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La Une | Mardi 20 août 2019 | Dernière mise à jour 21:30

Zico: «L’enjeu pour le Brésil est énorme»

RencontreL’ex-numéro 10 de la Seleção est toujours une star dans son pays. Rencontre d’exception pour parler du présent et du passé, à quelques heures de l'entrée en lice du Brésil.

Zico: «La Seleçao a une équipe solide, mais elle est jeune et l'exil des talents brésiliens peut être un handicap.»

Zico: «La Seleçao a une équipe solide, mais elle est jeune et l'exil des talents brésiliens peut être un handicap.» Image: AP

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Barra de Tijuca. C’est une de ces périphéries où la ville prend ses aises, laissant la place à la monotonie d’une banlieue à l’américaine. Un endroit où s’établissent les plus riches, où il devient difficile de trouver âme qui vive sinon au volant de leurs grosses voitures. Même les chauffeurs de taxi les plus aguerris doivent demander leur chemin. C’est donc là qu’il faut se rendre pour rencontrer un roi, une véritable star à Rio de Janeiro. Zico, l’homme qui n’a certes jamais gagné de Coupe du monde mais dont on disait dans les années 80 qu’il jouait «comme Pelé», y a établi son terrain de jeu de postfootballeur: l’école de football Zico 10, un projet consistant à former des gamins à l’incontournable sport national, tout en les amenant à suivre une scolarité.

Au milieu d’innombrables terrains de foot, un modeste bâtiment sert de réception. On devine qu’au rez-de-chaussée, une boutique entretenant le culte Zico, avec maillots dédicacés de Flamengo, équipe qui avait fait sa gloire, ou de la Seleção, ne doit guère recevoir de visites au vu de l’isolement du lieu. Qu’importe. Au premier étage, une alignée de coupes, de photos jaunies de Zico en action – enfant, ado, adulte – et de fanions défraîchis, probablement échangés au cours de rencontres internationales, fait office de musée perso. Respect. Au même étage, le bureau de Zico continue d’ailleurs d’entretenir le culte sur les murs. C’est là, dans un parfait italien hérité de son passage à Udinese, qu’Arthur Coimbra de son vrai nom, 61 ans en cette année de Coupe du monde au Brésil, nous reçoit entre quelques coups de fil. Pour parler de la relation du pays au foot, de la Seleção et de tous ces gosses qui rêvent de faire une carrière avec un numéro 10 dans le dos.

Le football au Brésil a souvent été perçu à travers l’histoire comme un ciment de la nation. Cette vision est-elle toujours valable aujourd’hui?

Oui, je crois que la sélection nationale joue un rôle important dans un pays qui présente beaucoup de diversité géographique et sociale. Quand l’équipe nationale joue, les gens la regardent de partout, elle unifie le pays. Je crois toutefois que la Seleção d’aujourd’hui s’est un peu distancée des gens, parce que tous ses joueurs ou presque évoluent à l’extérieur du pays. Les clubs brésiliens n’arrivent plus à rivaliser avec l’Europe pour garder leurs joueurs; l’attrait monétaire est trop fort. Et ceux-ci partent bien trop jeunes. L’exode des joueurs brésiliens pèse-t-il sur les résultats de la Seleção?

Cela pèse en tout cas sur le niveau global du foot brésilien. C’est moche de voir que la Seleção d’aujourd’hui n’a qu’un seul joueur qui évolue au Brésil. Les stades au niveau du championnat sont désertés, on voit des fréquentations à 10 000, 5000, voire 2000 spectateurs. Les clubs brésiliens n’investissent pas assez dans la formation, il n’y a pas d’infrastructures. Pourtant, un club comme Flamengo, que les gens adorent ici, pourrait faire plus. Et ce n’est pas une question d’argent, c’est un problème de mentalité.

Que vaut la Seleção d’aujourd’hui?

La force du Brésil de 2014, c’est d’avoir une équipe très équilibrée entre la défense, le milieu et l’attaque. Tout le monde a reçu une bonne préparation, tous les joueurs ont compris l’énorme enjeu de remporter cette Coupe du monde. Ils seront donc difficiles à battre, d’autant plus avec le public derrière eux. Le revers de tout cela, c’est bien évidemment la pression. La question se pose d’autant plus que ces joueurs n’ont pas eu à jouer les qualifications. Il faudra aussi se méfier des comparaisons avec la Coupe des Confédérations. Si le Brésil l’a remportée en 2013, la Coupe du monde n’a rien à voir avec cette compétition qui a été vécue par beaucoup d’équipes étrangères comme une «promenade au Brésil». Là, les formations arrivent bien mieux préparées.

L’équipe ne dispose plus d’un véritable buteur qui pèse sur les défenses adverses, comme l’a été Ronaldo. Un handicap?

Non, je ne crois pas. Il y a quand même de très bonnes individualités, comme Neymar ou Oscar, pour ne citer qu’eux. L’équipe est jeune, mais elle est très compétitive.

Au Brésil, comme ailleurs en Amérique latine, il n’y a pas que les joueurs formés qui s’exilent. Des enfants de 9, 8, voire 7 ans décrochent des contrats et partent pour l’Europe…

Oui, et cela me désole. Mais cela ne sert à rien d’en vouloir aux clubs européens, ce sont les parents qui sont responsables. Aucune loi ne peut empêcher des parents de quitter le pays avec leur enfant s’ils le veulent. On ne peut pas faire grand-chose là-contre. Pour ma part, mon école forme des jeunes au foot, mais on ne traite pas avec les impresarios qui cherchent à faire du business. En général, ils approchent directement les parents.

Quelle philosophie suit votre école?

Un jour, j’ai appris que trois millions d’enfants sortent de l’école avant d’avoir terminé la primaire, qui va au Brésil de 6 à 10 ans. Certains mômes quittent les bancs de l’école pour jouer au foot. Cela m’a épouvanté. Quand je jouais à Flamengo comme jeune joueur, on me laissait fréquenter l’université. Les enfants peuvent adorer le foot, mais il est important qu’ils aillent à l’école, il faut concilier les deux. Voilà pourquoi j’ai utilisé mon nom pour monter Zico 10, une école de football qui oblige les enfants à suivre leur scolarité. Je ne suis pas le seul à le faire, il y a plein d’anciens joueurs qui s’engagent sur ce front. Concernant mon école, plus de 40 000 enfants suivent le programme. On a un partenariat avec la Municipalité pour agir dans les favelas et les quartiers défavorisés, où les enfants ne paient rien.

Parlons eu peu de vos souvenirs. La Seleção de 1970 – et sa victoire en Coupe du monde – reste dans les mémoires de beaucoup. Vous aviez 17 ans à l’époque, comment aviez-vous vécu cette année-là?

Il est clair que quoi qu’il se passe, l’équipe de 1970 va rester comme la meilleure formation de tous les temps. Elle a fait l’histoire, et c’est aussi à cette époque que les clubs brésiliens se sont fait un nom. Je jouais déjà à Flamengo en 1970, mais j’ai bien sûr aussi vécu cette Coupe du monde comme supporter. Là où j’habitais, dans le quartier de Quintino Bocaiuva, à Rio, on avait un groupe de carnaval. A chaque victoire de la Seleção, on faisait la fête dans les rues. C’est un souvenir inoubliable. Et étant devenu joueur professionnel, j’ai aussi eu la chance de rencontrer toutes ces stars, Tostao, Rivelino, Gerson, Jairzinho… Cela a été fantastique de faire leur connaissance. A votre époque, le Brésil jouait aussi un jeu chatoyant.

Quel est le meilleur souvenir que vous gardez de vos propres sélections, entre 1976 et 1988?

Il y en a tellement! J’ai fait trois Coupes du monde et je suis surtout fier d’avoir contribué à forger l’image de l’équipe nationale brésilienne, dans un bilan global. Bien sûr, je n’ai pas eu la chance de remporter le titre mondial, mais ainsi va la vie. On gagne, on perd…

Les Brésiliens ne sont de loin pas tous enthousiastes vis-à-vis de la Coupe du monde. Que pensez-vous de ce climat un peu étrange alors que dans ce pays, on voue un culte au football?

Les Brésiliens ne sont pas contre la Coupe du monde, ils sont fâchés contre la forme que son organisation a prise. C’est une nuance importante. Quand le Brésil a vu sa candidature à l’organisation du Mondial de 2014 triompher, des millions de personnes sont descendues dans les rues pour fêter cela. Aujourd’hui, les gens sont fâchés parce que le monde politique leur avait promis que des fonds privés allaient payer l’événement. On connaît l’histoire: au bout du compte, l’Etat doit débourser des millions, alors même que le pays a besoin d’écoles, d’hôpitaux, de transports, d’un réseau de télécommunications qui fonctionne… Et les gens ont raison d’être fâchés! Mais cela ne sert à rien d’en vouloir à la FIFA; c’est aux politiques, ceux qui ont décidé de cette candidature, de répondre aux accusations. L’ex-président Lula, Ricardo Texeira (ndlr: l’ex-président de la Fédération brésilienne de football), tous restent étrangement silencieux!

Vous avez travaillé comme entraîneur au Qatar… Que pensez-vous de l’organisation de la Coupe du monde dans ce pays?

Ce choix de la FIFA est une erreur. C’est impossible de jouer au foot en juin ou en juillet au Qatar par 50 degrés…

En matière de fournaise, pensez-vous que la Coupe du monde au Brésil va donner lieu à une nouvelle mobilisation sociale d’envergure?

C’est difficile à dire, mais c’est vraiment dommage que l’on en soit arrivé là, alors que nous devrions simplement nous préparer à faire la fête. Des millions de touristes vont débarquer, le monde a les yeux rivés sur le Brésil. C’est maintenant l’image du pays qui est en jeu. J’espère donc que tout va bien se passer.

Et en termes purement sportifs, qu’espérez-vous comme scénario?

Je rêve d’une finale Brésil-Argentine, pour voir Neymar et Messi, les deux stars mondiales issues du continent, s’affronter. On ne peut rêver mieux pour valoriser le football latino-américain.

Créé: 12.06.2014, 11h46

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