous les étudiants et autres avec leurs ordinateurs "squattent" les tables en prenant une consommation ou pas ! les serveurs devraient après un laps de temps leur demander de reconsommer ou de partir aux heures de pointes uniquement !!! Répondre


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