«Avec le pastafarisme, la vraie religion reste intime»

RécitCréée pour interdire les cours de sciences aux créationnistes, l’Eglise du Monstre de spaghetti volant a trouvé des adeptes dans le monde entier, et à Lausanne.

Les pastafaristes portent la passoire à pâtes comme symbole de leur religion.

Les pastafaristes portent la passoire à pâtes comme symbole de leur religion. Image: Odile Meylan

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

La semaine dernière, la Nouvelle-Zélande autorisait la religion pastafariste à célébrer ses propres mariages. Une victoire pour les adeptes du Monstre de spaghetti volant, qui cherchent aussi à faire autoriser le port de leur emblème religieux sur les photos d’identité.

Dans différents Etats américains, en Autriche, en République tchèque, en Australie, brièvement en Pologne, on peut donc porter une passoire à pâtes en guise de couvre-chef avant d’entrer dans le Photomaton. Et, en janvier 2016, les Pays-Bas ont reconnu le pastafarisme comme religion officielle: pas mal pour un mouvement né en 2005 au Kansas.

A Lausanne, Noémi Massard, plus connue sous son nom de blogueuse, Funambuline*, est une adepte de la première heure de cette «religion» qui a posé les pâtes et les pirates comme sacrements dans une lutte politique et scientifique.

Tout est parti, en effet, de la décision du Comité d’éducation de l’Etat du Kansas (Etats-Unis) d’autoriser l’enseignement du «dessein intelligent» à côté de la théorie de l’évolution durant les cours de sciences.

Autrement dit, les créationnistes, qui n’expliquent le monde qu’à travers la Bible, étaient mis sur pied d’égalité avec les données scientifiques. Bobby Henderson, un jeune physicien, écrit alors une lettre ouverte où il professe sa foi en un créateur universel qui aurait la forme d’un plat de spaghetti aux boulettes de viande, un Monstre de spaghetti volant qui «aurait beaucoup bu», d’où l’imperfection du monde. Pour lui, sa théorie et celle des créationnistes ont la même validité, et devraient donc être enseignées en parallèle.

«Nous n’avons rien contre la religion, contre aucune religion. Mais elles ne peuvent pas être mises sur pied d’égalité avec les recherches scientifiques», explique Funambuline. Les créationnistes, d’après elle, pervertissent la science en demandant à leurs opposants de prouver que leur théorie est fausse plutôt que de démontrer, eux, qu’elle est vraie.

Pour illustrer cette contre-vérité, Bobby Henderson a lancé un parallèle: comme il est prouvé que le nombre de pirates a beaucoup baissé ces derniers siècles alors que la température moyenne de la Terre augmentait, c’est que l’un est la cause de l’autre. C’est ainsi que les pastafaristes vénèrent également les pirates et célèbrent chaque année le Talk like a pirate’s day, «à moins qu’ils ne puissent pas». Et ils mangent des pâtes chaque vendredi, «à moins qu’ils ne puissent pas».

La Lausannoise sourit en en parlant, mais elle insiste: «Il ne faut pas y voir qu’une parodie, sinon les gens ne s’y intéresseront pas et n’iront pas se renseigner sur Internet.» Car le Web est la seule plate-forme d’évangélisation des pastafaristes, qui se connaissent peu dans la vraie vie.

«C’est la magie communautaire. Chacun, quelque part, enrichit l’ensemble, ajoute des réponses aux questions qu’on pourrait nous poser. Il y a une vraie intelligence collective de tous les participants qui ont élaboré l’ensemble de la théorie après la création initiale de Bobby Henderson.»

Pirates contre réchauffement

Chez eux, le paradis est rempli d’usines high-tech, de volcans de bière et d’usines de stripteaseurs/teaseuses, «selon les goûts de chacun». Et l’enfer contient les mêmes éléments, sauf que la bière est éventée et que les jeunes hommes et femmes ont tous des maladies sexuellement transmissibles. Les adeptes se saluent d’un «Puisse Son Appendice Nouillesque vous toucher» et terminent leurs prières par «Ramen», du nom de ces pâtes japonaises. Ces dernières sont également la vedette du Ramendan, dont les dates correspondent à celles du Ramadan musulman.

«Tout cela a l’air absurde, et ça l’est un peu, évidemment, sourit la trentenaire Lausannoise, spécialiste en communication digitale et événementielle. Mais, en même temps, cela permet de garder la religion au niveau de l’intime, du personnel, où elle devrait rester. J’ai grandi dans le canton de Fribourg, où mes parents étaient inscrits comme protestants. Ils avaient réussi à ce que je sois enclassée sans mention religieuse. Je passais donc l’heure du catéchisme dans la cour avec les petits juifs, musulmans ou sikhs.»

Elle milite toujours pour des leçons d’histoire des religions plutôt que pour des «cours de formation religieuse».

Au dernier recensement fédéral, elle a inscrit «pastafarisme» dans la case religion. «Les fonctionnaires m’ont rappelée pour savoir si je m’étais trompée mais j’ai insisté. J’espère que nous avons été plusieurs à faire de même, et que je n’ai pas disparu dans la case «autres religions».

Jeu intellectuel

«Maintenant, quand on me pose la question, par exemple dans un dîner où la religion arrive dans le débat, je me dis pastafariste. Ça interpelle et ça permet de discuter du fond, de parler de faits politiques sans entrer dans des querelles de chapelle – c’est le cas de le dire.» Bien sûr, le côté irrévérencieux l’a attirée mais elle ne développe aucun sentiment antireligieux, sauf contre les extrémismes de chaque Eglise, que le pastafarisme permet de dénoncer avec humour.

«C’est un vrai jeu intellectuel entre nous, un jeu où l’humour se doit d’être malin. Et cette religion m’a permis de connaître plein de gens intelligents et drôles. Bon, plutôt Occidentaux et anglophones, puisque l’accès à Internet n’est pas le même partout.» (24 heures)

Créé: 12.03.2016, 12h28

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 4

Les Suisses dindons de la farce du roaming, paru le 24 juin
(Image: Valott) Plus...