1000 viesLa Suisse est moche
La «NZZ» et «Le Monde» dénoncent à juste titre les dérives de la construction et les «crimes architecturaux» commis dans notre pays.
La respectée «Neue Zürcher Zeitung» a récemment publié un essai remuant. Au point d’intéresser au-delà de nos frontières. «Le Monde» parisien a ainsi consacré une chronique à ce long article paru à Zurich sous le titre «La Suisse est moche: promenade dans un pays rempli de crimes architecturaux».
C’est un voyage iconoclaste que propose la «NZZ». Il secoue nos certitudes en se mettant en travers de l’idée que la Suisse est un joli pays, pour certains l’un des plus sublimes de cette planète. C’est peut-être vrai au-dessus de 3500 mètres, une fois les promoteurs et urbanistes hors d’état de nuire. Mais en dessous, quelle horreur, nous explique le journal.
La démographie et la prospérité ont amené à un boom de la construction depuis plusieurs dizaines d’années. Alors que ces moyens et opportunités auraient pu se cristalliser en une certaine notion de l’originalité des bâtiments, de l’art de l’urbanisme, il s’est passé tout le contraire, de Bienne à Wallisellen, de Flims à Épalinges.
La «NZZ» remarque que l’on a d’abord cru que le phénomène grandissant de la laideur n’existait que le long des autoroutes: entrepôts, commerces de meubles, et fitness sous tôles ondulées. Mais non: regardez les centres-villes de nos cités, cette bouillie post-CFF partout, née d’un empire immobilier valant plus de 7 milliards de francs et que la régie ferroviaire gère de façon uniquement financière, partout ces terribles immeubles entre verre et beige morne, laids, banals et froids.
«Le Monde» a ainsi illustré cette mocheté helvétique moderne par le nouveau quartier autour de la gare de Morges. Alors levez les yeux partout dans nos villes, entre Lausanne devenue peu à peu si vilaine, et Genève si froide.
Toute velléité de faire mieux est noyée sous les jurys d’architecture encombrés par la politique, les règlements de nains de jardin, le tout chapeauté par l’idée principale du «rendement de chaque centimètre carré». Voyez ces quartiers banlieusards faussement chics faits de carrefours, villas banales et mitoyennes, «garage double, robot de gazon», sans jamais la possibilité de l’élégance et du vivre-ensemble.
La «NZZ» appuie aussi son propos sur l’amertume de certains de nos plus merveilleux professeurs et architectes, ébahis de ces constantes «gifles» à la construction: Pierre de Meuron en vient à dire qu’il préfère les villes suisses de nuit, parce que l’obscurité recouvre ce qui obscurcit son âme.
Que faire? Bien sûr, on peut balayer commodément la cruauté du constat: urbanisme et architecture sont affaires subjectives, toutes et tous croient «savoir». Mais ce serait de nouveau faire les autruches que d’en rester là, de ne pas se mettre à regarder mieux, et à lutter devant chacune de nos portes pour la possibilité du beau, et de la vie.
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