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AboDes Dicodeurs à la scène
À Boulimie, Laura Chaignat divise nos critiques 

Laura Chaignat sur la scène du Théâtre Boulimie.
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Ado, Laura Chaignat se rêvait grande tragédienne racinienne, dans un costume drapé sur les planches du Théâtre de Vidy. Mais les rêves ne sont-ils pas des chimères? La Jurassienne se dévoile donc en «Presque Phèdre», dans son premier seule-en-scène créé mardi au Théâtre Boulimie à Lausanne, avant l’Échandole à Yverdon et le Théâtre du Jura à Delémont.

Dans un décor de théâtre classique, la comédienne raconte son enfance dans les Franches-Montagnes, ses rêves de scène, ses premiers pas à la radio (à Radio Fréquence Jura, puis aux «Dicodeurs» et sur Couleurs 3), mais aussi ses doutes et ses angoisses. Verdict? Nos critiques sont divisés.

Pour

Dans cet autoportrait, Laura Chaignat parle de bouses de vaches et de féminisme, de kouglof et de classes sociales. La comédienne n’a pas la prétention de la fresque sociologique façon «Retour à Reims», de Didier Eribon, mais elle confie ses rêves, ses doutes et ses angoisses dans un seule-en-scène piquant, touchant et pétri de tendresse – vu à la deuxième représentation à Boulimie. Malgré un début poussif et quelques faiblesses d’écriture, le spectacle évolue dans un rythme ondulant entre punchlines labellisées Couleur 3 et confessions en bottes de paysanne.

Que représente Phèdre? C’est cette «meuf qui donne carrément son nom à la pièce» de Racine. Un modèle pour l’ado qui rêve de quitter ses Franches-Montagnes natales pour partir briller sur les planches d’un grand théâtre à Lausanne, drapée dans le costume de l’un des plus beaux rôles féminins, rayonnant dans un milieu gouverné par les hommes.

Phèdre, c’est aussi cette figure tutélaire d’une élite, à mille lieues de l’atmosphère rurale des Sairains, ce hameau paumé où tout le monde picole. Comme une grande sœur, Phèdre accompagne Laura Chaignat dans ses rêves. De comédienne. D’animatrice de sa propre émission de radio –  ce sera «L’origine du monde», sur Couleur 3 en 2021.

Mais Laura trébuche. Dans un slam poignant, finement écrit, elle raconte les insomnies, les angoisses, les idées noires. Alors, la trentenaire réinterroge sa fascination pour l’héroïne de Racine. «J’en ai marre de chercher à t’atteindre!» Il est temps de s’émanciper de cette icône inaccessible. Finalement, être «Presque Phèdre», c’est déjà pas mal. Natacha Rossel

Contre

C’est mignon une jeune fille qui rêve de quitter son Jura natal pour s’en aller percer sur les planches à Lausanne. Mais, finalement, qu’est-ce qu’on s’en fout! Il est clair que le premier seul-en-scène de l’animatrice – que l’auteur de ces lignes apprécie quand elle distille son humour sur les ondes – va faire s’esclaffer les Franches-Montagnes. En régionale de l’étape née dans les années 90, la trentenaire distille ce qu’il faut de références identitaires ou liées à la génération Y, s’amuse des mentalités locales… Le genre est très tendance, en Suisse romande. Mais ses crisettes d’adolescente étriquée dans un monde reculé ne décollent pas vraiment. Tout juste sont-elles sympathiques.

Très piquant: Les Sairains, le hameau de son enfance, est à deux pas de… Montfaucon, village devenu intercantonalement célèbre grâce à un compatriote. Dans le registre de l’humour ethno et des campagnards qui rêvent de devenir artistes à la ville, Lionel Frésard réussissait, il y a quelques années avec «Molière-Montfaucon 1-1», à tirer de son nombril et du crottin une jolie fable dans laquelle tous les publics pouvaient se projeter. Il y a très peu de cela dans «Presque Phèdre», laborieusement écrit malgré des astuces bien trouvées.

Sur les 80 minutes que dure le solo – découvert mardi, avec toute la fragilité d’une première –, ce n’est qu’après trois quarts d’heure que des rires francs ont traversé la salle. Ceux-ci ont jailli quand Laura Chaignat a cessé de vouloir à tout prix raconter ses atermoiements, à se prendre pour une Muriel Robin hystérique ou à imiter Zouc. En racontant ses émissions de radio rythmées de shots d’alcool, on a enfin vu poindre un vrai personnage. Et on s’est presque mis à croire que l’animatrice avait raté une carrière sur scène. Gérald Cordonier

Lausanne, Théâtre Boulimie
Jusqu’au 18 mars
www.theatreboulimie.ch