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Les choix de la rédactionÀ écouter… Schnittke, Mathieu Boogaerts et Tindersticks

Hip-hop, classique, rock ou chanson… voici les meilleures nouveautés de la semaine.

Avec leur nouvel album, les Tindersticks signent un coup de maître.
Avec leur nouvel album, les Tindersticks signent un coup de maître.
DR
«Distractions» Tindersticks City Slang
«Distractions» Tindersticks City Slang

ROCK Près de trente ans après ses débuts, le groupe de Notting­ham assène un coup de maître inattendu avec «Distractions». Ouvert par un «Man Alone (Can’t Stop The Fadin’)» rétif au format radio – et Spotify – avec ses onze minutes de litanie hypnotique, malade et… entraînante, l’album se présente d’abord comme une suite au «The Something Rain», album de la résurrection du groupe qui plongeait déjà dans le bain électronique. La suite démontre que le chanteur Stuart Staples n’a pas perdu le goût des méandres susurrés, presque morbides de suavité, mais aux éclats soul étonnants. Très belles variations sur des titres de Neil Young, Dory Previn, Television Personalities (le punk rhabillé en danseuse!), avant de conclure par deux signatures personnelles du plus bel effet. 

bs

«The Beginning, the Medium, the End and the Infinite» Ikoqwe Crammed Discs
«The Beginning, the Medium, the End and the Infinite» Ikoqwe Crammed Discs

HIP-HOP Une massue pour ouvrir la porte des dancefloors, qui s’emmerdent grave depuis un an. Grande excitation à l’écoute de ce précipité de hip-hop, de house épaisse et de rythmes telluriques venus de l’Angola. De Luanda à Lisbonne, c’est toute l’identité de Batida, maître ès sons dont le blaze fait justement référence à cette mouvance électronique à cheval entre les deux pays. Ikoqwe, son dernier projet en date, fait mousser esgourdes et guiboles à coups de basses minimalistes, de tambours assourdissants, surmonté ici d’un clavier froufroutant, là d’un piano à pouce grésillant, surtout de ce merveilleux rap au ton moqueur, signature de l’activiste angolais Ikonoklasta. 

fg

«Schnittke: Works for Violin and Piano» Daniel Hope - violon , Alexey Botvinov - piano Deutsche Grammophon
«Schnittke: Works for Violin and Piano» Daniel Hope - violon , Alexey Botvinov - piano Deutsche Grammophon

CLASSIQUE Paul Greveillac écrivait dans son récit sur la vie d’Alfred Schnittke («Cadence secrète», Gallimard): «Il avait accepté mille ans de musique, en même temps que son présent.» Le récital défendu par Daniel Hope illustre ce grand écart, avec des pastiches du passé qui sont d’authentiques merveilles, comme la «Suite dans le style ancien» ou le «Gratulationsrondo», mais sa patte inimitable s’impose avec rage et transcendance dans sa «Sonate No 1», le poignant «Madrigal in Memoriam Oleg Kagan» et le grinçant «Stille Nacht» qui sonne faux et émeut d’autant plus. Daniel Hope a côtoyé le compositeur russe dans les années 90; son témoignage est précieux. 

mch

«Boogaerts (en anglais)» Mathieu Boogaerts Tôt ou Tard
«Boogaerts (en anglais)» Mathieu Boogaerts Tôt ou Tard

CHANSON «Shall I Go or Shall I Stay», presque comme chez les Clash, sans riff rock sidérurgique toutefois mais un swing de boudoir moelleux ce qu’il faut. Voici une compilation d’innombrables inspirations globe-trotters, de préférence surannées, une minibossa, un simili-country, une presque allure de Broadway, de groupe vocal d’un autre temps… Le tout cousu main à la baguette, la guitare, la basse et le piano, le compère Vincent Mougel en guise d’accompagnateur. Du pur Boogaerts en somme, du pur sucre de poète concupiscent, de jouisseur au long cours. Cette fois en anglais uniquement – le musicien a vécu à Londres un certain temps – mais avec cet accent français énorme qui fait tout le charme du garçon. 

fg