La coordination respiratoire ouvre la voie de la voix

Consultant vocal, Robin De Haas propose une méthode inédite pour tirer le meilleur parti de la voix.

Cordes vocales, larynx, poumons, muscles, os et tendons entrent dans le circuit de la formation du son.

Cordes vocales, larynx, poumons, muscles, os et tendons entrent dans le circuit de la formation du son. Image: CORBIS

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Robin De Haas a la voix douce, le regard attentif. Et une passion qui le tient depuis l’enfance, celle de la voix. Sa voie, ce sera celle de la musique, assure-t-il à sa famille depuis son plus jeune âge. Aujourd’hui pourtant, ce n’est pas chanteur ou professeur de chant qu’il est devenu, mais consultant vocal. Il aide les autres à trouver leur voix, à l’optimiser, à en tirer le meilleur parti, que cela soit pour chanter, pour parler ou pour déclamer.

Avec Lynn Martin, professeur d’anatomie fonctionnelle à la prestigieuse New York University, ce Vaudois de 35 ans a en effet développé une méthode de coordination respiratoire. C’est une technique spécifique, différente de ce qui existait jusqu’ici, et basée sur une connaissance très précise et très poussée du corps humain et de toutes les composantes de la voix: cordes vocales, larynx, poumons, évidemment, mais aussi tous les muscles, os, tendons qui entrent dans le circuit de la formation du son. Les limitations vocales sont identifiées de manière individualisée, selon la morphologie de chacun. Reste ensuite à mettre en place des exercices précis – eux aussi individualisés – pour restaurer toute la capacité émettrice du son.

Mouvements et souffle associés

"Durant ma formation de professeur de chant, je refusais de donner à mes élèves les consignes habituelles, comme «placez votre voix dans le masque ou gardez vos côtes ouvertes». J’avais intuitivement l’impression que c’était incomplet et que, de toute façon, ils n’y arriveraient pas tel quel. La technique vocale qu’on me demandait d’enseigner me semblait obscure et artificielle. J’ai commencé à demander à mes élèves de placer leurs mains sur leurs côtes, pour sentir lesquelles bougeaient ou non. Puis je leur proposais des gestes différents. J’avais une lecture visuelle et auditive du corps, pour comprendre et ressentir ce qui ne fonctionnait pas. Grâce au toucher, les résultats ne se sont pas fait attendre, les voix s’ouvraient et s’assouplissaient», raconte-t-il.

Pionnier américain

Sa première perception, intuitive, de ce que pourrait être une meilleure valorisation du souffle et de la voix grâce au toucher, le jeune professeur de chant va la documenter. Au fil de ses recherches, il tombe sur les travaux de l’Américain Carl Stough, pionnier de la coordination respiratoire, mort en 2000. Robin De Haas y reconnaît une démarche proche de la sienne et veut en savoir plus. En 2006, il se rend à New York pour rencontrer le professeur de chant Lynn Martin, qui a travaillé avec Carl Stough durant vingt-cinq ans. La première séance de travail avec elle est une révélation. «Je me sentais comme flotter, libre, confortable, tellement bien dans mon corps, confie-t-il. Ma voix aussi répondait très bien, mais c’était le sentiment de plénitude corporelle qui m’impressionnait le plus. C’était comme si ce bien-être était ce à quoi j’avais toujours aspiré.»

Une technique à transmettre

Robin De Haas se plonge alors avec passion dans l’étude de la coordination respiratoire et développe sa propre méthode. Ses recherches intéressent tant le milieu de la musique et du chant – il donne des master classes à des professeurs de chant aux Etats-Unis – que celui de la médecine, où ses techniques peuvent améliorer le souffle de personnes atteintes de problèmes respiratoires. Le Vaudois réfute fermement l’étiquette de thérapeute, et plus encore celle de magicien de la voix. Son ambition est de dépasser l’approche intuitive pour développer une technique qu’il puisse partager et transmettre à des élèves. Efficace contre le stress

C’est désormais le cas. Cet été, Robin De Haas a ouvert sa première volée de formation à Los Angeles. Et, en septembre, reçu sa quatrième volée d’élèves praticiens à Lausanne. Et son livre, La voie de la voix, à la fois récit personnel et ouvrage didactique, est sorti de presse ce printemps. Au cœur de sa démarche, l’envie de transmettre et de toucher le plus grand nombre. «La coordination respiratoire est une aide très efficace pour lutter contre le stress. Dans le fond, tout le monde pourrait en profiter», estime-t-il.

Yann Lambiel témoigne

Mystérieux? Peut-être. Ses clients – chanteurs, businessmen, personnes publiques – viennent de tous les horizons professionnels où la voix compte. Ainsi l’humoriste et imitateur Yann Lambiel signe une très belle préface. «Ma voix représente ma ressource la plus précieuse. Comment l’utiliser au mieux, comment la protéger, comment la développer? Je n’avais jamais pris de cours de chant car j’avais peur de ne plus parvenir à faire mes imitations si on me plaçait la voix d’une manière unique et fixe. C’est mon médecin qui m’a envoyé vers Robin De Haas, en me disant qu’il saurait mettre des mots sur ce que je faisais intuitivement avec ma voix. Et c’est bien cela qui s’est passé. Et ses mots aussi passionnés que passionnants m’ont ouvert la porte de la liberté vocale. Cette liberté transforme le moment de chant que je redoutais parfois auparavant en moment de partage et de plaisir.» (24 heures)

Créé: 04.10.2015, 08h20

«Les tensions partent du petit pectoral»

Pour tester la coordination respiratoire, le rendez-vous est pris au studio de Robin De Haas. Il faut descendre deux rampes d’escalier pour se retrouver au deuxième sous-sol. «J’aurais préféré un bel appartement avec vue sur le lac, mais c’est le seul endroit où je peux accueillir des chanteurs d’opéra», explique le maître des lieux, un peu emprunté. A cette profondeur, on ne risque pas de déranger les voisins! Un petit piano à queue, quelques chaises, et une table de massage. C’est là que je vais m’allonger, le temps d’un bilan de compétence. Avant chaque geste, Robin De Haas explique précisément ce qu’il va faire et pourquoi. Ses mouvements sont calmes et doux. Il commence par les jambes, dont il teste la mobilité, par de lentes rotations à droite et à gauche.

«Les muscles sont attachés à proximité des piliers de diaphragme. S’il y a des tensions, cela peut bloquer le souffle», explique-t-il. Ce n’est pas mon cas. On passe aux dernières côtes, qui, elles aussi, semblent bouger correctement. Puis Robin De Haas s’attaque aux premières côtes et au sommet de la poitrine. Il fait bouger mon bras, et recommence. Là, ça coince un peu. Les investigations se font plus précises. Omoplate, aisselle, poitrine, il manipule les différents muscles de la région, et me donne quelques indications. Il me propose d’accompagner le mouvement par la pensée. «Les tensions partent du petit pectoral. Un schéma que je n’ai encore jamais rencontré sous cette forme», analyse-t-il. Après quelques minutes, les tensions se relâchent. Mon épaule semble s’être ouverte. La différence est très sensible avec l’autre. Et je n’ai qu’une envie: que mon coach fasse la même chose de l’autre côté.

J’ai l’impression que ma cage thoracique a doublé de volume. Pour tester le mouvement du diaphragme et des côtes, Robin De Haas m’explique comment souffler lentement, en comptant silencieusement. Il est satisfait. Le souffle est régulier et tourne correctement dans ma cage thoracique. Reste à examiner la nuque, que Robin trouve légèrement tassée – un problème très fréquent. Les mouvements d’allongement lui permettront de gagner quelques millimètres. «Lorsque j’ai fait mon passeport il y a une dizaine d’années, avant de rencontrer Lynn Martin, je mesurais 1,78 m. Je viens de le refaire, et je mesure désormais 1,81 m», raconte Robin, qui me montre sur une animation informatisée les différentes contractures identifiées et leurs conséquences sur mon larynx. Quelques exercices à pratiquer à domicile pourraient grandement améliorer mon souffle et ma voix. Mais ça, ce sera l’objet une prochaine séance.

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