1000 viesDémocratie alternative
La démocratie, me suis-je souvent dit, ce n’est pas se faire élire par les citoyens. La démocratie, c’est être capable, et en situation, de rendre ce pouvoir lorsqu’on perd les élections suivantes.
Je devine que ce que je viens d’écrire à l’air d’une évidence totale. Mais j’en suis de moins en moins sûr, en réalité. Car personne n’a plus l’air d’y comprendre grand-chose aux bases citoyennes. Si j’écrivais plutôt, par exemple: la démocratie, c’est se faire élire par tous les moyens, et ensuite s’accrocher, quitte à supprimer opposants et élections. Eh bien, il y aurait de plus en plus de gens pour être «assez d’accord». Pour dire, au fond, que ce que je décris n’est «pas faux», qu’il s’agit d’une façon de voir un peu culottée, mais décrivant une «démocratie alternative».
Se répand ainsi l’idée que toutes les expériences démocratiques, les nôtres en premier, sont pourries, vieille antienne des populistes amateurs. Poutine, les Chinois, Bolsonaro, bientôt Modi en Inde, cent autres, trichent, bourrent les urnes. Et alors, ricanent leurs thuriféraires de salons chics? On fait mieux, ailleurs, ici, en se prétendant grands démocrates? Vous avez vu Macron, ce dictateur? Zelenski, ce pantin? Le Conseil fédéral, ces gens trop payés? Les Allemands qui virent à droite? Les Italiens, qui y sont déjà? Mélenchon, qui rêve du chaos comme expression populaire de la saine révolte des opprimés? Les jeunes socialistes suisses causant violence et dictature du prolétariat? Biden, qui a forcément triché pour battre Trump, ce dernier se contentant de légitimement truander en retour?
Tout ça est certes bien normal, s’il n’y a plus qu’une règle: la démocratie, c’est le plus fort et malin qui gagne. Même chez nous, un écrivain peut aller dans une assemblée publique dire que la Suisse «sort d’une période nazie», celle du Covid, et voilà à peine une «opinion» parmi d’autres. Savoir si c’est une crétinerie mensongère ou pas (c’en est une) n’est plus «pertinent». Et si l’on s’en offusque, c’est qu’on est complice.
Se développe un tout-à-l'égout de la discussion démocratique occidentale, où l’on renvoie dos à dos les terroristes et les gouvernements que l’on n’aime pas, les pires saligauds autocrates et les institutions vénérables. Les démocraties, forcément imparfaites, sont raillées comme le pire des systèmes, corrompu, faible, et «à la botte des Américains». Si au moins cela était dénoncé par des gens souhaitant plus de liberté, de démocratie «véritable et transparente», mais c’est l’inverse: ils en souhaitent moins.
Cette pente peut mal finir, là-bas, ici. Je ne suis pas de ceux qui voient les années trente dans chaque bégaiement de l’histoire, fantasmant des fascistes ou des hordes rouges à tous les coins de rue. Mais je suis de ceux qui voudraient démocratiquement réveiller quelques naïfs, conforts dangereux, et autres aveuglements collectifs.
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