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1766: les Mozart à déjeuner

Après Lausanne, Mozart se rend à Zurich. Il y rencontre le poète Salomon Gessner, qui lui offre ses œuvres
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La famille Mozart parcourait l'Europe depuis trois ans. Léopold, Anna Maria, Wolfgang-Amadeus et sa sœur, Marianne, dite «Nannerl», voyageaient avec un domestique et une voiture privée achetée d'occasion. A l'étape, ils changeaient cochers et chevaux. Une lettre du père à un ami nous apprend qu'ils ne pensaient s'arrêter à Lausanne que pour midi. Ils viennent de passer trois semaines à Genève, après Lyon, Dijon, Paris, où Louis XV a entendu celui que l'on présenta plus tard comme le «miracle de Dieu», Londres, la Hollande et l'Allemagne.

L'aristocratie lausannoise, les d'Aubonne, les d'Hermenches, les Sévery, en décident autrement. Les serviteurs du prince Louis-Eugène de Wurtemberg emmènent les musiciens en tournée chez leur maître à la maison du Grand-Montriond. Cette belle demeure, aujourd'hui détruite, datait du début du siècle et se trouvait en campagne, à l'est de la colline actuelle, alors hors les murs. Elle avait déjà hébergé Voltaire et accueillera plus tard le docteur Tissot jusqu'à sa mort.

On ignore ce qui a été joué

Nous sommes à la mi-septembre 1766. Les Mozart restent cinq jours, et septante privilégiés, qui peuvent débourser 2 livres (le double du tarif habituel), assistent au concert donné à l'Hôtel de Ville. Certains, émerveillés et fortunés, ne ratent pas le second au même endroit. La belle société lausannoise de l'époque était bonne musicienne. On ignore ce qui a été joué. Sans doute, des pièces virtuoses de grands compositeurs. Et le génie de déchiffrer, d'improviser et d'oser ses propres morceaux.

Dans une lettre à Rousseau du même mois – le philosophe séjourne alors à Môtiers –, le prince de Wurtemberg écrit: «Un enfant toujours grave et rieur, timide mais impérieux, un enfant qui ne se préoccupe de rien et porte avec lui son génie comme d'autres font leurs boucles blondes.» Ce qui n'empêche pas le prodige de jouer avec la fille de 3 ans du prince, «la poursuivant plaisamment entre les fauteuils, lui baillant force grimaces qui la jetaient dans de grandes stupeurs suivies de grands rires». Wolfgang compte déjà seize sonates, quatre symphonies et soixante morceaux divers. Wurtemberg ajoute: «Le désir de composer le tient si vivement qu'il lui arrive, en pleine nuit, de quitter sa couche afin d'essayer au clavier, dans l'obscurité, telle mélodie qui l'occupe.»

Dans l'Aristide ou le citoyen, l'hebdomadaire de la Société morale que le prince a fondé à Lausanne et qui paraîtra un an, Samuel-Auguste Tissot revient lui aussi sur le musicien. «La sensibilité et la justesse de l'oreille sont si grandes chez le jeune Mozard (sic) que des sons faux, aigres, ou trop forts font couler ses larmes. Son imagination est aussi musicale que son oreille, elle a toujours présens une multitude de tons à la fois; un seul ton donné rappelle dans le même instant tous ceux qui peuvent former une suite mélodieuse, une symphonie complète.»

Le petit compose des airs de flûte (à jamais perdus) pour son hôte lausannois adepte de cet instrument. A 5?ans, avant d'écrire, il dictait du clavier ses premières compositions à Léopold, qui s'était fait un nom avec son traité de violon. A 9, comme le rapporte le savant anglais Daines Barrington, lorsque son père, tenant la partie grave d'un duo, détonna une fois ou deux, «l'enfant montra quelque mécontentement, lui indiqua les fautes du doigt et le remit sur la voie». Sa sœur, violoniste virtuose elle aussi, ne put que l'encourager sur le chemin de l'excellence. Il arrivait au petit prodige de porter le vêtement rose de l'archiduc Maximilien d'Autriche, car l'impératrice Marie-Thérèse, éblouie par ses talents, lui en avait fait cadeau. De sa mère, il avait hérité le nez long.

Le 18 ou le 19 septembre, les Mozart quittent Lausanne pour Zurich, où ils se lient d'amitié avec le poète Salomon Gess­ner. Il n'existe aucune représentation du prodige à Lausanne. _____________________________________________________________ Sources:

Mozart 1766… En passant par Lausanne, Opéra de Lausanne, Vie Art Cité, Editions de l'Aire, 2006.

La musique dans le Pays de Vaud sous le régime bernois (1536-1798), Jacques Burdet, Payot 1963.

Une société Mozart existe à Lausanne: www.mozart-lausanne.ch