Passer au contenu principal

Photos à la mer à Vevey«À 5 ans, j’ai failli me noyer»

Le photographe suisse Vincent Jendly prend la vague au festival Images. Un exorcisme sombre et fascinant. Interview.

Le photographe Vincent Jendly s’est confronté à son traumatisme de l’eau avec ces mers déchaînées.
Le photographe Vincent Jendly s’est confronté à son traumatisme de l’eau avec ces mers déchaînées.
VINCENT JENDLY

Vincent Jendly a embrassé l’activité photographique sur le tard, après avoir travaillé dans la publicité. Ce choix tardif en fait un photographe de l’urgence, impératif qui, chez lui, prend des résonances très personnelles. Alors qu’il aurait pu s’endormir sur son cliché d’Obama qui lui valut une gloire dangereuse en 2010, il poursuit ses propres démons dans une série saisissante, «La mer», présentée pendant l’édition 2020 du Festival Images dévolue à l’inattendu et au hasard. Dans la pénombre de la Droguerie, ses images maritimes se lestent d’une encre qui laisse aussi passer la lumière. Interview d’un homme à flot.

Pourquoi avoir pris la route des cargos?

À l’âge de 5 ans, j’ai failli me noyer. Le rapport à l’eau m’avait, depuis, effrayé, et j’ai dédié un temps peu raisonnable à apprivoiser cet élément. J’ai passé beaucoup de nuits à faire la planche sur le Léman… Une démarche lourde, chronophage. Ensuite, j’ai visité de nombreux rivages, jusqu’au jour où le hasard m’a porté en 2015 sur un cargo grec de la marine marchande. Dans le noir d’une nuit épaisse, j’ai aperçu une lumière lointaine qui devait être celle d’un autre bateau, et j’ai revécu le moment d’après ma noyade, avec mes parents qui me veillaient. J’ai voulu affronter l’eau de nouveau et je me suis embarqué dans cinq voyages pour régler mes comptes. Un périple cathartique.

La scénographie d’Images traduit bien votre inquiétude…

C’est totalement volontaire. Le geste est assez plastique, dans une visée tout sauf documentaire. Les cargos n’étaient qu’un véhicule de travail pour approcher l’eau, des mers hostiles, souvent nordiques. Je voulais que ça tape. Le sujet de ce travail n’est pas la marine marchande. Je suis dans l’antithèse du travail d’Allan Sekula sur la mer. Je n’avais que ma noyade en tête.

«Les cargos n’étaient qu’un véhicule de travail pour approcher l’eau, des mers hostiles, souvent nordiques»

Vincent Jendly, photographe

Votre exposition à Vevey exerce une forte fascination. Cela vous touche?

Beaucoup. Il y a le marché de l’art et les réactions du public, et j’ai déjà eu des retours fantastiques de gens bouleversés. Évidemment que cela me touche. Le journal anglais «The Guardian» m’a aussi sélectionné dans ses quinze images les plus étranges du festival – cela fait plaisir!

L’isolement maritime n’est toutefois pas toujours dénué de quiétude.
L’isolement maritime n’est toutefois pas toujours dénué de quiétude.
VINCENT JENDLY

Votre travail évite soigneusement l’humain, c’était délibéré?

Oui, même s’il y a deux ou trois images où l’on peut apercevoir des personnages anecdotiques par rapport à la composition. Sur 65-70 images, l’exposition de Vevey n’en montre qu’une trentaine mais, dans tous les cas, l’humain n’en est pas le sujet principal. Je reste dans le rapport avec des murs de flotte, voire avec des ports.

La sécurité d’une cabine… ouverte à tous les vents!
La sécurité d’une cabine… ouverte à tous les vents!
VINCENT JENDLY

Votre monde de la mer est aussi un monde de machines?

Un univers que j’adore. Dans mes travaux de commande, je photographie beaucoup d’architecture industrielle, de transformation des paysages par ces installations énigmatiques, sales, qui, dans ce cas, font le lien avec la terre ferme, comme les univers portuaires.

C’est la première fois que vous montrez ce travail?

Je suis rentré de mon dernier voyage en mars dernier, à la veille du confinement.

Vevey, divers lieux. Jusqu’au di 27 sept. www.images.ch