Et les moniales quittèrent Lausanne pour Estavayer

Histoire d'iciCe dimanche de l'Assomption, on fête les 700 ans de l'installation de religieuses dominicaines, appartenant à l'Ordre des Prêcheurs, dans un monsastère de la Vieille-Ville staviacoise.

Le couvent est situé sur un vieux rempart.

Le couvent est situé sur un vieux rempart. Image: Olvier Allenspach

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En décembre de cette année-là, un cortège de religieuses, vêtues de blanc et voilées de noir, avance hiératiquement vers des maisonnettes provisoires près des remparts de la cité catholique d’Estavayer. Plus tard, elles occuperont une bâtisse plus vaste, qui deviendra un des quinze monastères de Suisse affiliés à leur ordre, celui des prêcheurs, plus connu sous le nom d’Ordre dominicain, fondé en 1206 par le prêtre castillan Dominique de Guzman, dans le nord de l’Espagne. Ces moniales ont pour noms Jordane de Vevey, Guillemette de La Sarraz, Jeannette de l’Oche, ou Antonie de Vulliens. Leur supérieure est Sœur Béatrice de Vevey.

Sept cents ans après, leurs lointaines héritières ont pour «prieure» Sœur Monique Ribeaud, qui présidera demain, jour de l’Assomption de la Vierge, au coup d’envoi d’une semaine de cérémonies, messes, visites et conférences. Appuyées par des historiens suisses rigoureux, ces dominicaines ont contribué à la réalisation d’un livre joliment illustré qui raconte toutes les vicissitudes que vécurent leurs devancières dans cette «île de paix», rythmée de prières, d’études et de travail.

Trop exposées en ville

Revenons à cette fin de décembre 1316. Les toutes premières moniales découvraient le grand nord de la Broye au terme d’un long voyage. Auparavant, elles priaient dans un petit couvent dédié à sainte Marguerite, qu’avait fondé en 1280 un chanoine Bovon au sud-est de Lausanne, en surplomb de la rivière Vuachère et dans le quartier de Chissiez – anciennement Eschiacum, et qui deviendra plus communément celui du Trabandan. Trop isolées de la ville, elles s’exposaient à des dangers comme on en encourait au Moyen Age: brigandages, pillages, viols, etc. C’est alors qu’un chanoine Guillaume leur proposa de leur offrir sa propre maison à Estavayer, à la condition qu’il puisse continuer d’y vivre avec sa maisonnée… Délaissant à contrecœur leur séjour lausannois, les dominicaines devaient y conserver cependant, et jusqu’en 1847, un ensemble de terres, viticoles pour la plupart, régies par des tâcherons à leur service. Mais il ne restera plus rien des bâtiments conventuels initiaux. Elles parvinrent à s’adapter à la vie staviacoise, occupant peu à peu la totalité de l’édifice mis à leur disposition, qui au fil des siècles s’agrandit et se dota d’une belle église en pierre molière grâce à un prince savoyard.

Pas de concélébration

Au XVIe siècle, elles durent affronter les vents de la Réforme, la peste, une destruction du monastère, qui ne sera pleinement restauré qu’au début de l’ère des Lumières. De cette époque, elles ont retrouvé dans leurs archives «un cahier du Conseil écrit par une sœur quelque peu pipelette qui fourmille de détails truculents» et qu’elles reprennent sur leur site Internet. On y voit notamment deux sœurs regimber contre une décision du père aumônier: «Ce n’est pas dans notre tradition qu’on prenne les décisions à notre place!» Mais la tourmente renaît avec les tribulations de la Révolution française, la communauté devant accueillir des prêtres catholiques fuyant la Terreur. «Le monastère aidait matériellement les plus nécessiteux et surtout ouvrait les portes de son église pour qu’ils puissent célébrer la messe, raconte les sœurs sur leur site. À l’époque, pas de concélébration! Les messes s’enchaînaient sans interruption de 4 heures du matin à midi aux sept autels de l’église.» A la fin du XIXe siècle, la ferveur dominicaine de la communauté se raffermit, et l’on illumine l’église du couvent de ses plus beaux vitraux. Les religieuses du si vieil Ordre des prêcheurs se sentent alors disposées à franchir les caps d’une modernité plus aventureuse.


www.moniales-op.ch (24 heures)

Créé: 13.08.2016, 09h50

Les dominicaines d’Estavayer-le-Lac
Collectif
Cabédita
194 p.

Travail, prière, hôtellerie monastique et humour

Comment la communauté staviacoise, qui compte aujourd’hui une douzaine de dominicaines, a-t-elle subi les assauts de la modernité? L’événement marquant du XXe siècle fut sans doute le Concile Vatican II et son cortège de conséquences. Si la vie des moniales reste la même, tissée de travail et de prière, la forme extérieure a beaucoup changé. En ce qui concerne la vie de prière, la communauté a adapté sa liturgie au français, tout en gardant les plus belles pièces du répertoire grégorien, et a installé le chœur dans la nef, plus près de l’assemblée, profitant ainsi de la magnifique architecture de l’église.

La vie s’élargit aux dimensions des fédérations ou du service des contemplatives de Suisse romande, qui permettent aux sœurs de s’entraider et de se soutenir d’une communauté à l’autre. Elle s’étend encore aux dimensions du monde par le passage de frères et de sœurs de tous les horizons. Les liens avec l’extérieur se sont aussi intensifiés. «En témoigne notre Hôtellerie La Source: une grange du XVIIe siècle menaçait ruine, elle fut rebâtie pour recevoir des hôtes désirant se ressourcer. Elle permet d’offrir silence et prière à ceux qui le désirent.» Et de partager aussi l’humour du prêtre-écrivain Joseph Folliet (1903-1972), qu’elles aiment citer: «Bienheureux ceux qui savent rire d’eux-mêmes: ils n’ont pas fini de s’amuser.» «Bienheureux ceux qui savent distinguer une montagne d’une taupinière: il leur sera épargné bien des tracas…»

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