La vigne idéale de Pierre-André Jaunin est fleurie et en gobelet

ViticultureLe vigneron bio de Chexbres cultive ses 1,4 ha en gobelet. Une méthode délaissée qui, selon lui, donne de meilleurs vins

Pierre-André Jaunin laisse la «bonne» végétation envahir ses vignes. Il fauche en alternance une ligne sur deux et laisse l’herbe engraisser sa terre.

Pierre-André Jaunin laisse la «bonne» végétation envahir ses vignes. Il fauche en alternance une ligne sur deux et laisse l’herbe engraisser sa terre. Image: Patrick Martin

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Quand on est assis à la cave avec Pierre-André Jaunin, il pense qu’il devrait être à la vigne. Le vigneron de Chexbres, où sa famille est installée depuis 1458, a pourtant d’abord été caviste. «C’est que mon père, Pierre, ne savait pas vinifier, et livrait tout en vrac.» Après plusieurs années de cave chez les autres (apprentissage au Clos de la République, puis dix-huit ans chez Massy, à Epesses), il n’officie plus que dans la sienne depuis 2001. Il y élève quelque 10 000 bouteilles de quatre vins, tous bio et situés sur l’appellation Saint-Saphorin.

Mais retournons aux parchets car, en les observant, Pierre-André Jaunin a «compris que c’est à la vigne qu’on prépare le vin et pas à la cave qu’on répare ce qui y a été mal fait». Vigneron-encaveur qui fait «tout tout seul», et qui s’est fait tout seul, il croit qu’il y a «un mariage entre la vigne et celui qui la cultive». Le mariage entre Pierre-André Jaunin et ses vignes – d’abord les 8000 m2 familiaux, puis encore 6000 m2 loués – s’est fait progressivement depuis 1983. Cette année-là, le remaniement parcellaire octroie un coin ingrat, sous le village, à Pierre, tâcheron peu combatif. «On ne savait même plus le lieu-dit, on appelait ça «les jaunes», tellement c’était mal soigné et grillé au désherbant», se souvient Pierre-André.

Un artisanat, pas un business

Aujourd’hui, les parcelles «En Grinaz» sont d’un vert vivifiant: elles n’ont plus été désherbées depuis dix ans. C’est un des grands changements opérés au domaine, qui mettra en bouteilles ses premiers vins en 1987. Le premier a été de tout arracher pour «mettre en gobelet», ancienne technique de taille qui voit chaque pied de vigne indépendant et bas sur son échalas, alors que la mode était (et est encore) au guyot, méthode sur fil plus productive et mécanisable. «Je pense qu’on fait des meilleurs vins en gobelet», lâche le vigneron. Pourquoi? «Parce que je ne plante qu’une souche par mètre carré, et en attends 1 kilo de raisin, soit la moitié de ce qu’on obtient avec le guyot.»

Les effeuilles prendront aussi deux fois plus de temps. «La vigne, c’est un métier artisanal, pas un business», estime le puriste, qui fuit les caves ouvertes et croit peu à l’œnotourisme, où «on ouvre deux bouteilles pour en vendre une». Il a toutefois récemment participé au premier Salon des vins bio de Lavaux, sous l’impulsion de ses confrères, et a entrepris sa labellisation bio il y a deux ans, alors qu’il y aurait eu droit bien avant.

Quand la vigne lui laisse un répit, il préfère concevoir et fabriquer ses machines agricoles. «J’ai toujours aimé la mécanique», avoue-t-il, coupable. C’est que le bricoleur est aussi adepte et pratiquant de course de côte: une entorse à ce respect sans faille de l’homme pour la nature. « Petit, j’aimais voir les terres labourées ou en prairie. Le désherbage (ndlr: par produit chimique, qui limite les maladies de la vigne et protège la récolte), ça me faisait mal.» Là, sur les parcelles dont il tire sa «Cochère» (lire encadré), les fleurs de trèfle côtoient les dents de lion et les plantains. Sous le pied, le sol est rebondi, et chaque motte arrachée contient son lot de vers de terre. «La biodiversité montre que la terre va bien, qu’elle est aérée. L’herbe, c’est mon engrais vert.» Et pour traiter, outre les produits naturels, le vigneron se limite à 3 kg de cuivre par année. Mais il avoue: ses premiers essais ont été faits «en cachette», pour pas qu’on le traite de «cochon». «Cela fait depuis 1987 que je cherche, que je tâtonne… Au début, quand je traitais, je bâchais une souche et je regardais ce qui se passait. Ça ne donnait jamais rien!» Maintenant, le mariage de la vigne et du vigneron – qui partage aussi sa vie avec Marielle, écuyère de Delémont, et leurs trois enfants – a trouvé un bel équilibre et va sur sa 30e récolte. (24 heures)

Créé: 07.07.2017, 09h54

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Cochère et autres bateaux



Comme ses quatre Saint-Saphorin grand cru (3 blancs, 1 rouge), le petit protégé de Pierre-André Jaunin porte un nom de voile latine: la Cochère (ancien bateau de charge répandu sur le Léman).
Planté 100% en gobelet sous le village de Chexbres, ce chasselas (14 fr.) représente tout le travail accompli depuis que les Jaunin ont touché ces parcelles en 1983.
Elevé sur lie, comme les deux autres blancs, il présente un bel équilibre et un fruit gorgé de terroir.
Autre chasselas magnifique (et le 2015!), la Galiote (16 fr. 50) pousse à la frontière du Dézaley, et en offre la richesse et la robe d’exception.
Le Trinquet (13 fr.), léger en alcool (10%), est un ravigotant vin d’apéritif.
Seul rouge, également bio, le Brigantin (15 fr.) assemble, tout en subtilité, pinot, gamay et merlot.


Pierre-André Jaunin,
ch. de Chenilly 2, Chexbres

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