Société
Elles tordent le cou aux clichés sur les lesbiennes
Par Karim Di Matteo . Mis à jour le 16.02.2012 3 Commentaires
Roxanne, Christel, Céline et Océane ont un point commun: elles aiment les femmes et parlent ouvertement de leur homosexualité. Non pour l’afficher de manière ostentatoire, juste pour être elles-mêmes.
Les trois premières seront demain soir au Casino de Montbenon, à Lausanne, ou début mars à Genève, pour le spectacle d’Océane, La lesbienne invisible. Depuis trois ans, la Française offre un regard humoristique sur l’homosexualité féminine dans le rôle d’Océanerosemarie. «Ce one-woman-show est un acte de séduction militante», résume l’humoriste française.
Le concept a motivé l’association lausannoise de femmes homosexuelles Lilith (180?membres de toute la Suisse romande) à organiser la venue du spectacle dans la capitale vaudoise. «Si les choses ont évolué dans le bon sens depuis la création de Lilith en 1994, il reste encore beaucoup à faire, notamment dans le domaine de l’homoparentalité», explique la présidente, Magali Gabus.
Lipstick ou butch?
Un autre lien unit nos quatre témoins, celui d’être plutôt des lipsticks (traduction, rouge à lèvres), le qualificatif utilisé généralement dans le milieu pour caractériser les lesbiennes adoptant une attitude et un look féminins. Ce faisant, elles tordent le cou à l’un des clichés les plus répandus à propos des femmes homosexuelles: les lesbiennes sont toutes des butches, des «camionneuses», genre Josiane Balasko dans le film Gazon maudit.
«Celles que je côtoie sont toutes des fashionistas, coquettes, qui aiment afficher leur féminité et qui sont fières d’être femmes, explique pour sa part Roxanne Van Dyke, tout en précisant qu’elle n’aime pas cataloguer. Même si j’apprécie d’être en training et baskets chez moi, lorsque je sors, je m’habille de manière féminine, en décolleté, avec des talons et assortie d’un maquillage naturel.»
Les lesbiennes les plus représentées seraient toutefois plutôt androgynes, à entendre Océane. «Pas spécialement masculines, mais pas vraiment féminines non plus. La nouvelle génération a su garder la possibilité de naviguer entre les extrêmes. Elle a inventé une féminité.»
Les clichés à la vie dure
Gestionnaire senior en assurance privée, Roxanne vit avec sa petite amie à Puidoux, comme un couple normal. «La normalité, elle est où? nuance-t-elle. J’aime une femme, je suis une femme. On ne peut rien contre les sentiments», lance cette passionnée de tuning et membre «d’un groupe pop rock de nanas» baptisé?autO psY.
«Je rencontre encore beaucoup de gens qui pensent que l’homme est fait pour la femme, point barre, constate pour sa part Christel Glanzmann, de Renens. «C’est parce que tu n’as pas rencontré le bon!» ou «Comment vous faites pour vous repérer, vous avez un radar?» comptent parmi les grands classiques, selon l’administratrice de deux magasins de fleurs. «Parfois, il s’agit de maladresse, d’autres fois ils en sont convaincus. On sent une certaine curiosité, mais les gens n’osent pas toujours poser les questions de but en blanc.»
L’éternel fantasme
Les lesbiennes savent être connotées sexuellement, tant chez les hommes que chez les femmes. «Chaque lesbienne a régulièrement une ou deux copines hétéros pour prétendre que si elles devaient avoir un fantasme avec une femme, ce serait avec elle», selon Christel. Céline, sa compagne, regrette pour sa part un certain hermétisme de la gent masculine: «Ils ne nous prennent pas toujours au sérieux, pensent qu’on traverse une phase de notre vie, mais qu’on finira par revenir à une relation hétérosexuelle avec le temps. On nous demande d’ailleurs souvent si on a été hétéros avant d’être homosexuelles.»
«Les hommes sont persuadés que les lesbiennes ont un problème avec eux, analyse Océane. L’acte sexuel reste associé au phallus, la femme est forcément le réceptacle de la sexualité masculine, pour eux, deux femmes ne peuvent pas faire l’amour. L’homosexualité féminine s’en trouve niée, et je trouve cette attitude très violente.
C’est comme s’il fallait forcément qu’un homme vienne à la rescousse, que nous ne pouvions exister sexuellement sans eux. La pornographie contribue beaucoup à véhiculer ce fantasme. J’y consacre d’ailleurs un sketch dans mon spectacle.»
Nos questions à Océanerosemarie, sur les planches dans La lesbienne invisible.
Quelle est la genèse de ce spectacle?
- Quand j’ai décidé de monter sur scène, je me suis dit qu’il fallait que j’aie quelque chose à dire. S’il y a bien un sujet important pour moi, qui véhicule beaucoup de questions et d’interrogations, c’est le lesbianisme. J’espère faire bouger les mentalités à travers quelque chose d’attractif et drôle. Le spectacle pourrait aussi s’appeler «Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les lesbiennes sans jamais oser le demander».
Quel est votre public?
- J’ai noté une vraie évolution sur 2011. Au début, la répartition était de l’ordre de 70% de lesbiennes, 20% d’hétéros et 10% de gays. Maintenant, c’est un tiers, un tiers, un tiers. J’aime bien cet équilibre parce que ça rit tout le temps, à des moments différents.
Les thèmes abordés?
- Les questions que les hommes se posent, les soirées filles, les types de lesbiennes, la bisexualité, etc. J’ai écrit un sketch sur une mère psy qui explique à sa fille qu’elle est lesbienne. Ça m’a plu d’imaginer ce coming out inversé inspiré de ma propre histoire.
La lesbienne invisible, Lausanne, Casino de MontbenonVe 17 fév. à 20?h?30Rens.: assoc.lilith@bluewin.ch www.associationlilith.ch (24 heures)
Créé: 16.02.2012, 09h57
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3 Commentaires
D'abord on ne dit plus "lesbienne" mais "féminophile". Deuxiemement, moi aussi je suis "féminophile". Répondre
Allez-y défendez vos droit. Tout ça n'est que de l'amour après tout ! Votre combat est le combat de tout le monde. Ceci dit, j'aime bien la question de savoir où est la normalité. Les mecs à cheveux longs choquaient énormément il y a 40-50 ans. Aujourd'hui les chevelus peuvent être à l'extrême-droite (suivez mon regard). Le monde bouge. Répondre


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